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PRIMA LETTERA.

13 Settembre 1792.

FONTI.

STAMPATE

Phil. Tr. P. I. 1793 pg. 10. Ant. Coll. T. II. P. II. pg. 121.

MANOSCRITTE.

Cart. Volt.: J 13; L 8; N 26; N 27.

OSSERVAZIONI

TITOLO: da Phil. Tr. DATA: da Phil. Tr.

J 13 contiene frammenti vari ed in parte ripetuti con modificazioni, in francese. L 8 é un Mns. completo, con introduzione epistolare che si pubblica. In Cart. Volt. N 26 è una lettera autografa di Sir J. Banks, Presidente della Società Reale di Londra, in data Londres, 27 9 bre 1792, in cui si accusa ricevuta delle due lettere con ringraziamenti e congratulazioni al V. e si annuncia.che si stanno traducendo in inglese le due lettere. In Cart. Volt. N 27 è la ricevuta ufficiale della Segreteria della Royal Society inv data 11 febbraio 1793 delle due prime lettere, che furono comunicate alla Societànellav seduta del 31 gennaio 1793. Sul medesimo foglio,in calce, scritti dav Tiberio Cavallo, trovansi ringraziamenti per le due comunicazioni e sollecitazioni per l'invio della terza.

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PRIMA LETTERA.

13 Settembre 1792.

Je vous dois, Monsieur, depuis plus d’une année des remerciments pour le présent que vous m’avez fait de quelques beaux échantillons de ce que vous appellez Impressions électriques, que j’ai reçus avec la description assez dé- taillé du procedé pour les faire par le moyen du jeune homme que je vous avois recommandé, Mr. le Docteur Scasso de Genes. Je ne vous ai point écrit depuis ce tems n’ayant ni découvertes, ni aucune experience singuliere à vous communiquer, et croyant que votre goût ressemble assez au mien pour n’nimer guere des lettres de pur compliment. Je ne sçais si ce n’est peut-être pas ma paresse qui me fait produire ces excuses d’un si long silence.

Mais enfin il est tems de le rompre; et je vais, pour reparer un tel defaut, vous ecrire au lieu d’une lettre une si langue dissertation, que je crains que vous n’ayez à vous plaindre, avec plus de raison de cette réparation pretendue, que de la faute. J’espere pourtant comme je veux dans ces écrites vous dire, faire part de quelques découvertes surprenantes, et d’une foule d’expériences nou- velles, non moins importantes que curieuses, que la longueur de cet écrit ne vous paroitra pas excessive, et que vous supporterez quelques détails, que je n’aurois pu supprimer sans laisser de l’incertitude ou de la difficulté à ceux qui voudroient répeter ces experiences, d’y réussir. J’ai en revanche exposé suc- cinctement et resserré autant que j’ai pu un grand nombre d’autres expé- riences, en n’indiquant que les principaux resultats, par-tout où j’ai cru que cela pouvoit suffire à en donner une juste idée comme des consequences: en un mot j’ai taché de n’être jamais trop diffus: ce que je sçais bien, que vous n’aimez pas

Sin qui dal Mns. L 8 che continua poi conformemente alle Phil. Trans.. Ricorriamo ora a guesta seconda fonte. [Nota della Comm.]

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Read January 31, 1793.

Le sujet des découvertes, et des recherches, dont je vais vous entretenir, Monsieur, est l’Electricité Animale; sujet qui doit vous interesser vivement. Je ne sais si vous avez encore vu l’ouvrage d’un professeur de Bologna, Mr. GAL- VANI, qui a Paru il y a à-peu-près un an, avec ce titre; ALOYSII GALVANI de Viribus Electricitatis in Motu Musculari Commentarius. Bononiae 1791, in 4 to, de 58 pages, avec quatre grandes planches; ou du moins si vous en avez eu no- tice. Il contient une des plus belles et des plus surprenantes découvertes, et le germe de plusieurs autres. Nos journaux Italiens en ont donné différents extraits, entre autres celui du Dr. BRUGNATELLI de Pavie, qui a pour titre, Giornale Fisico-Medico; auquel j’ai fourni moi-même deux longs memoires, qui seront suivis de quelques autres, ayant beaucoup étendu les expériences, et poussé les recherches plus loin sur ce sujet.

Or c’est une esquisse, tant de la découverte admirable de Mr. GALVANI, que des progrès que j’ai été assez heureux de faire dans cette nouvelle carrière, que je vais vous tracer, Monsieur, dans cet écrit, que je souhaite que vous pre- sentiez au digne Président de la Societé Royale, le Chevalier BANKS, pour être communiqué, s'il le croit à propos, à cette savante Compagnie, comme un foible temoignage de ma reconnoissance pour l’honneur qu’elle m’a fait de m’associer à son corps, et de mon zele et empressement à répondre à son in- vitation de lui faire part, de tems à autre, du fruit de mes recherches.

(1.) Le Dr. GALVANI ayant coupé et préparé une grenouille, de maniere que les jambes tenoient à une partie de l’épine du dos, tronquée du reste du corps, uniquement par les nerfs cruraux mis à nud, vit qu’il s’excitoit des mou- vements très vifs dans ces jambes, avec des contractions spasmodiques dans tous les muscles, chaque fois que (ce reste d’animal, se trouvant placé à une distance considérable du grand conducteur de la machine électrique, et dans certaines circonstances, que j’expliquerai ensuite), on tiroit de ce même con- ducteur, non pas sur le corps de l’animal, mais sur tout autre corps, et dans toute autre direction, une étincelle. Les circonstances requises etoient donc, que l’animal, ainsi dissequé, se trouvât en contact, ou très près de quelque métal, ou autre bon conducteur assez étendu, et mieux encore entre deux semblables conducteurs, dont l’un étoit tourné vers l’extremité des dites jambes, ou quelqu’un de ses muscles l’autre vers l’épine, ou les nerfs: il étoit, aussi très avantageux, qu’un de ces conducteurs, que l’auteur distingue par le nom de conducteur des nerfs, et, de conducteur des muscles, et préferablement ce dernier, eût une libre communication avec le plancher. C’est dans cette position surtout que les jambes de la grenouille préparée, comme on a dit, recevoient de violentes secousses, s’élançcoient et se debattoient avec vivacité à chaque étincelle du conducteur de la machine, quoiqu'il fût assez éloigné, et quoique la décharge ne se fit, ni sur le conducteur des nerfs, ni sur celui des muscles, mais sur un autre quelconque, pareillement éloigné d’eux, et ayant tout autre communication par où transmettre une telle décharge, par exemple, sur une personne placée à l’angle opposé de la chambre.

(2.) Ce phénomene étonna Mr. GALVANI, peut-être plus qu’il n’aurait dû faire: car enfin le pouvoir, non seulement des étincelles éléctriques lorsqu’elles frappent immédiatément, les muscles ou les nerfs d’un animal, mais d’un cou- rant de ce fluide quiles traverse, de quelque manière que ce soît, avec une suffi- sante rapidité, son grand pouvoir, dis-je, d’y exciter des commotions, étoit une chose assez connue; d‘ailleurs il étoit visible comment, dans cette expé- rience, et dans toutes celles du même genre rapportées dans la première et seconde partie de son ouvrage, et qui sont représentées dans les deux premieres planches de figures, sa. grenouille se trouvoit effectivement exposée à être tra- versée par un tel courant. On n’a qu’à se retracer l’action très-connue des atmospheres électriques, ou ce qu’on appelle éléctricité de pression; par la quelle le fluide des corps déférents, plongés dans la sphere d’activité d’un corps éléc- trisé quelconque, est poussé et deplacé, en raison de la force, et de l’étendu de cette sphere, et entretenu en cet état de déplacement tant que l’électricité dans le corps dominant subsiste, laquelle otée, il revient à sa place des endroits éloignés, peu-à-peu si elle se dissipe petit à petit, et en un instant si on la détruit instantanéament, en déchargeant tout d’un coup le corps qui en est revêtu. C'est donc ce courant de retour, ce reflux de fluide électrique dans les corps déférents contigus à la grenouille, ou proches d’elle, son passage brusque du conducteur des muscles au conducteur des nerfs, ou vice versa, à travers son corps, surtout lorsqu’un tel courant, est resserré dans le canal unique et etroit des nerfs, qui excite les spasmes et les mouvements dans les expériences dont il est ici question. Mr. GALVANI, qui semble n’avoir pas assez réfléchi à cette action des atmospheres électriques, et qui ne connoissoit pas encore la prodi- gieuse sensibilité de sa grenouille, singulierement préparé de la maniere sus- dite, (je dirai ici, que je l’ai trouvée a-peu-près égale dans tous les autres petits animaux, comme lezards, salamandres, souris) fut extremement frappé d’un tel effet, qui ne paroitra pas si merveilleux à d’autres physiciens. Ce fut pourtant le premier pas, qui le conduisit à la belle et grande découverte d’une électricité animale proprement dite, appartenante non seulement aux grenouilles, et à d'autres animaux à sang froid, mais aussi-bien à tous les ani- maux à sang chaud, quadrupedes, oiseaux etc.; découverte qui fait le sujet de la troisieme partie de son ouvrage, sujet absolument neuf, et très inte- ressant. C'est ainsi qu’il nous a ouvert un champ très vaste, dans lequel nous nous proposons d’entrer, et de poursuivre les recherches, après que nous nous serons arreté encore un peu sur ces expériences préliminaires qui concernent l’action de l’électricité artificielle, ou étrangere, sur les fibres nerveuses et mu- sculaires.

(3.) Ce fut, le hazard qui presenta à Mr. GALVANI le phénomene que nous venons de décrire, et dont il fut étonné, je le répète, plus qu’il n’aurait dû être. Cependant qui est ce qui auroit cru, qu’un courant électrique, foible au point de ne pouvoir être rendu sensible par les électrometres les plus de- licats, fût capable d’affecter si puissamment les organes d'un animal, et d’ex- citer dans ses membres, découpés une ou plusieurs heures avant, des mou- vements, tels que l'animal vivant n’en produit pas de plus forts, comme d’é- lancer vigoureusement les jambes, de sauter, etc. pour ne rien dire des convul- sions toniques les plus violentes? Or tel est le courant qui envahit le petit animal couché, par exemple, sur la table, auprès de quelque métal, ou entre deux bons conducteurs non isolés, lorsqu’une personne tire du grand conducteur électrique, suspendu plusieurs pieds au dessus, une médiocre étincelle, et di- rige la décharge par une tout autre voie.

(4.) Je dis médiocre; car si elle est bien forte, et si la distance de ce con- ducteur, puissamment électrisé, et volumineux, aux corps posés sur la table n’est pas fort grande, il paroîtra des petites étincelles dans les interstices de ces corps surtout métalliques, et là même ou la grenouille fait un anneau de communication entr’eux; étincelles produites evidemment par ce fluide élec- trique de retour, dont nous avons parlé ci-dessus (sect. 2). Ou, si la chose n’ar- rive pas à ce point, au lieu des étincelles, on pourra observer des mouvements assez marqués de quelques électrometres placés sur la même table, et aux mêmes endroits. Or dans ce cas, où les électrometres donnent des signes, et beaucoup plus dans l’autre, où l’on obtient les susdites étincelles, on pourra observer que même une grenouille entiere, et intacte, où un autre petit animal quelconque, un lezard, un souris, un moineau, sont saisis de fortes convulsions dans tous leurs membres, surtout dans les jambes, qui s’élancent avec viva- cité, si le passage du fluide électrique (le courant de retour) suit la direction de ces mêmes jambes d’un bout à l’autre. Jusques-là point de merveille; la surprise est dans le cas où le courant électrique n’étant, plus sensible, pas même aux électrometres les plus delicats, il excite encore les mêmes convulsions, les mêmes mouvements et debats, si non dans la grenouille entiere, au moins dans ses membres disséqués et préparés à la manière de Mr. GALVANI.

(5.) Je me suis appliqué, avec quelque attention, à determiner quelle étoit la moindre force électrique requise à produire ces effets, aussi bien dans une grenouille intacte et pleine de vie, que dans une disséquée et préparée à la dite maniere; ce que Mr. GALVANI avoit omis de faire. J’ai choisi la gre- nouille de préference à tout autre animal, à cause qu’elle est douée d’une vi- talité très-durable, et qu’il est fort aisé de la préparer. Au reste j’ai aussi fait des épreuves sur d’autres petits animaux, dans cette vue, et avec un succès à-peu-près égal. Pour bien évaluer la force du courant électrique, j’ai cru devoir soumettre l’animal destiné aux expériences, de ce genre, non pas aux courants de retour occasionnés par les atmospheres, (sect. 2) mais aux décharges électriques directes, tantôt d’un simple conducteur, tantôt d’une bouteille de Leyde, et en sorte que tout le courant dût traverser le corps de l’animal. A cet effet j’avois soin de le tenir isolé d’une maniere ou de l’autre, et le plus souvent en l’attachant, par des epingles, à deux plateaux de bois tendre, portés par des colonnes de verre.

(6.) J’ai donc trouvé, que pour la grenouille vivante et entiere il suffisoit de l’électricité d’un simple conducteur, de moyenne grandeur, quand elle ar- rivoit seulement à pouvoir donner une très foible étincelle, et à élever de cinq à six degrés l’électrometre de HENLY. Que si je me servois d’une bouteille de Leyde, aussi de moyenne grandeur, une charge de celle-ci beaucoup plus foible produisoit l’effet, telle, par exemple, que ne donnant pas la moindre étincelle, et n'étant aucunement sensible au quadrant-électrometre, l’étoit à peine à un électometre de CAVALLO au point d’écarter d’une ligne environ ses petits pendules.

(7.) Cela, comme je viens de montrer, pour une grenouille entiere et in- tacte; car pour une disséquée et préparée en differentes manières, et sur-tout à la façon de GALVANI, où les jambes tiennent à l’épine dorsale par les seuls nerfs cruraux, une électricité beaucoup plus foible encore, soit du conducteur, soit de la bouteille de Leyde, (le fluide étant obligé d’enfiler ce passage étroit, des nerfs), ne manquoit pas d’exciter les convulsions etc.. Oui une électricité quarante ou cinquante fois plus foible, comme une charge de la bouteille abso- lument imperceptible au dit électrometre de CAVALLO, et même à celui extre- mement delicat de BENNET; une charge, que je ne pouvois rendre sensible qu’à l’aide de mon condensateur, et que je crois pouvoir évaluer à cinq ou six centiemes de degré de l’électrometre de CAVALLO.

(8.) Voila donc, dans les jambes de la grenouille attachées à l’épine du dos uniquement par ses nerfs bien dépouillés, une nouvelle espèce d’électrometre; puisque des charges électriques qui, ne donnant, aucun signe à ceux-ci, paroi- troient nulles, en donnent de si marqués par ce nouveau moyen, par un tel électrometre animal, si on peut l’appeller ainsi.

(9.) Lorsqu’on a vu comment une grenouille ainsi préparée se ressent, et. est saisie des fortes convulsions par une électricité extremement foible, par un courant de fluide imperceptible, on ne doit surement plus être surpris, qu’elle se debatte de même lorsqu’un corps quelconque décharge tout d’un coup le grand conducteur de la machine électrique, et fait qu’un autre courant de fluide électrique, grand ou petit du fluide ci-devant déplacé dans les corps déférents auprès de la grenouille, et qui se rétablit, comme on a expliqué plus haut, (sect. 2) passe rapidement à travers ses nerfs. Supposons que ce courant, de retour soit à peine équivalent à celui que lance directement un conducteur suffisamment volumineux, avec une électricité non étincellante, et presqu’in- sensible jusqu’à l’électrometre de CAVALLO, ou une petite bouteille de Leyde, chargée à peine un dixième de degré de ce même électrometre; supposons, dis-je, que le courant électrique ne soit pas plus fort que cela, il suffit encore, comme mes expériences rapportées ci-dessus, (sect. 6 et 7) font voir, pour exciter les mouvements dont il s’agit.

(10.) Mais si on ne doit plus être surpris, après ces expériences, de celles de Mr. GALVANI décrites clans la première et seconde partie de son ouvrage, comment s’empêcher de l’être de celles tout-à-fait nouvelles et merveilleuses qu’il rapporte dans la troisième? Par lesquelles il obtint les mêmes convulsions et mouvements violents des membres, sans avoir recours à aucune électricité artificielle, ou excitation étrangere, par la seule application d’un arc con- ducteur quelconque, dont un bout touchât aux muscles, et l’autre aux nerfs, ou à l’epine de la grenouille, preparée de la manière decrite. Cet arc conducteur pouvoit être ou entièrement métallique, ou partie métallique partie d’autres corps de la classe des déférents, comme d’eau, d’une ou plusieurspersonnes, etc.. Même les bois, les murailles, le plancher, pouvoient entrer dans le circuit, pourvu qu’ils ne fussent pas trop secs; il n’y avoit que l’interposition des corps cohibents, comme verre, resines, soye, qui empechât l’effet. Les mauvais con- ducteurs cependant ne servoient pas si bien, et seulement pour les premiers moments après la préparation de la grenouille, tant que les forces vitales se soutenoient en pleine vigueur; après quoi il n’y avoit plus que les bons con- ducteurs qu’on pût employer avec succès, et bientôt, on ne pouvoit réussir qu’avec les excellents, c’est à dire, avec des arcs conducteurs entièrement mé- talliques. Il trouva au surplus un grand avantage à appliquer une espèce d’ar- mure métallique à cette portion d’épine qu’il laissoit attachée aux nerfs cruraux, et aux nerfs eux-mêmes, et surtout à revêtir cette partie d’une feuille mince d’étain ou de plomb.

(11.) Mr. GALVANI ne s'arreta pas, dans ces expériences vraiment éton- nantes, aux grenouilles; il les étendit avec succès, non seulement à plusieurs autres animaux à sang-froid, mais aussi aux quadrupedes, et aux oiseaux; dans lesquels il obtint les mêmes resultats, moyennant les mêmes préparations; qui consistoient à degager de ses enveloppes un des principaux nerfs, là où il s’im- plante dans un membre susceptible de mouvement, à armer ce nerf de quelque lame ou feuille métallique, et à etablir une communication, à l’aide d’un arc conducteur de cette armure du nerf aux muscles dépendants.

(12.) C’est ainsi qu’il découvrit heureusement, et nous demontra, de la manière la plus evidente, l’existence d’une veritable électricité animale dans tous, ou presque tous les animaux. Il paroit prouvé en effet par ses expériences, que le fluide électrique tend sans cesse à passer d’une partie à l’autre du corp organique vivant, et même des membres tronqués, tant qu’il y subsiste un reste de vitalité; qu’il tend à passer des nerfs aux muscles, ou vice versa, et que les mouvements musculaires sont dûs à une semblable transfusion, plus ou moins rapide. En verité il semble qu’on ne peut rien opposer à cela, ni à la façon dont Mr. GALVANI explique la chose, par une espèce de décharge semblable à celle de la bouteille de Leyde. Cependant un grand nombre de nouvelles expé- riences, que j’ai faites sur ce sujet, font voir qu’il y a bien des restrictions à faire, tant à la chose, qu’aux consequences que l’auteur en a tirées; en même tems qu’elles étendent beaucoup les phénomenes attribués à cette électricité animale et nous la representent dans un grand nombre de circonstances et de combinaisons nouvelles.

(13.) Mr. GALVANI, suivant l’idée qu’il s’est fait, d’après ses expériences, et pour suivre, en tout point, l’analogie de la bouteille de Leyde et de l’arc con- ducteur, prétend qu’il y ait naturellement un excès de fluide électrique dans le nerf, ou dans l’intérieur du muscle, et un defaut correspondant dans l’exté- rieur, ou vice versa; et suppose conséquemment qu’un bout de cet arc doit communiquer au nerf, qu'il regarde comme le fil conducteur, ou crochet de la bouteille; l’autre bout à la face exterieure du muscle. Toutes les figures de la troisième et quatrième planche, et toutes ses explications reviennent à cela. Mais s’il avoit un peu plus varié les expériences, comme j’ai fait, il auroit vu que ce double contact du nerf et du muscle, ce circuit qu’il imagine, n’est pas toujours nécessaire. Il auroit, trouvé, ce que j’ai trouvé, qu’on peut exciter les mêmes convulsions, les mêmes mouvements dans les jambes, et autres membres des grenouilles, et de tout autre animal, par des attouchements mé- talliques, soit à deux parties du nerf seul, soit à deux muscles et même à diffe- rents points d’un seul et simple muscle.

(14.) Il est vrai qu’on ne reussit pas, à beaucoup près, si bien de cette ma- nière que de l’autre, et qu’il faut, dans ce cas, avoir recours à un artifice, dont nous aurons occasion de parler plus au long, et qui consiste à employer deux métaux differents; artifice qui n’est, pas absolument necessaire lorsqu’on expé- rimente suivant le procédé de GALVANI, decrit ci-dessus (Sect. 10 et 11), du moins tant que la vitalité dans l’animal, ou dans ses membres coupés, se soutient en pleine vigueur; mais enfin, puisque avec des armures de differents métaux appliquées, soit aux nerfs seuls, soit aux seuls muscles, on vient à bout d’ex- citer les contractions dans ceux-ci, et les mouvements des membres, on doit, conclure que s’il y a des cas (ce qui pourroit bien encore paroitre douteux) où la pretendue décharge entre nerf et muscle (Sect. 12 et 13) est cause des mouvements musculaires, il y a bien aussi des circonstances, et plus fréquentes, où l’on obtient les mêmes mouvements, par un tout autre jeu, par une tout autre circulation du fluide électrique.

(15.) Oui c’est un tout autre jeu du fluide électrique, dont on doit dire plutôt qu’on trouble l’equilibre, que de le retablir, en ce qu’il coule d’une partie à l’autre du nerf, du muscle, etc. tant interieurement par leurs fibres conductrices, qu’extérieurement par la voie des conducteurs métalliques ap- pliquées non pas en conséquence d’un excès ou defaut respectif, mais par une action propre de ces mêmes métaux, lorsque ceux-ci sont de differente espece. C’est ainsi que j’ai découvert une nouvelle loi, qui n’est pas tant une loi d’élec- tricité animale, qu’une loi d’électricité commune; à laquelle on doit attribuer la plûpart des phénomenes, qui paroissoient, d’après les expériences de GAL- VANI, et d’après plusieurs autres que j’avois faites moi-même à la suite de celles-là, appartenir à une veritable électricité animale spontanée, et qui n’en sont pas; ce sont réellement des effets d’une électricité artificielle très- foible, qui s’excite d’une manière dont on ne s’étoit pas douté, par la simple application de deux armures de differents métaux, comme j’ai deja indiqué, et que j’expliquerai mieux ailleurs.

(16.) Je dois dire ici, qu’à la découverte de cette loi nouvelle, de cette électricité artificielle jusqu’à présent inconnue, je me defiai d’abord de tout. ce qui m’avoit paru demontrer une électricité animale naturelle, dans le sens propre, et que j’etois sur le point de revenir de cette idée. Mais repassant, avec un examen reflechi, tous les phénomenes, et repetant les expériences sous ce nouveau point de vue, je trouvai enfin que quelques unes soutiennent encore cet examen, (celles, par exemple, où l’on n’a pas besoin d’armures différentes, ni même d’armure quelconque, un simple fil métallique, ou tout, autre corps déférent, faisant office d’arc conducteur entre le nerf isolé et un des muscles dépendants, pouvant exciter dans ceux-ci les convulsions), (Sect. 10, etc.) et qu’ainsi l’électricité animale naturelle et proprement orga- nique subsiste, et ne peut pas être renversée entièrement. Les phénomenes qui l’établissent, quoique beaucoup plus limités, ne laissent pas que d’être demonstratifs, comme je viens d’indiquer, et comme on verra mieux dans la suite.

(17.) Ce qu’on trouvera peut-être plus desagréable, c’est qu’il faut aussi renfermer en des limites plus étroits son empire dans l’économie animale, et renoncer aux plus belles idées qu’on avoit conçues, et qui paroissoient nous mener à expliquer clairement tous les mouvements des muscles. Mes expé- riences, variées de toutes les manières possibles, montrent que le mouvement du fluide électrique, excité dans les organes, n’agit point immédiatement sur les muscles; qu’il ne fait qu’exciter les nerfs, et que ceux-ci, mis en action, excitent à leur tour les muscles. Quelle soit cette action des nerfs; comment, elle se propage d’une des ses parties aux autres; comment elle passe aux muscles, et comment il en resulte le mouvement de ces derniers; ce sont encore des pro- blemes, pour l’explication desquels nous n’en sommes pas plus avancés qu’avant la découverte dont il s’agit.

(18.) Je viens maintenant aux expériences qui prouvent toutes les asser- tions que j’ai avancées dans ces derniers paragraphes. Dans la foule qui se présente j’en choisirai quelques unes seulement, celles qui me paroissent mieux établir certains principes, la plû-part nouveaux et differents de ceux adoptés par Mr. GALVANI. Mais disons premièrement encore un mot des expériences de cet auteur. Je ne sais s’il en a fait d’autres, mais celles dont il nous rend compte dans sons ouvrage sont renfermees dans un cercle trop étroit; il s’agit toujours de découvrir et isoler les nerfs, et d’établir une communication de corps conducteurs de l’électricité, entre ces nerfs et les muscles qui en dépendent, (comme on voit dans toutes les figures des quatres planches jointes à ce même ouvrage) lorsqu’on se propose d’exciter les convulsions et mouvements de ces muscles, par l'action du fluide électrique. Il suppose donc, dans tous les cas, et il s’explique la dessus assez clairement, que la transfusion du fluide élec- trique produite, soit par l’électricité artificielle, soit par l’électricité animale naturelle, doive se faire des nerfs aux muscles, ou vice versa; que ces deux termes au moins y doivent être compris, pour que les mouvements musculaires ayent lieu; et vraiment toutes les expériences qu’il nous décrit semblent prouver cela. Mais c’est, qu’elles roulent, comme j’ai déja dit, dans ce cercle trop étroit, dont il n’est jamais, ou presque jamais, sorti. En variant les expériences de ce genre de plusieurs manières, j'ai fait voir, que ni l’une ni l’autre de ces con- ditions, savoir, de découvrir et isoler les nerfs, et de toucher simultanément ceux-ci et les muscles, pour procurer la prétendue décharge, sont absolument, necéssaires (Sect. 13). Il suffit, lorsqu’on a par exemple découvert le nerf ischia- tique à un chien, à un agneau, etc. de faire passer un courant électrique d’une partie de ce nerf à une autre, même prochaine, en laissant tout le reste intact et libre, et intacte encore plus toute la jambe; il suffit, dis-je, de cela pour voir excités dans cette jambe les convulsions et les mouvements les plus forts; et cela, soit qu’on employe une électricité artificielle étrangere, soit qu’on mette en mouvement le fluide électrique inhérent au nerf lui-même. Voici de quelle manière je fais ces expériences.

(19.) EXPERIENCE A. Je serre, avec des pincettes, le nerf ischiatique un peu au dessus de son insertion dans la cuisse, et j’applique, quelques lignes plus haut une piece de monnoye, ou une autre lame métallique, sur ce même nerf, detaché soigneusement des ses adhérences, et soutenu par un fil, ou appuyé à une plaque de verre, à un bâton de cire d’Espagne, ou de bois sec, ou à tout autre corps mauvais conducteur. Alors appuyant le ventre d’une bouteille de Leyde, très foiblement chargée, aux dites pincettes, je porte le crochet en contact de l’autre lame métallique; et voila que la décharge qui se fait, quand même elle n’est pas assez forte pour donner la moindre étincelle, fait entrer en convulsion tous les muscles de la cuisse et de la jambe, qui est secouée et s’élance avec plus ou moins d’impetuosité. Et cependant toute cette jambe, et une partie même du nerf qui en deborde, se trouvoient, comme on voit, hors la route que le fluide électrique a parcouru dans son trajet, de sorte qu'une petite partie seulement du nerf a pu être irritée; cela néanmoins a suffi pour occasionner la contraction des muscles.

(20.) EXPERIENCE B. Il en est de même, c'est-à-dire desemblables convulsions et mouvements de la jambe ont lieu, sans avoir recours à une électricité étran- gere, par la décharge qui se fait, en certaine manière naturellement, lorsqu’ayant appliqué, comme ci-dessus, les mêmes pincettes, ou une lame d’argent, à une partie du nerf, et une lame de tout autre métal, et surtout d’étain ou de plomb, à une autre partie, on les fait simplement communiquer entr’elles, soit par un contact immédiat, ou par l’entremise d’une troisième piece de métal, qui fasse l’office d’arc conducteur.

(21.) Or donc voila les mêmes effets, des convulsions et mouvements musculaires les plus vifs, sans que la décharge de fluide électrique se fasse entre les nerfs et les muscles, comme Mr. GALVANI suppose toujours; et sans qu’il soit besoin qu’un bout de l’arc conducteur communique aux uns, et l’autre bout aux autres. Mais aussi l’autre condition, de dépouiller un nerf quelconque et le mettre à nud, n’est pas plus requise, comme les expériences suivantes vont montrer.

EXPERIENCE C. J’applique les armures, ou lames de différents métaux (c’est cette difference des armures qui est essentielle) (Sect. 14 et 15) à une grénouille toute entière et vivante, revetue même de sa peau, en un mot in- tacte: je colle, par exemple, une feuille mince d’étain sur son dos, ou sur les reins, et je pose une piece de monnoye d’argent sous ses cuisses, ou sous son ventre, l’y comprimant, un peu; cela fait, j’avance cette monnoye, en la glissant, jusqu’au contacts de la feuille d’étain, ou bien j’établis une communication entre ces deux armures, moyennant un fil d’archal, ou une autre piece de métal quelconque; et voila qu’il s’excite des convulsions spasmodiques dans tous les muscles du ventre, des cuisses, du dos, avec de violentes secousses des jambes, une contraction et courbure de l’épine, etc. lesquelles convulsions et spasmes, quoique presqu’universelles, sont cependant plus marqués dans les membres et muscles qui touchent, ou avoisinent, les armures, et plus en- core dans ceux qui dépendent des principaux nerfs proches eux-mêmes aux dites armures.

(22.) Ces expériences reussissent dans quelques autres animaux; dans les poissons, et dans les anguilles sur-tout, aux-quels il n’est pas nécessaire d’ôter la peau, quoiqu’elle ne laisse pas que d’empêcher un peu l’action. C’est pourquoi en la leur otant, au moins en partie, particulièrement à la grenouille, on obtient plus surement les effets, et on les obtient beaucoup plus grands. On gagne en- core, à cet égard, si on coupe la tête à la grenouille, et si on finit de la tuer en lui enfonçant une grosse épingle dans la moëlle épiniere; on excite alors, par le moyen décrit des armures métalliques différentes, des mouvements plus forts, ou qui paroissent au moins plus marqués, parce qu’ils ne se confondent pas avec les autres mouvements que l’animal se donne étant en vie.

(23.) S’il est avantageux, comme on vient de voir, d’ôter la peau aux gre- nouilles, quoique fort mince et assez humide, il l’est beaucoup plus, et même nécessaire, de l'ôter à presque tous les autres animaux, lezards, salamandres, serpents, tortues, et sur-tout aux quadrupedes, et aux oiseaux, fournis d’une peau plus seche et beaucoup plus épaisse, pour reussir dans ces expériences. Voici donc comment je m’y prends.

EXPERIENCE D. J’attache à une table, au moyen de quelques grosses épingles, un lezard, une souris, un poulet, etc. et en faisant une incision à la peau et aux autres intéguments, jusqu’à la chair nue, sur le dos de l’animal ainsi assujetti, je renverse les intéguments des deux cotés; j’en fais autant à la cuisse ou à la jambe, après quoi j’applique les deux armures aux endroits dénués, ici la feuille d’étain, là la cuiller ou la piece de monnoye. Alors, toutes les fois que je fais communiquer entr’elles ces deux armures, il s’excite de fortes contractions dans les muscles adjacents, et sur-tout dans ceux de la cuisse et de la jambe, qui remue et se debat très-fort. Ces secousses sont beaucoup plus violentes selon que la feuille d’étain se trouve appliquée plus près du nerf ischiatique, et la lame d’argent mieux appliquée au muscle qu’on appelle gluteus, ou à l’autre dit gastronemius, et toujours plus si on va jusqu’à. dé- couvrir ce même nerf, et à le revêtir lui-même de la feuille d’étain; si, le laissant attaché seulement aux muscles dans lesquels il s’implante, on lui ôte tout autre adherence; si enfin on détache tout le membre du reste du corps, avec son nerf pendant, et on l’assujettit seul aux expériences.

Je suis, etc.

Septembre 13, 1792.

A. VOLTA.

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