SECONDA LETTERA.
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SECONDA LETTERA.
(24.) Au reste on comprend bien que ce que je riens de faire observer, par
rapport au nerf ischiatique et à la jambe, a lieu pour le nerf brachial et le bras,
et pour tout autre nerf rélativement aux muscles et membres régis par ces
nerfs.
(25.) Ces dernières préparations reviennent à celles de Mr. GALVANI; et
elles prouvent bien qu’il est avantageux de mettre à découvert les nerfs, et
plus encore de les détacher tout-au-tour; mais nullement que ce soit une con-
dition nécessaire, puisque on ne manque pas d’obtenir les mêmes convulsions
et mouvements des membres lorsqu’on découvre simplement les muscles, et
qu'on laisse tous les nerfs enveloppés et cachés sous eux dans l’état naturel,
commes toutes mes autres expériences ci-devant rapportèes (Sect. 21, 22, 23)
font voir.
(26.) Après ces essais sur des reptiles, sur des oiseaux, et sur de petits
quadrupedes, je procedai à d’autres animaux plus grands, lapins, chiens,
agneaux, bœufs; et non seulement je parvins à produire de semblables effets
par toutes les manières décrites, mais à en obtenir de plus marqués et plus
durables, à raison que la chaleur vitale se soutenoit dans ces grandes animaux,
et dans leurs membres, plus long-tems.
Car je ne dois pas négliger de
dire, que si dans la plûpart des animaux à sang froid et particulièrement, dans
les grenouilles, la vitalité subsiste dans les membres tronqués plusieurs heures,
cette vitalité qui les rend si sensibles à la plus foible irritation électrique, elle
ne dure gueres que quelques minutes dans les membres découpés des animaux
à sang chaud, et disparoit communément avant que toute cette chaleur ani-
male soit, dissipée.
(27.) Ayant eu un tel succès de mes expériences sur des animaux grands
et petits de toute espèce, tantôt vivants et dans toute leur intégrité, tantôt
écorchés, quelquefois décapités, et disséqués de différentes manières, et dans
chacun de leurs gros membres tronqués; et presque toujours sans cette prépa-
ration requise par Mr. GALVANI, c’est à dire, sans mettre à découvert les nerfs,
je voulus aller plus loin, et essayer sur de petits membres, sur un seul muscle,
conduit à d’autres découvertes, que j’exposerai bientôt après avoir décrit
quelques unes de ces expériences.
(28.) EXPERIENCE E.
J’ai coupé tantôt une jambe avec la cuisse, tantôt
la jambe seule, tantôt une moitié ou un quart de jambe, à une grenouille; et
ayant applique, à l’ordinaire, à une partie de la piece coupée la feuille d’étain,
et à une autre partie la lame d’argent, et fait communiquer entr’elles ces ar-
mures, j’obtins toujours des convulsions et mouvements.
J’en ai détaché un
seul muscle, par exemple le
ai pris qu’un morceau pas plus gros qu’un grain d’orge; mêmes effets, savoir,
des contractions très vives et spasmodiques de ces muscles, ou de ces morceaux
de muscles, moyennant l’artifice de deux armures différentes, etc.
EXPERIENCE F.
J’ai répété les mêmes expériences sur une jambe, une
moitié et un tiers de jambe, sur un seul muscle, et un fragment de muscle, de
poulet, et d’autres oiseaux; sur une tranche du
etc. et j’ai eu les mêmes effets tout le tems que les chairs ont conservé une
chaleur sensible. (Sect. 26)
(29.) Ainsi donc on excite des contractions très fortes dans les muscles
des animaux à sang chaud, comme à sang froid, et dans toutes les parties
coupées des muscles; et on les excite par le simple artifice des armures métal-
liques différentes, appliquées au muscle lui-même, sans aucune préparation
des nerfs, même sans decouvrir ceux-ci.
Ailleurs nous avons vu qu’on les
excite également, et par le même moyen des armures appliquées à deux
parties voisines du nerf seul, (Sect. 19 et 20. Expérience A et B) d’où j’ai raison
de conclure qu’il n’est pas du tout necessaire qu’il se fasse une décharge de
fluide électrique entre nerf et muscle, ou qu’il s’en transporte de l’interieur à
l’exterieur de ce dernier par le nerf et par l’arc conducteur, comme Mr. GAL-
VANI suppose,ou
avec la bouteille de Leyde et sa décharge, dans les expériences dont il s’agit
ici.
Qu’y a-t-il en effet qui resemble, et qu’on puisse expliquer analogiquement
à la bouteille, lorsque les deux lames de métal, auxquelles arrivent les deus
bouts de l’arc conducteur, se trouvent appliquées très près l’une de l’autre à
l’extérieur du même nerf (Expérience A et B), ou sur l’extérieur de deux
muscles semblables, ou sur le même muscle? (Expérience C, D, E, F) il faut
convenir qu’on feroit inutilement des efforts pour soutenir ici une analogie
avec la bouteille de Leyde.
(30.) EXPERIENCE G.
Ayant revêtu de deux feuilles, une d’argent l’autre
d’étain, les deux cuisses d’une grenouille aux endroits précisement corres-
pondants, on excite les contractions des muscles et les mouvements ordinaires
des jambes, au moment qu’on fait communiquer par un arc conducteur ces
deux armures.
(31.) Est-ce comme cela, je demande, que se fait la décharge de deux
bouteilles de Leyde, en établissant une communication entre les surfaces
homologues?
Laissons donc la ces idées de bouteille et décharge, et toute
explication forcée, et disons simplement’ qu’il se fait ici, et dans les expériences
analogues, un transport de fluide électrique de l’une à l’autre des deux parties
convenablement armées; transport déterminé, non par un
fluide, qu’on ne sauroit naturellement supposer entre des parties similaires,
mais par la diversité de ces mêmes armures, qui doivent être de différents
métaux, comme j’ai eu soin d’indiquer déjà, (Sect. 20 et 21. Experience B
et C) et toujours inculqué dans la suite.
En effet,
(32.) EXPERIENCE H.
Si deux muscles, ou deux endroits d’un seul muscle,
sont armés pareillement, c’est a dire, de deux lames d’un même métal, égales
aussi quant à leur trempe et dureté, souplesse ou rigidité, quant au poli ou à
la rudesse des superficies, et appliquées de la même manière, on aura beau les
faire communiquer par un arc conducteur, il ne s’en suivra aucune convulsion,
aucun mouvement.
(33.) J’avoue qu’il n’est pas aisé de concevoir comment et pourquoi la
simple application de deux armures dissemblables, je veux dire de deux diffé-
rents métaux, à deux parties similaires de l’animal, et même à des points
très proches les uns des autres d’un muscle quelconque, trouble l’équilibre
du fluide électrique, et, le tirant de son repos et de son inaction, le sollicite
de passer incessamment d’un endroit à l’autre: lequel transflux a lieu sitôt
qu’on établit un arc conducteur entre ces deux armures dissemblables, et con-
tinue tout le tems que cette communication subsiste.
Mais concevable ou non,
qu’en soit la cause, c’est un fait que les expériences deja rapportées prouvent
assez, et qui sera confirmé par beaucoup d’autres; à la suite desquelles je
tâcherai d’en donner quelqu’explication.
C’est un fait qu’on doit ajouter à
ce que nous connoissions deja en électricité: un fait qui doit surement paroître
extraordinaire et difficile à concilier avec les lois communément établies.
C’est véritablement une nouvelle loi bien singuliere, que j’ai découverte; une
loi qui n’appartient, pas proprement à l’électricité animale, mais à l’électri-
cité commune, puisque ce transflux de fluide électrique, transflux qui n’est pas
au surplus momentane, comme seroit une décharge, mais continu et suivi
tout le tems que la communication entre les deux armures subsiste, a lieu,
soit que celles-ci se trouvent appliquées aux substances animales vivantes
ou mortes, ou à d’autres conducteurs non metalliques, mais suffisamment,
bons, comme à l’eau, ou à des corps mouillés.
Mais avant que d’en venir aux
expériences qui prouvent décidément tout ce que j’avance ici, je dois encore
m’arrêter quelque peu sur celles que j’ai deja rapportées (Sect. 20-32).
(34.) Il paroit d’abord par celles-ci qu’on peut exciter, moyennant le simple
contractions dans tous les muscles de tous les animaux, tant qu‘ils jouissent
encore de quelque vitalité.
Une telle conclusion seroit pourtant trop génerale,
et l’expérience même, au milieu des preuves que j’ai si fort étendues, m’a
appris qu’il faut y mettre des restrictions, tant relativement aux classes et
genres d’animaux, que par rapport, aux différents muscles de chaque animal.
(35.) Et premièrement pour ce qui est des différentes classes d’animaux;
quoiqu’il soit bien constant que tous les quadrupedes, les oiseaux, les poissons,
les reptiles, et les amphibies, que j’ai soumis aux épreuves, presentent les phé-
nomenes décrits, il n’en est pas moins vrai que les vers en géneral, et plusieurs
insectes, s’y sont refusés.
J’ai essayé en vain les vers de terre, les sangsues, les
limaces et limaçons, les huitres, et diverses chenilles; je n’y ai pas même pu
exciter des mouvements par de petites et médiocres étincelles, et décharges,
d’électricité artificielle.
Voici de quelle manière j’ai procédé.
EXPERIENCE I.
J’ai appliqué la feuille d’étain, et la lame d’argent, à dif-
férentes parties, tant exterieures qu’interieures, de ces limaces, sangsues,
vers de terre, etc. et le mieux qu’il m’a été possible; et j’ai établi la communi-
cation de ces armures métalliques, tantôt en approchant l’une de l’autre
jusqu’au contact, tantôt par l’intermede d’un autre métal faisant office d’arc
conducteur; mais par tous ces moyens je n’ai jamais pu obtenir le moindre
mouvement dans aucune partie de leurs corps.
EXPERIENCE L.
J’ai effectué à travers leurs corps, isolés ou non isolés,
des décharges de bouteille assez fortes pour exciter une médiocre étincelle,
et pour me donner une petite commotion, et ils n’en forent pas sensiblement
affectés; point de mouvements ou des convulsions.
(36.) Est-ce donc que les animaux les plus imparfaits, la classe entière
des vers, et plusieurs insectes ne possederoient, gueres cette sensibilité et irri-
tabilité, cette mobilité électrique, s’il m’est permis de dire ainsi, dont jouissent
les autres animaux plus parfaits?
Je ne veux point encore tirer cette conclusion
génerale de mes expériences, que je n’ai étendues jusqu’à présent qu’à un
petit nombre de vers et d’insectes.
Encore, à l’égard de ces derniers, je dois
dire que j’ai réussi, sans beaucoup de difficulté, sur des ecrevisses, des scarabés,
des sauterelles, des papillons, des mouches.
Il ne sera pas inutile que j’explique
une des manières par lesquelles je viens à bout avec ces animaux, difficiles
d’assujettir aux expériences, ou par leur petitesse, ou par les écailles dont ils
sont recouverts.
EXPERIENCE M.
Après avoir tranché la tête à la mouche, au papillon,
au scarabé, etc. je leur fend, tout au long, le corcelet avec un canif, ou de petits
ciseaux; et j’introduis profondément dans la fente, prés du cou, un morceau
de feuille d’étain, (le papier dit improprement argenté est très à propos) et un
peu au dessous j’introduis, de même bien avant dans l’intérieur, le tranchant
jusqn’au contact de la feuille d’étain, les jambes commencent à se plier, à se
debattre, et les autres parties, et le tronc même, à s’agiter.
Il est fort amusant
d’exciter de cette manière le chant d’une cigale etc.
(37.) Ainsi donc j’aurois grand tort de ranger les insectes parmi les animaux
destitués, comme le sont les vers deja indiqués, de la faculté électrique dont
il s’agit.
Tout au plus, si les chenilles se montrent telles, ont peut dire que dans
cet état de larve, avant d’atteindre par leur métamorphose l’état parfait,
d’acquerir de nouveaux organes, etc. de même qu’elles sont comparables aux
vers à plusieurs autres égards, elles le sont aussi à celui de n’être pas douées
de la sensibilité électrique.
(38.) Enfin, s’il m’est, permis de dire ici ce que je pense, les animaux seu-
lement, qui ont des membres bien distincts, des articulations, et des muscles
propres pour le mouvement de chacun, de ces muscles qu’on appelle flexeurs,
ou élevateurs, et des nerfs propres qui les regissent, se ressentent, et sont
saisis d’une contraction réelle et spasmodique, soit par des petites décharges
d’électricité artificielle, soit par un foible courant de fluide occasionné par les
simples armures métalliques différentes; contractions et spasmes qui entrainent
le mouvement, et aussi l’agitation violente des dits membres.
Au contraire
les vers, et ceux d’entre les insectes qui n’ont point de membres assez distincts,
point d’articulations proprement dites, ou qui manquent de ces muscles
flexeurs, ou qui ne jouissent que d’un mouvement vermiculair, ne sont point
affectés par une semblable électricité.
C’est une tout autre économie animale,
une tout autre méchanique pour les mouvements de ces animaux, un jeu qu’on
a très bien découvert et expliqué dans plusieurs espèces.
Voila mes idées, en-
core un peu vagues, fondées sur quelques expériences; c’est la suite de celle-ci
qui doit ou les confirmer, ou les rectifier.
(39.) A l’égard des différents muscles dans le même animal, je suis en état
d’avancer quelque chose de plus assuré.
Je dis donc, qu’il s’en faut, de beaucoup
que tous les muscles soient susceptibles de contraction par la foible action
électrique dont il s’agit.
Il y a une grande distinction à faire par rapport à
leur fonction dans l’économie animale; tous ne sont pas soumis à l’empire de
la volonté, et prêts aux mouvements spontanés.
Or, il n’y a proprement que
ceux-ci qui soient capables des contractions spasmodiques, par les moyens
décrits.
Oui, il n’y a que les muscles obeissants à la volonté que j’ai trouvés
susceptibles d’irritation et de mouvement, par l’action de ce foible courant
de fluide électrique occasionné par le simple attouchement de deux métaux
différents; et point du tout les autres muscles sur lesquels la volonté n’a aucun
pouvoir direct, comme ceux du ventricule, des intestins, etc. pas même le
cœur, d’ailleurs si irritable.
Les muscles du diaphragme oui; (et je le devinai
avant que d’en faire l’épreuve) puisqu’ils sont d’entre ceux dont. les mouvements
dépendent de la volonté.
EXPERIENCE N.
Il est bien surprenant qu’une tranche de bonne chair
musculaire, coupée, par exemple, à la cuisse d’un agneau égorgé une demie
heure ou une heure avant; que ce morceau, dis-je, de muscle presqu’entiè-
rement refroidi, et qui ne se ressent plus de l’action d’aucun stimulant mécha-
nique ou chymique, soit si puissamment affecté par le fluide électrique transmis
d’une partie à l’autre, au point d’être saisi de contractions spasmodiques très
fortes; et qu’au contraire le cœur recemment arraché à ce même animal, et
encore tout chaud et très irritable, traité de même, sollicité également par
des armures métalliques le mieux adaptées, et l’arc conducteur qui en établit
la communication, n'en souffre aucune altération; que ses battements lorsqu’ils
sont affoiblis et lents ne redoublent point, et lorsqu’ils sont suspendus ou as-
soupis ne se reveillent pas, tandis que cela arrive par les plus foibles stimu-
lants méchaniques, ou chymiques.
(40.) Le fluide électrique donc, qui paroit être le stimulant approprié
aux muscles de la volonté, ne l’est aucunement pour le cœur, et pour les autres
muscles doués des mouvements vitaux et animaux non volontaires.
Mais que
dira-t-on si je montrerois qu’il n’est pas non plus la cause immédiate, ou effi-
ciente, des mouvements des dits muscles volontaires; que dans ceux-ci mêmes
il n’est encore qu’une cause médiate, en tant que les nerfs seuls en sont direc-
tement affectés?
C’est ce que plusieurs expériences m’ont appris; par lesquelles
j’ai été forcé de renoncer aux plus belles et vastes idées.
J’aimois à penser,
avec Mr. GALVANI, que le fluide électrique mis en mouvement dans les organes,
toutes les fois qu’il poussoit son courant jusqu’aux muscles, et qu’il les frappoit
avec une certaine force, fit lui-même l’office de stimulant, et excitât l’irrita-
bilité qui leur est propre; que tous les mouvements musculaires s’executassent
par une semblable irruption de fluide électrique dans les muscles, soit lorsqu’on
employoit l’électricité artificielle, soit lorsqu’on donnoit jeu à l’électricité
animale naturelle; qu’enfin les mouvements mêmes qui se font naturellement
clans la machine animale vivante, au moins le mouvements volontaires, ré-
connussent la même cause, savoir l’action immédiate du fluide électrique sur
les muscles.
Mais, je le repéte, j’ai dû renoncer, non sans regret, à toutes ces
belles idées, par lesquelles il nous paroissoit possible d’expliquer les choses à
merveille.
Oui, il faut limiter beaucoup l’action de l’électricité dans les animaux,
et l’envisager sous un autre point de vue, savoir, comme capable seulement
d’exciter par elle-même les nerfs, comme j’ai déja indiqué, et comme je vais
maintenant prouver
« Voila comment il faut limiter beaucoup l’action. et l’influence de l’électricité animale.
Ou auroit volontiers pensé avec GALVANI qu’elle étoit la cause efficiente immédiate des mauve-
ments de tous les muscles: mais on ne peut plus soutenir cette belle idée à present que mes expé-
riences font voir, que les muscles qui ne sont point susceptible des mouvement par l’action de
la volonté, ne le sont pas plus par celle de l’électricité dont il s’agit; et que par consequence
ils réconnoissent pour leurs mouvements quelque ils soient une cause tout-à-fait différente.
On
vient de voir en effet, comment un cœur encore plein de vie, et que tous les stimulants me-
chaniques et chymiques irritent puissamment et font entrer en de fortes et fréquentes con-
tractions, n’est point du tout affecté, continue son ritme de pulsations sans aucune alteration
sensible, ou s’il l’avoit deja perdu il reste immobile ». [
(41.) D’abord, qu’elle puisse agir, et qu’elle agisse effectivement, sur les
nerfs, et que ceux-ci excités par elle excitent à leur tour les muscles dépendants,
sans même que le courant électrique arrive jusqu’aux dits muscles, c’est un
fait qui n’a plus besoin de preuves après celles fournies par les Expériences
A. et B. (Sect. 19 et 20) et même par une expérience de Mr. GALVANI, qui fut
la première de toutes, et l’origine des autres, suivant son recit.
On voit assez
que le courant électrique, dans cette expérience du professeur de Bologne,
comme dans les miennes que je viens de citer, traverse une partie seulement
du nerf crural, et pas un des muscles de la jambe; cependant comme ils dé-
pendent de ce nerf, ils tombent tous en convulsion.
(42.) Mais je vais plus avant, et je soutiens que même dans le cas où le
courant électrique (on comprend bien que je n’entends parler que des foibles
décharges artificielles, ou de ce courant qui a lieu par la simple application des
armures de différents métaux) frappe et penètre les muscles susceptibles de
mouvement, ce n'est pas en irritant ceux-ci immédiatement qu’il les fait
entrer en contraction, mais en stimulant leurs nerfs.
C’est ce qu’indiquent
déja mes Expériences C. et D. (Sect. 21 et 23) où la feuille d’étain et la lame
d’argent, se trouvant appliquées immédiatement aux parties musculeuses de l’a-
nimal, soit entier, soit écartelé, ce ne sont pas tant les muscles couverts par les
deux armures métalliques qui souffrent les plus violentes contractions, que ceux
qui dépendent de quelque nerf principal, auquel soit proche l’une ou l’autre des
armures.
C’est ainsi dans la grenouille, lorsque la feuille d’étain est appliquée
sur les reins, ou gissent à peu de profondeur les nerfs cruraux, les muscles des
jambes sont saisis de fortes convulsions plus que tout autre, plus même que
ceux qui touchent ou avoisinent l’autre armure, c'est à dire, la lame d’argent.
J’ai déja fait observer la même chose dans les quadrupedes, chiens, agneaux, etc.
par rapport au nerf ischiatique (Expérience D) et je dois ajouter seulement
que la jambe ne laisse pas d’être sécouée lorsque ce nerf n’est pas trop caché
sous les chairs et autres intéguments, et on applique comme il faut à cet endroit
une des armures; quand même on ne feroit point répondre l’autre ni au muscle
qu’il ne soit pas trop éloigné.
Voila encore pourquoi,
EXPERIENCE O.
Si on applique à la grénouille, ou à d’autres pétits animaux,
la feuille d'étain tout le long de l’épine du dos, d’où sortent tous les nerfs du
tronc et des membres; et l'autre armure à une autre partie quelconque, tous
ces membres se debattent, les muscles, non seulement des jambes mais du ventre
et du dos, souffrent des contractions spasmodiques, et le tronc lui-même se
courbe et se plie en arc; en un mot les convulsions sont génerales.
L’expérience
est encore plus frappante dans un lezard que dans une grenouille, et je vais
la décrire.
EXPERIENCE P.
Ayant coupé la tête à un lezard, et découvert les muscles
du clos en enlevant la peau, j’applique un morceau de feuille d’étain au bout
tronqué, de manière que cette feuille deborde un peu et s’éleve sur les épaules,
et je pose une monnoye d’argent sur le milieu de l’épine; enfin je fais avancer,
en glissant, cette monnoye jusqu’au contact de la dite feuille.
A l’instant les
jambes remuent, la queue sereplie tortueusement, et tout le corps agité se courbe
et s’élance de droite à gauche, et de gauche à droite.
N'est-ce pas à cause que
la partie supérieure de la moëlle épiniere, la source principale des nerfs, est
irritée?
(43.) On peut obtenir, par une semblable opération
effets dans une souris, un petit oiseau etc. mais il faut en ôter, non seulement
la première peau et les autres intéguments, mais aussi de la chair, à raison
que leur dos est plus charnu, et les principaux nerfs et la moëlle se trouvent
plus cachés par cette chair, et par les os mêmes du tube vertebral.
Il est aisé
en effet de comprendre que le courant de fluide électrique, occasionné par les
deux armures, ne penetrant qu’à une certaine profondeur les partes de l’animal
recouvertes par ces armures, ne peut guere atteindre ni la moëlle épiniere, ni
les principales branches des nerfs, qui entrent clans l’intérieur des membres,
si les os, la chair, et d’autres intéguments interposés ont une epaisseur consi-
siderable.
On comprend aussi pourquoi dans les grands animaux, chiens,
agneaux, etc. on ne réussit pas à exciter de cette manière des mouvements
clans tous les membres, je veux dire en appliquant les deux armures au dos
quoique décharné.
Les gros troncs des nerfs restent encore trop cachés, et
ensevelis; il n’y a que des branches ou ramifications qui gissent peu au dessous
des dites armures, et ces branches n’aboutissent, pour la plus-part, qu’à cer-
taines parties extérieures et voisines; en conséquence on ne voit naitre com-
munément que des contractions et des palpitations superficielles dans tel ou
tel autre muscle.
Ou si par hazard tout un membre est mis en mouvement,
c’est que le nerf qui entre dans son intérieur, et regit ce mouvement, se trouve
peu caché, qu’il n’y a qu’un leger voile, une couche peu epaisse qui le couvre,
métalliques; comme on a pu observer dans les Expériences D et suivantes,
(sect. 23 etc.) où il suffisoit, pour exciter de grands mouvements dans la jambe
d’un chien, ou d’un agneau, d’appliquer une des armures près du nerf ischia-
tique, et plus on en approchoit, et plus on amincissoit la couche de chair qui
l’enveloppoit, plus les mouvements de la jambe étoient forts.
(44.) Il faut donc connoître la position des nerfs, leur direction etc. et il
faut enlever non seulement les integuments communs, la graisse, etc. mais aussi
partie de la chair qui couvre et enveloppe les dits nerfs, il faut amincir plus
ou moins cette enveloppe, avant que d’y appliquer l’armure métallique, pour
obtenir dans les grands animaux le mouvement. de tel ou tel autre membre,
outre les contractions et palpitations superficielles de quelques muscles.
Il
est peut-être impossible d’exciter ces mêmes mouvements et convulsions
dans tous les membres à la fois; tandis que cela n’est pas difficile dans les petits
animaux, comme nous avons vu ci-dessus (Sect. 42. Expérience O et P) en
leur ôtant seulement la peau, ou partie des autres intéguments; ce qui n’est
pas même necéssaire pour la grenouille, à la quelle on peut laisser la peau, qui,
étant extremement mince et humide, n’empêche pas par son interposition
que le courant électrique atteigne les principaux nerfs, ou la moëlle épinière.
(45.) Mais s’il faut avoir égard à la direction des principaux nerfs, pour
determiner les mouvements dans les différents membres, il faut aussi faire
attention à la position des armures relativement aux muscles; puisque ceux
qui se trouvent interposés, et plus près de l’une ou de l’autre armure, sont en
géneral plus sujets à contracter des convulsions spasmodiques, et souvent
aussi sont les seuls dans lesquels on les observe; par exemple, lorsque les ar-
mures ne repondent à aucun gros nerf, ou, s’il y‘en a, lorsqu’ils se trouvent
trop enveloppés et trop profondément cachés.
(46.) Cela, et les Expériences E, F (sect. 28) où un muscle seul, et même
un morceau de muscle, traité à l’ordinaire, ne laisse pas de souffrir des con-
tractions très fortes, pourroient faire croire que le fluide électrique produisît,
ces mouvements en irritant les fibres musculaires elles-mêmes sans l'inter-
vention des nerfs; l’action desquels par conséquent ne seroit ni
absolument nécessaire, comme je pretends.
Mais l’argument. tiré de ces exemples
n’a aucune force, tant qu’on ne prouve pas que dans ces muscles, dans ces
morceaux de muscle, il n’y ait gueres de nerfs; puisque s’il y en a, (et certai-
nement il doit y avoir, et il y a, des ramifications nerveuses dans chaque portion
sensible, j’ai presque dit dans chaque fibre musculaire) je puis toujours sou-
tenir que ce sont ces filets nerveux, dont la substance du muscle se trouve
parsemée, qui sont immédiatement affectés par le fluide électrique qui pé-
netre cette même substance; que ce fluide déployant son action sur les nerfs
extremement sensibles, action qui finit là, ceux-ci exercent la leur sur les
Je puis, dis-je, soutenir avec assez de vraisemblance que le fluide
électrique n’a par lui-même d’influence au phénomene des contractions muscu-
laires, qu’en ce qu’il en excite les nerfs; en un mot, qu’il n’en est pas la cause
immédiate.
Une telle assertion, que les choses expliquées jusqu’ici rendent
plus que probable, est prouvée directement, et de la manière la plus évidente,
comme je vais montrer, par plusieurs expériences que j’ai faites sur la langue:
expériences qui m’ont conduit à d’autres découvertes, aussi intéressantes que
curieuses.
(47.) Etant parvenu à exciter des convulsions toniques, et les mouvements
les plus forts, dans les muscles, et dans les membres, non seulement des pe-
tits mais des grands animaux, sans découvrir aucun nerf, par la simple ap-
plication des armures de différents métaux aux muscles denués des intégu-
ments, je pensai bien-tôt si on ne pourroit pas obtenir la même chose dans
l’homme.
Je conçus que la chose réussiroit très bien dans les membres am-
putés; mais dans l’homme entier et vivant comment faire?
Il auroit fallu
aussi ôter les intéguments, faire des incisions profondes, emporter même une
partie des chairs aux endroits sur lesquels on alloit appliquer les lames mé-
talliques, (comme j’ai fait remarquer qu’il faut faire souvent aux parties
charnues des grands animaux).
Heureusement il me vint dans la tête, que
nous avons, dans la langue, un muscle nu, dépourvu au moins des intégu-
ments épais dont sont couvertes les parties extérieures du corps, un muscle
qui est très mobile, et mobile à volonté.
Voila donc, me disois-je, toutes les
conditions requises, pour pouvoir y exciter de vifs mouvements par l’artifice
ordinaire des armures différentes.
Dans cette vue je fis, sur ma propre
langue, l’expérience suivante.
(48.) EXPERIENCE Q.
Ayant révêtu la pointe de la langue, et une partie
de sa surface superieure, dans l’étendue de quelques lignes, d’une feuille d’étain,
(le papier dit. argenté est le plus à propos) j’appliquai la partie convexe d’un
cuiller d’argent plus avant sur le plat de la langue, et en inclinant cette cuiller
je portai sa queue jusqu’au contact de la feuille d’étain.
Je m’attendois à voir
tremblotter la langue; et je faisois, pour cela, l’expérience devant un miroir.
Mais les mouvements que j’osois prédire n’arriverent pas; et j’eus, au lieu de
cela, une sensation à laquelle je ne m’attendois nullement; ce fut un goût aigre
assez fort, sur la pointe de la langue.
(49.) Je fus d’abord fort surpris de cela; mais réflechissant un peu à la
chose, je conçus aisément, que les nerfs qui aboutissent à la pointe de la langue,
étant les nerfs destinés aux sensations du goût, et nullement aux mouvements
de ce muscle flexible, il étoit tout-à-fait naturel, que l’irritation du fluide
électrique, mu par l’artifice ordinaire, y excitât une saveur, et pas autre chose;
et que pour exciter dans la langue les mouvements dont elle est susceptible,
il faudroit appliquer une des armures métalliques auprès de sa racine, où s’im-
cette autre expérience.
(50.) EXPERIENCE R.
Ayant coupé à un agneau tout recemment égorgé,
la langue près de sa racine, j’appliquai une feuille d’étain à l’endroit de la cou-
pure, et la cuiller d’argent à une de ses surfaces; procedant alors à établir
une communication, comme il faut, entre ces deux armures métalliques, j’eus
le plaisir de voir la langue entière tremousser vivement, élever sa pointe, se
tourner et se replier de part et d’autre, chaque fois et tout le tems qu’une
telle communication avoit lieu.
(51.) J’ai répété cette expérience sur une langue de veau, que je posai,
armée de la même manière de la feuille d’étain près de sa racine, sur un plat
d’argent, pour qu’il fît l’office de l’autre armure; et le succès fût le même.
Je
l’ai répétée aussi sur la langue d’autres petits animaux, comme souris, poulets,
lapins, etc. et j’obtins prèsque toujours le même effet.
Je dis presque toujours,
car quelques fois il manqua dans la langue des petits animaux; soit que la
feuille d’étain ne fût pas appliquée convenablement à l’endroit juste, où les
nerfs qui regissent les mouvements de la langue y ont leur insertion; soit que
la langue refroidie eût déja perdu sa vitalité, qui ne dure guères long-tems dans
les muscles des animaux à sang chaud, comme j’ai déjà fait observer, (sect. 26)
et particulièrement dans la langue.
Je suis etc.
Octobre 25, 1792.
A. VOLTA.
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