LETTERA AL CAV.
PRESIDENTE DELLA SOCIETÀ REALE DI LONDRA
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PRESIDENTE DELLA SOCIETÀ REALE DI LONDRA
J’ai reçu, il y a deux mois, la lettre, que vous m’avez fait l’honneur de
m’écrire; et je ne suis pas encore revenu de l’agréable surprise qu’elle m’a
causé.
Vous m’aviez déja prevenu, Monsieur, de l’accueil favorable qu’avoient
obtenu de la part de la Societé Royale mes Memoirs sur l’action des conducteurs
électriques dans les mouvements musculaires, et dans certaines sensations de-
pendamment....
publics; mais je ne m’attendois pas à une recompense si éclatante, et la plus
flatteuse pour moi, telle que la médaille qu’on vient de m’adjuger; et je pouvois
d’autant moins l’esperer, même après l’espérance que vous m’en aviez fait
concevoir l’année passée, que je n’ai pas encore rempli ma tâche de rendre
compte comme j’avais promis de la suite de mes recherches, et de developper
nombre d’autres faits interessants, auxquels j’ai été conduit.
Je suis à la vérité un peu honteux de ce retard, qui m’a d’ailleurs été de
quelque préjudice, ou que dans cet intervalle plusieurs découvertes que j’avois
faites depuis plus de deux ans (et que je puis reclamer avec justice ayant mon-
tre toutes les expériences relatives à plusieurs personnes tant étrangeres, que
nationales) ont été publiées par d’autres, qui ont eu raison pourtant de s’en
faire honneur, si conduit par leurs propres recherches à ces nouveaux faits,
ils ignoroient, que j’y etois parvenu avant eux, et que j’en montrois dépuis
long-tems, les expériences à tout le monde.
Je n’ai donc garde d’accuser
aucun de ceux qui ont publié ces faits de plagiat; et je me reserve seulement
le droit de revendiquer celles de ces decouvertes dans les quelles je les ai in-
m’ayent prevenu par la publication: aussi parlerai-je dans la suite des mes
Memoirs de tous ces nouveaux faits comme de source cru, . . . . . .
de mon cru,. . . .
Je pourrois alléguer plusieurs causes de ce long rétard, dont je ne prétends
pourtant pas de m’excuser tout-à-fait; les principales sont des questions et
des doutes, que j’ai cru devoir préalablement eclaircir.
On m’a fait differentes
objections contre ce que j’avois avancé, qu’on ne peut exciter les contractions
musculaires par le moyen des conducteurs métalliques appliqués aux parties,
et en les faisant communiquer, à l’ordinaire, que dans les muscles volontaires,
les muscles
pas sujets à la volonté, quelqu’irritables qu’ils soient d’ailleurs, nommément
dans le cœur: on a produit pour me contredire des expériences, où l’on faisoit
redoubler les battements du cœur et même où on reveilloit lorsqu’ils étoient,
tout-à-fait . . . .
lui-même, et l’autre à quelques uns des principaux nerfs qui s’y portent;
j’ai donc après avoir repeté et varié de plusieurs manieres les preuves et deter-
miné les circonstances dans lesquelles on peut obtenir l’effet en question,
rectifié ma proposition, enoncée peut-être trop generalement, mais j’ai constaté
en même tems qu’une très grande différence, une différence essentielle subsiste,
comme j’avois soupçonné entre les muscles volontaires et les non-volontaires,
ou entre les nerfs des uns, et des autres ou nerfs et muscles d’une espece, et
nerfs et muscles de l’autre, tant que l’excitabilité du muscle est très grande,
et qu’on employe . . . .
ficile d’exciter ces derniers par les moyens indiqués, au point que l’effet n’a
lieu qu’avec de métaux les plus actifs; c. à d. deux des plus éloignés dans
l’echelle que j’avais déja tracée, comme plomb, étain, ou mieux zinc d’un coté,
et or ou argent de l’autre, il faut au surplus, que ces deux métaux differents,
ou un des deux soit appliqué à la substance même du cœur, ou du moins que
celui-ci soit placé de maniere que tout ou une partie considerable de son corps
se trouve dans le circuit, et soit conséquemment traversé par le courant
électrique, que les deux métaux excitent; il faut en un mot, que le
électrique affecte
trique ne se porte pas sur le muscle lui-même s’il ne penetre aucunement sa
substance, je suppose le cœur s’il se limite à envahir et penetrer une partie
quelconque de ses nerfs comprise entre les deux métaux, ou placée de quelque
maniere que ce soit dans le cercle conducteur, le muscle exclus, nulle exci-
tation dans celui-ci.
Or il en est bien differemment des muscles volontaires,
appliqué deux métaux, pas même des plus actifs, à deux endroits du nerf
principal qui s’y implantent, à deux endroits p. e. du nerf ischiatique, même
peu éloignés l’un de l’autre, je fais communiquer ces deux métaux, ce qui dé-
termine un courant électrique, qui traverse seulement cette portion intercep-
tée du nerf: il suffit p. e. de serrer doucement ce nerf au dessus de son insertion
dans les muscles de la jambe, qui lui obéissent de serrer p. e. le nerf crural
d'une grenouille preparée, avec une pincette dont une branche est d’argent,
l’autre de étain, ou mieux de zinc, pour mettre en convulsion tous les muscles
sujets, toute la jambe, lorsque toute autre pression, tout autre stimulant
mechanique ou chymique appliqué à ce même nerf n’a plus d’effet.
L’irritation
donc du nerf seul et de quelques points seulement du nerf par l’action stimulant
d’un foible courant électrique est. très-efficace pour exciter les contractions
des muscles volontaires qui en dépendent, et plus efficace que tout autre sti-
mulant; tandis qu’elle ne l’est pas pour le cœur et les autres muscles non volon-
taires, pour lesquels les stimulants mechaniques et chymiques sont au con-
traire plus appropriés que le stimulant électrique; si bien, que lors même que
ce fluide venant à frapper fortement et à porter son action immediate sur de
tels muscles il parvient à les exciter on peut croire qu’il y agisse lui-même
comme stimulant mechanique.
Cela bien etabli comme mes expériences le
prouvent, que le fluide électrique est le plus approprie de tous les stimulants
pour les contractions des muscles volontaires, soit que son courant traverse
la substance même de ces muscles, soit qu’il parcoure . . . .
n'affecte que le nerf seul, en ne parcourant qu’un trait de celui-ci; et qu’au
contraire
niques pour les muscles non volontaires, et même inefficace appliqué aux
seuls nerfs de ces derniers
role:
vigore. [Nota della Comm.].
quable entre ces organes du mouvement, difference, qui nous conduit à di-
stinguer en deux classes non seulement les muscles mais encore les nerfs re-
spectifs, rapport à leurs fonctions, sans parler des nerfs des sens qui constitue
une autre classe encore.
L’explication, que j’ai donnée de la maniere par laquelle les conducteurs
métalliques differents excitent les sensations de saveur sur la langue, de lu-
miere dans l’œil, de douleur dans quelques parties très-delicates, dans les
playes, aussibien que les contractions clans les muscles volontaires: cette
mais comme
spece de métal et d’autres differences accidentelles, en considerant, lorsque
ces métaux se trouvent appliqués à ceux d’une autre classe de les conduc-
teurs humides et on complette avec eux le cercle, en considerant un tel con-
tact comme la
tant que le cercle n’est point interrompu, de sorte que les nerfs et les muscles
de l’animal qui font partie de ce cercle ne sont que
ment par une électricité extrinseque, en un mot des
velle espece, et très-sensibles: cette explication, qui détruit de fond en comble
tout ce qu’on avoit avancé et que j’avois cru moi même d’une électricité pro-
prement
de l’equilibre naturellement rompu entre nerfs et muscles ou entre l’interieur
et l’exterieur de ceux-ci ec. cette explication dis-je, adopté generalement
par les Physiciens, qui ont suivi mes traces dans ces champs d’expériences
ne pouvoit gueres que rencontrer de fortes oppositions de la part des di-
sciples et des adhérents de Mr. GALVANI jaloux de conserver tout le plus
grand eclat à la découverte du celebre Professeur de Boulogne; aussi a-t-on
fait tous les efforts possibles pour retablir l’électricité animale, efforts tout
à fait inutiles à l’égard de celle ci j’ai demontrée par mille expériences di-
rectes, dans le sens qu’ils pretendent.
Leurs plus forts arguments sont les con-
vulsions excitées dans des grenouilles préparées à la maniere de GALVANI,
par l’application de deux pieces du même métal, et même des deux bouts
d’un seul et simple métal.
J’ai déja répondu à ces objections il y a plus d’un
an dans un Journal qui s’imprime ici à Pavie; 1° qu’on n’obtient ces convul-
sions que moyennant la preparation complette de la grenouille, et tant qu’elle
conserve une sensibilité prodigieusement grande; que au surplus ces contrac-
tions musculaires manquent très-souvent même dans ces circonstances, et
que lors qu’on les obtients, elles ne sont pas comparables en force à celles
qu’on excite avec deux métaux differents.
2° Que si les deux pieces de métal,
ou les deux bouts du môme métal, ne different pas substantiellement, il suffit
qu'il s’y rencontre des differentes accidentelles, rapport à la trempe, à la den-
sité, à la surface plus ou moins polie, plus ou moins luisante, ou terne, à la
temperature ec. pour leur faire deployer une action ou force differente sur le
fluide électrique là où ces métaux s’appliquent aux conducteurs humides, et
en determine le courant.
En effet j’ai prouvé qu’en changeant la trempe, le
poli, la temperature à une des deux pieces, ou à un des deux bouts, du même
métal, on réussit à exciter les convulsions, qu’on ne pouvoit obtenir lorsqu’il
y avoit à tous ces égards une parfaite égalité.
3° En choisissant deux pieces
d’un métal moins sujet à alteration, et de la même trempe, comme or, ou
argent pur, en coupant deux morceaux au même fil d’or, et en les enfonçant
grenouille tout recemment préparée, je n’ai jamais vu de convulsions excitées,
lorsque je faisois communiquer immediatement entr’elles ces deux aiguilles
tandis que je les obtenois avec deux autres pieces d’or, ou d’argent prises au
azard, e. g. avec deux monnoyes ec..
Que doit-on dire donc, sinon qu’il y avoi
ici quelque difference accidentelle entre or et or, argent et argent; puisque
lors qu’il il n’y en a pas l’effet n’a lieu non plus?
Mais voila une objection bien plus forte: on réussit dans les premiers
moments et dans certains cas à exciter les convulsions dans la grénouille pré-
parée sans l’intervention d’aucun métal, en portant immediatement une de
ces jambes en contact de l’épine, ou des nerfs cruraux nuds, et quelques fois
aussi en faisant la communication moyennant une masse d’eau, une, ou deux
personnes.
Ce n’est donc pas, dit-on, une électricité extrinseque mue par
les conducteurs métalliques qui manquent ici; mais une électricité residente
dans les organes, une décharge du fluide électrique de la partie de ces organes,
des nerfs e. g. où il se trouve naturellement accumulé à la partie qui en manque
respectivement, e. g. les muscles, ou de l’interieur à l’exterieur de ces mêmes
muscles, pour la voye des nerfs, comme l’avoit pensé GALVANI.
Ces expériences portées fort loin il y a quelques mois par Mr. EUSEBE
VALLE, avec lesquelles les partisans de la theorie de GALVANI croyent triompher,
en ont imposé à plusieurs de ceux qui avoient adopté la mienne, qui leur paroit
incompatible avec ces nouveaux faits.
Cependant il est, très-facile de les con-
. . . . . . . . .
Comme je soutiens, que la rupture d’equilibre, l’incitation au fluide électrique
à parcourir en forme de torrent continu tout le cercle conducteur, vient de
contact mutuel de conducteurs dissemblables dans ce cercle, conducteurs,
qui sont en même tems
étherogene (à peu près comme il arrive par le frottement), et que j’ai par
tant d’experiences differents montré; que cela a lieu d’une maniere si marquée
pour les conducteurs métalliques vis-à-vis des conducteurs d’une autre classe
des conducteurs que j’appelle humides parcequ’il doivent leur conducibilité
à l’eau, ou a quelqu’autre humeur qu’ils contiennent; je n’ai qu’a ajouter que
d’autres contacts de conducteurs éthérogenes pris dans cette derniere seule
classe peuvent aussi agir sur le fluide électrique, rompre son repos, et le mettre
en courant, avec une force d’autant moindre, qu’ils sont des conducteurs
incomparablement moins parfaits que les métaux.
Il faut donc étendre ana-
logiquement aux conducteurs humides tout ce que j’ai dit des conducteurs
secs, ou métalliques (parmi lesquels je range le charbon vegetal ou animal)
un de l’autre, arrive aussi à proportion entre deux de la même classe, mais
differents.
Ainsi au lieu de dire, que tout le jeu depend de la difference des
conducteurs métalliques, on dira des conducteurs
autres ne devant pas être exclus de la faculté de pouvoir être aussi
J’avais depuis long-tems conçu l’idée que tous les conducteurs possedoient
dans quelque dégré cette faculté active; et j’avois expliquée à quelqu’un de
mes correspondents dès l’été de 1792, specialement dans deux longues lettres
à Mr. VAN MARUM celebre Physicien Hollandois.
Maintenant les expériences
ont confirmé cette conjecture: elles font voir que le fluide électrique est mu
par le simple contact de deux conducteurs humides différents, et surtout de
deux liqueurs différentes.
Je rapporterai nombre de ces expériences dans la
suite de mes Memoirs: il sera suffisant de dire ici, que lorsque on n’obtient
plus les convulsions en repliant simplement la jambe de la grenouille préparée
sur le clos jusqu’au contact de l’épine, on pourra quelque fois les obtenir encore
en mouillant prealablement l’une ou l’autre de ces parties, à la maniere de
VALLE, de salive, d’eau salée, d’esprit de vin, et d’autres liqueurs, comme
Mr. VALLE même a prouvé.
Encore cette autre expérience et je finis.
Ayant
placé les jambes de la grenouille préparée dans l’eau pure contenue dans un
verre et son dos dans celle d’une autre verre; il est extremement rare qu’on
puisse exciter une fois ou deux des convulsions foibles en plongeant deux doigts
dans les deux verres pour completer le cercle, et si rare, que la plupart avec
les grenouilles plus fraiches, plus fortes, et le mieux préparées je n’y réussis
pas, même dans les premiers instants; je n’y réussi pas beaucoup mieux en
y plongeant les deux bouts d’un fil, d’or ou d’argent parfaitement homogene;
mais si je repete l’expérience ayant mouillé le bout de mon doigt, ou le bout
de l’arc métallique d’une autre liqueur, d’eau salée, d’esprit de vin, d’encre,
de vinaigre, d’acide vitriolique, ou de quelque humeur animale, comme lait,
sang, salive, urine, j’excite lorsque je viens à faire la communication les
mouvements des muscles; l’expérience est beaucoup plus sure en employant
l’arc métallique; mais elle est plus decisive avec celui des deux doigts: et tout,
à la fin prouve que l’effet, est du au contact des deux liqueurs etherogenes.
Après cela qui ne voit l’explication claire du phénomene dont on a fait
tant de bruit, c. à. d. des foibles convulsions excitées dans la grenouille
ponctuellement préparée par le simple contact d’une de ses jambes aux nerfs
cruraux nus, ou aux muscles de l’épine?
Quand même on n’a point mis de sa-
live ec. à l’un des endroits, l’attouchement mutuel se fait toujours entre des
conducteurs differents, au moins quant à la surface, qui est unie sur le genou,
et sur les muscles couverts d’une membrane lisse, et au contraire inegale et
presentant une chaire dechirée ou ensanglantée sur l’épine; c’est, dis-je,
cette difference dans les surfaces conductrices qui se touchent en effet, parmi
c’est ordinairement lorsque on fait attoucher la chaire du dos ou on porte à
l’attouchement des nerfs près de leur sortie de l’épine, non par une partie quel-
conque de la jambe, mais par le muscle gastrocnemius, et mieux encore par
cette partie blanche et tendineuse de l’articulation du pied.
Concluons, que nulle expérience ne prouve encore une decharge électrique
provenante des organes de l’animal comme les partisans de GALVANI le pre-
tendent,
blables portés au contact, action que j’ai directement prouvée, et determinée en
quelque maniere par tant d’autres expériences sur-tout avec les métaux,. . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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