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DUE LETTERE A MARTINO VAN MARUM. LETTERA PRIMA.

Como, 30 Agosto 1792.

FONTI.

STAMPATE. Bosscha Corr. pg. 64.

MANOSCRITTE. Harlem. Soc. Holl. Sc. (*) Cart. Volt.: E 24 (**), F 46 bis.

OSSERVAZIONI TITOLO DATA: da Bosscha Corr.

In Bosscha Corr. segue alla lettera del V. un commento storico e scientifico di cui pubblichiamo un sunto in fine [ Note della Commissione ].

(*) In Cart. Volt. E 25 è la Copia del Mns. del V. (**) E 24 è la Minuta completa della lettera; F 46 bis è un breve brano. Le due lettere del V. 30 Agosto e 11 Ottobre 1792 formano una sola Memoria che il V. proponevasi continuare in una terza lettera che non scrisse.

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LETTERA PRIMA.

à Come le 30 me Août 1792.

Monsieur

Votre derniere lettre m'étant parvenue au tems de nos vacances, dans lequel j’ai coutume de faire des excursions, je n’ai pu répondre plûtot. J’ai regret de cela, et plus encore de vous devoir dire de suspendre la commission que je vous avois donnée de me faire construire le Gazometre de votre invention. La raison est, qu’on ne m’a pas encore accordé de faire cette dépense pour le Cabinet de l’Université de Pavie, les autres dépenses ayant déja été assez considérables cette année. J’espère pourtant de pouvoir l’obtenir en renou- vellant la demande, et si tôt, qu’on me l’accorde, ce qui pourroit être dans deux ou trois mois d’ici, je ne tarderai pas à vous en donner avis. Je vous prie en attendant de vouloir bien m’excuser pour la peine que je vous ai donnée inutilement, et pour le délai à faire réponse à votre lettre, et à vous remercier du nouveau dessin, qu’il vous a plu de me remettre avec la description de votre appareil simplifié.

Je ne sçais si vous êtes informé, Monsieur de la belle découverte de Mr. Gal- vani, Professeur de Bologne, sur l’ Electricité Animale . Je suis entré avec ardeur dans ce nouveau champ qu’il nous a ouvert et j’y ai fait des nouvelles décou- vertes, dont j’ai déjà publié une partie dans deux Memoires sur ce sujet insérés dans le Giornale Fisico-Medico du Dr. BRUGNATELLI de Pavie (May, Juin et Juillet) et qui seront suivis par d’autres. Je vais vous tracer en abregé la suite de ces découvertes et les accompagner de quelques reflexions.

Mr. GALVAnI disseque une grenouille de façon qu’il n’en conserve que les jambes postérieures attachées uniquement par les nerfs cruraux à une partie de l’épine du dos tronquée du reste du corps. Appliquant alors le bout d’un fil métallique, ou arc conducteur à un point quelconque de ces jambes, et l’autre bout aux dits nerfs, ou bien à la portion du tube vertebral où ils se réunissent, voila des convulsions spasmodiques, des secousses, et des mouve- ments très-violents clans les deux jambes: elles sautent, et se debattent d’une maniere surprenante. On obtient cet effet toutes les fois qu’on réitère les mêmes attouchements; et beaucoup mieux et pendant un très-long tems, si ayant appliqué une lame métallique soit au tube vertebral, soit à l’extremité des nerfs cruraux qui y aboutissent, on touche avec l’arc conducteur cette espèce d’armure d’un coté et les muscles des jambes de l’autre.

Notre Professeur de Bologne ne s’est pas arreté à ces experiences sur la grenoüille, mais il les a étendües à d’autres animaux, même à sang chaud, qua- drupedes et oiseaux, et il en a eu le même succès moyennant, le même artifice de mettre à découvert et de detacher tout autour de ses adhérences le principal nerf d’un membre, comme le brachial, l’ischiatique etc. de l’armer d’une feuille métallique, et d’établir une communication à l’aide d’un arc conducteur entre ce nerf armé et les muscles dependants. Il a varié de plusieurs manieres ces expériences; toujours pourtant de façon à établir une communication entre les nerfs d’un coté, et les muscles d’un autre; ce qu’il regarde comme une con- dition essentielle, ou du moins que le courant du fluide electrique s’étende et parvienne par la voye des nerfs aux muscles et les heurte de quelque maniere, reveillant ainsi leur irritabilité.

Mais ayant varié beaucoup plus que lui les expériences et multiplié les recherches j’ai trouvé que les susdites conditions ne sont guère nécessaires. On peut lorsque le nerf est mis à découvert et dégagé comme ci-dessus, limiter à deux de ces parties plus ou moins voisines entr’elles l’irruption ou trajet du fluide électrique moyennant deux armures appliquées aux deux endroits marqués du nerf ec. et les muscles dependants entreront également en con- vulsion, le membre se debattra à l’ordinaire, quoique celui-ci reste avec tous ses muscles hors du circuit, que parcourt le courant électrique. L’expérience réussit très bien sur le nerf ischiatique et la jambe du chien, d’un agneau ec. Qu’on decouvre un trajet assez long de ce nerf, qu’on en enveloppe une partie dans l’étendue p. ex. de 3 ou 4 lignes, de feuille d’étain, et qu’on applique à une autre partie une lame d’argent laissant entre ces deux armures un interval quelconque d’une ou plusieurs lignes: toutes les fois alors qu’on établira entre elles une communication, soit immédiate, en avançant la lame d’argent jusqu’au contact de celle d’étain, soit par l’intermède d’un troisième metal, on viendra à exciter des secousses, des mouvements impetueux de toute la jambe, quoique on n’ait touché à aucun de ses muscles, quoique on ne puisse imaginer que le fluide électrique mis en mouvement dans une petite partie seulement du nerf qui deborde les muscles, aille frapper en aucune maniere ceux-ci. Or donc, il n’est point du tout nécessaire que les muscles soient affectés immédiatement par le fluide électrique, qu’il fasse irruption sur eux: c’est les nerfs que ce fluide doit irriter; et il n’en faut pas davantage pour donner nais- sance aux mouvements des muscles gouvernés par ces nerfs.

Comme ces expériences réussissent également, bien dans le membre tronqué de l’animal, et pendant un assez longtems, lorsque la sensibilité du nerf dominant paroitroit éteinte, vu que ni en le pinçant, ni en le coupant ou dechirant on vient à bout d’exciter les mouvements violents dans le dit membre, qu’on y excite si aisément par une legere secousse ou mouvement induit du fluide électrique, on est assez fondé à conclure, que ce même fluide est le stimulant le plus approprié des nerfs, et qu’il est tout-à-fait naturel, que ce soit aussi par son ministere, que l’action nerveuse est mise en jeu dans l’économie ani- male. L’ame dans cette supposition n’a qu’à imprimer un certain mouvement au fluide électrique où a solliciter, retarder, invertir celui qu’il a déja, dans les nerfs sujets à son empire, pour faire naitre les mouvements qu’elle veut dans tels ou tels muscles erecteurs et flexeurs des membres, dans tous ceux enfin qui obeissent, à sa volonté. Plus on considerera ces expériences, les conditions et les circonstances qui les accompagnent, comme je montrerai dans la suite, et plus on se persuadera de ce que j’avance ici sur des conjectures assez fondées.

Quoique les nerfs soient les parties, sur lesquelles doit se porter immédia- tement l’action du fluide électrique et que la contraction des muscles ne soit qu’un effet secondaire provenant (de quelle maniere nous ne le savons pas encore, et à l'égard de cela nous n’en sommes pas plus avancés qu’avant, ces découvertes) de l’action nerveuse ainsi excitée, comme on vient de voir, il n’est pas du tout nécessaire pour réussir dans les expériences dont il s’agit de les découvrir ces mêmes nerfs, de les isoler ec. suivant le procédé décrit et comme le pratique GALVAnI: on peut les laisser à leur place enveloppés et cachés sous les chairs, et appliquer tout droitement les armures métalliques à ces mêmes chairs et muscles, une à tel muscle, l’autre à tel autre, ou même à deux parties d’un seul muscle, pourvu que les nerfs ne se trouvent pas trop profondément ensevelis sous des intéguments d’une épaisseur excessive. Ainsi pour une grenouille qui a la peau très fine et trempée de beaucoup d’humidité, on peut la lui laisser, si on veut, et appliquer une feuille d’étain p. e. sur son dos, ou ses reins, et une monnoie d’argent sous ses cuisses: en établissant alors une communication entre ces deux armures, au moyen d’un troisième métal, on verra cette grenouille entiere et intacte tremousser dans tout son corps, se tourmenter et lancer violemment ses jambes de derriere; et la même chose si elle est deja morte ayant la tête tranchée et passée une grosse aiguille le long de la moelle épinière.

On obtient, à la vérité ces mouvements plus aisément, et plus forts, si ayant écorchée la grenouille, on a appliqué les armures à la chair musculaire nue, mais, comme j’ai dit, il n’est pas d’une nécessité absolue d’en oter la peau: comme il ne l’est pas non plus de l’enlever aux anguilles, et à d’autres poissons, pour exciter en eux, moyennant le même artifice des armures, toute sorte de mouvements et contorsions. Cela je l’ai trouvé nécessaire pour d’autres animaux qui ont la peau moins fine et plus seche, lezards, salamandres, serpents, ecc. Pour les oiseaux, les souris et autres petits quadrupedes, qui ont des inté- guments encore plus épais, la graisse, le tissu cellulaire et autres membranes, qui enveloppent les muscles, il faut absolument enlever tous ces intéguments jusqu’à, découvrir la chair vive aux endroits qu’on veut armer, sans quoi à peine pourra-t-on obtenir quelques contractions ou tremblement de quelque muscle, et point de ces mouvements et secousses des membres qu’on se propose d’exciter. Enfin dans les animaux plus grands, chiens, chats, lapins, agneaux ec. et dans les parties trop charnues, où les principaux nerfs inservients au mou- vement des membres, c. à. d. regissants les muscles flexeurs se trouvent trop couverts et ensevelis, il faut oter, outre certaines pellicules ou mem- branes, s’il s’en rencontre, qui couvrent les chairs, une partie encore de celles -ci, jusqu’à ce qu’on ait aminci convenablement la couche qui s’interpose entre l’armure et le nerf qui doit être irrité, pour qu’il s’ensuive le mouve- ment qu’on attend. Ce n’est pas qu’on n’obtienne sans cette coupure et amin- cissement des parties charnües des contractions spasmodiques, des palpi- tations plus ou moins grandes des muscles; mais elles ne sont dans ce cas que superficielles, et limitées à-peu-près aux environs des armures et à l’e- space compris, s’il n’est pas grand; au lieu qu’elles s’étendent loin et arrivent à secouer les membres entiers, toute une jambe p. e. tout le bras et la patte d’un chien, d’un agneau ec. si on a appliqué comme il faut une des armures à l’endroit qui repond au nerf ischiatique , ou au nerf brachial , et on a oté de cet endroit outre les intéguments communs assez de chair pour qu’il n’en reste que peu d’interposé entre le nerf et l’armure: dans ce cas c’est presque comme si on avoit decouvert le nerf, et on lui eût appliqué la dite armure immédiatement; puisque une couche assez mince de chair bien humide n’empêche pas que le fluide Electrique mis en mouvement ne penetre jusqu’à lui, et l’irrite au point de reveiller son action.

On voit donc aussi par ces expériences, que c’est proprement l’irritation des nerfs assujetis à l’incursion du fluide électrique, qui devient cause des mou- vements des muscles, non pas une action immédiate du dit fluide sur ces derniers, comme le pense le Dr. GALVANI, et je le pensois moi-même dans le commen- cement. Que si sans découvrir aucun nerf et en appliquant simplement les deux armures aux muscles eux-mêmes laissés à leur place, ou détachés entie- rement de l’animal et même à un seul muscle, et jusqu’à un petit morceau de muscle, si, dis-je, en appliquant la feuille d’étain et la lame d’argent à deus parties exterieures, soit d’un seul muscle, soit de deux, on occasionne des con- torsions spasmodiques, des palpitations ec. toutes les fois et tout le tems qu’on fait communiquer entre eux ces armures, c’est que chacun de ces muscles et la moindre de leurs parties, se trouvent parsemés de filets nerveux, dont il y en a une infinité sous tous les points que couvrent les dites armures.

Une chose pourtant qui merite la. plus grande consideration c’est que quoique tous les membres soient pourvus de nerfs, il n’y a néanmoins que ceux qui sont sujets à l’empire de la volonté, les muscles des mouvements spontanés, qui présentent les phénomenes decrits, les contractions ec. par l’action du fluide électrique transmis d’un endroit à l’autre : au moins je n’ai rien pu obtenir des muscles du ventricule, des intestins, ni du coeur même, qui jouissent pourtant, le dernier sur-tout., d’une grande irritabilité, pas même lorsqu’ils se montroient encore pleins de vie et qu’ils se ressentoient à tout autre sti- mulant physique ou chymique, je n’ai rien pu obtenir, dis-je, par les artifices électriques decrits ni du cœur, ni des intestins ec. tandisque tous les muscles erecteurs et flexeurs des membres, et la plupart de ceux du dos, de la poitrine, du ventre en un mot tous ceux qui obéissent à la volonté ne manquent pas de se prêter aux épreuves dont il s’agit long-tems même aprés que les stimulants physiques et chymiques n'y produisent plus rien. Ayant essayé dans cette vüe les muscles du diaphragme j’en ai obtenu les effets, comme je m’attendois eu égard que ces mouvements sont aussi volontaires. Ainsi il ne paroit plus rester de doute sur ce point.

Or si le fluide Electrique ne peut par ce leger mouvement, que l’appli- cation des armures métalliques lui occasionne, exciter les contractions ec. que dans les muscles sujets à la volonté, et reciproquement; ne peut-on pas conclure, que ce n’est pas autrement que la volonté elle-même produit des semblables contractions, savoir par un mouvementpareil qu’elle sçait imprimer au fluide électrique? S’est-on pas fondé à croire, que c’est par son ministere que l’ame agit, comme j’ai déjà avancé, et que le dit fluide n’affecte pas di- rectement les muscles, mais les nerfs, lesquels excités par lui, qui est leur sti- mulant approprié, agissent à leur tour sur les premiers, comme j’ai montré par expérience? Je me borne à cela; puisque la maniere de cette communi- cation ou passage d’une action à l’autre est encore obscure, comme j’ai déjà avoué; on ne connoit, nullement comment s’exerce cette puissance des nerfs pour produire la. contraction des muscles; il est pourtant sûr, et mes expé- riences suffiroient seules à le prouver, que ces mouvements des muscles volon- taires viennent de l’action des nerfs sur eux; et il est plus que probable que l’agent, l’excitateur de ces nerfs commandés par la volonté, est en tout cas le même, savoir le fluide électrique, auquel nous voyons operer avec tant de facilité les mêmes effets.

Pour ce qui est des autres muscles, les mouvements desquels ne dependent point de la volonté, et ne peuvent non plus être excités par le doux écoulement du fluide électrique occasionné par les armures ec. on peut croire que de semblables mouvements non volontaires, comme celui du cœur et le mou- vement vermiculaire des intestins, ne s’executent point au moyen des nerfs, mais par un autre mechanisme quelconque; que par conséquent, les nerfs dont ces muscles sont pourvus, ont un tout autre employ.On comprendroit alors bien pourquoi le fluide électrique, qui dans les expériences dont il s’agit ne fait que stimuler un peu les nerfs, n’occasionne point dans de semblables muscles destitués de mouvement volontaire les contractions et les secousses qu’il occasionne dans les autres sujets à la volonté.

Mais que dirons-nous s’il y a des animaux, dont toutes les parties se re- fusent aux mouvements qu’on penseroit y exciter par les artifices indiqués quelque susceptibles qu’elles soient d’ailleurs de mouvements spontanés? J’ai rencontré plusieurs de ces animaux rebelles, pour ainsi dire, dans la classe des vers, comme les sangsües, les limaces et limaçons, les vers de terre, et autres, sur lesquels ayant fait les preuves de toutes les manieres possibles, je n’ai pu rien obtenir. Je dirai plus: ils ont tenu contre des decharges d’électri- cité artificielle assez fortes pour étinceller, et capables de me donner une com- motion sensible dans les bras; il ne s’est point excité dans ces petits animaux de mouvement remarquable en aucune partie de leur corps; ils ont paru en être aucunement affectés: ce qui m’a beaucoup étonné. Seroit-ce faute des nerfs? Mais peut-on dire que ces animaux en manquent? Non surement et les limaces surtout en sont richement pourvües. Mais vraisemblablement l’of- fice de ces nerfs n’est pas d’induire le mouvement dans les parties, et ces mouvements quoique spontanés s’exercent par un tout autre méchanisme comme les non spontanés dans les autres animaux. Il y a des vers en effet aquatiques et terrestres, dans lesquels on a découvert et decrit le veritable mechanisme de plusieurs mouvements. Quoiqu’il en soit voila une difference essentielle dans l’économie animale entre ceux-ci et les autres animaux.

Mais si plusieurs vers se refusent, comme on vient de voir, à nos épreuves, je ne me hâterai pas de conclure qu’il en soit de même de tous les vers en ge- neral, et encore moins de tous les insectes; au contraire je dois dire, que j’ai réussi très bien sur plusieurs de ces derniers, comme ecrevisses, scarabes, sau- terelles, papillons, et jusques sur les mouches. Voila une des manieres par lesquelles j’obtiens plus surement l’effet dans ces animaux difficiles à assujettir aux expériences ou par leur petitesse ou par les écailles dont ils sont recouverts. Après avoir tranché la tête à la mouche, au papillon, au scarabe etc., je leur fend tout au long le corselet avec un canif ou des fines ciseaux, et j’introduis profondément dans la fente près du cou un morceau de feuille d’étain, ou de papier argenté, qui est proprement un papier couvert de feuille d’étain et un peu au dessous j’introduis de même bien dans l’interieur le tranchant d’une lame d’argent, p. e. une petite monnoye: alors faisant avancer celle-ci jusqu’au contact de la feuille d’étain, voila les antennes et les jambes se plier, se debattre et le tronc même s’agiter ecc.

Je viens maintenant [1] aux expériences, que j’ai faites sur ma langue et sur d’autres et qui m’ont présentés des phénomenes nouveaux aussi curieux qu’instructifs. J’applique à la pointe de la langue une. lame d’étain bien nette, et plus avant [2] sur son plat une monnoye d’argent ou d’or; puis arançant celle-ci je la. fais arriver jusqu’au contact de la dite lame: à l’instant il s’ex- cite sur la pointe de ma langue une sensation plus ou moins vive; celle d’une saveur aigre bien décidée, qui continue et va même en augmentant tant que la communication des deux metaux dure. Au lieu d’une lame solide d’étain je me sers plus avantageusement d'une feuille mince de ce métal [3], ou d’un morceau de ce papier argenté dont j’ai parlé ci-dessus. Voila un phenomene bien frappant: mais ce qui l’est encore plus, c’est qu’en faisant l’expérience d’une maniere inverse, c’-à-d. en appliquant au plat de la langue [4] l’étain et l’argent à son bout, on sent ici [5] une saveur tout-à-fait differente, une saveur brulante tirant à l’amer, d’une acreté enfin plûtôt alcaline qu’acide.

Il n’est pas douteux, que cette différente sensation vient [6] de ce que le fluide électrique entre dans un cas et penetre la pointe de la langue et dans l’autre il en sort; et je crois avoir determiné lequel des deux saveurs tient à l’entréelequel à la sortie du dit fluide. C’est donc la saveur acide qu’il produit en entrant et l'autre alcaline ou. quasi alcaline [7] en sortant: ainsi l’étain fait pas- ser du fluide électrique à la partie qu’il revêt et l’argent au contraire soutire du même fluide aux points qui lui sont en contact [8]. J’ai eu recours pour determi- ner cela à l’électricité artificielle: j’ai appliqué le bout de. la langue au grand conducteur de la machine électrisé tantôt positivement, tantôt négativement et j’ai senti bien distinctement les deux mêmes saveurs, l’acide par l’électri- cité positive, l’autre saveur acre et presqu’alcaline par la négative [9]. Il faut pour bien goûter et distinguer ces saveurs ne pas exciter d’étincelles sur la langue, lesquelles en l’irritant trop vivement procureroient d’autres sensa- tions que celle du goût, des sensations plus ou moins douloureuses: il faut non pas de ces irritations brusques et à secousses, mais une irritation [10] douce et continuée telle qu’on l’a en recevant. sur le bout de la langue le souffle chatouil- lant ou vent électrique à une distance convenable de la pointe émoussée du conducteur, ou en tenant appliqué le bout même de la langue au conducteur tandis qu’on fait jouer la machine électrique. Voulez-vous exclure tout soup- çon, que la saleur qu’on sent soit la saveur propre du métal? n’appliquez pas immediatement votre langue à celui-ci [11] mais à un morceau de bois, à un drap mouillé ecc. que vous aurez uni au conducteur métallique [12]. Il est bon aussi pour empecher, qu’en retirant par hazard la langue il n’éclate des étincelles piquantes, de laisser pendre une chaine du conducteur sur la table, OU sur le plancher; alors ce conducteur n’étant pas isolé donne un passage as- sez libre au fluide électrique et rien n'arrete son cours tant qu’on fait jouer la Machine; si bien que par cet écoulement continuel l’électricité ne peut ja- mais monter à une tension considérable; à peine un electrometre bien sen- sible appliqué à ce conducteur donne-t-il quelque foible signe. Cependant comme en appliquant la langue à ce même conducteur une partie plus ou moins [13] grande du fluide électrique mis en mouvement [14] doit s’écouler par cette voye [15] voila justement ce qu’il faut pour chatouiller doucement la langue c’-à-d les nerfs du goût [16] et y exciter la sensation, dont il s’agit,, sa- voir la saveur acide ou l’autre acre et brulante, selon que le fluide entre ou sort. Il faut pourtant, afin que ces sensations soient remarquables et assez vives, sur-tout celle de la saveur alcaline, qui [17] s’excite plus difficilement, quoique lorsqu’on arrive à l’exciter elle devienne par son acreté plus piquante et desagreable, il faut, dis-je, que le fluide électrique, qui coule si doucement, soit en revanche assez copieuse: c’est pourquoi il faut que la Machine joue bien, et fournisse abondamment.

Avec tout cela on ne parvient [18] jamais à exciter une saveur aussi forte que celle qui est produite par les deux lames d’argent et d’étain appliquées simplement à la langue et communiquantes entr’elles. La raison est proba- blement, qu’ici le mouvement du fluide électrique est encore moins rapide, de sorte que s’arrêtant pour ainsi dire au bout des nerfs [19] il y deploye plus avantageusement cette action, qui est propre à exciter le sens du goût. On peut aussi croire, que la quantité de fluide électrique mis en jeu de cette maniere n’est pas petite, quoique son courant ait peu de vitesse [20]. Mais je parlerai de cela dans la suite.

Il faudra, Monsieur, que je vous écrive une seconde lettre en continuation de celle-ci, car j’ai encore bien de choses à vous communiquer. Agréez en at- tendant ceci, et que je sache ce que vous en pensez. Je suis avec toute l’estime et l’amitié possible

Votre ec. A. VOLTA.

A. Monsieur Mousieur le docteur VAN MARUM, Directeur de Musée de Teyler à Hollande. Haarlem.

NOTE DELLA COMMISSIONE ED AGGIUNTE TRATTE DAI MANOSCRITTI DI A. VOLTA

Riassunto del Commento di I. Bosscha segretario della Società olandese di Scienze alla let- tera del V. 30 Agosto 1792.

Le due lettere del V. 30 Agosto e 11 Ottobre formano probabilmente una sola lettera, sono copiate da una minuta e costituiscono una Memoria che il V. proponevasi continuare in una terza lettera che non scrisse.

Le risposte del Van Marum al V. non sono giunte a destinazione causa la guerra del 1792, ed il V., attesa invano la risposta, non scrisse la terza lettera. La corrispondenza restò interrotta fino al 1796 e nel frattempo il V. rimase impegnato nella lotta contro i sostenitori dell’Elettricità animale, e solo con le lettere al Vassalli da Como del 23 Ottobre 1795 egli si liberò dall’obbligo di rispondere ai Galvanisti.

Vedonsi nel Commento notizie anche sulle opere di Galvani.

Il Galvani mandò una copia del suo Commentario a D. Bassano Carminati Professore di medicina a Pavia e questi lo comunicò al V. incitandolo a ripetere le sperienze. Il V. le cominciò con diffidenza a Pavia, nell’ultima settimana di Marzo e la sua incredulità si mutò tosto in entu- siasmo. Ripetè le sperienze a Milano presso lAnguissola e il 3 Aprile scrisse la lettera al Baronio inserita poi in Br. Ann., in Ant. Coll. e tradotta in tedesco dal Mayer.

Il Carminati riportò al Galvani i risultati del V. e il Galvani rispose al Carminati. Tale ri- sposta fu pubblicata dall’Aldini nelCommentario di Galvani, pag. 67 e tradotta in tedesco dal Mayer.

Subito seguì la seconda Memoria sulla E. A. pubblicata in Br. Ann., in. Ant. Coll. e tradotta in tedesco dal Mayer. In questa il V., dato libero campo alla critica, abbatte la teoria del Galvani.

Nella Memoria terza sulla E. A. il V. dice che la seconda parte della Memoria seconda non era ancor pubblicata quando uscì la seconda edizione del Comm. del Galvani curata dall’Aldini. La lettera al Van Marum 30 Agosto deve aver seguito subito dopo la Memoria seconda. La Memoria terza è compresa in una lettera all’Aldini.

In Cart. Volt. E 24 è una minuta che comprende l’argomento di ambedue le lettere contenente quasi fedelmente tutta la prima e gran parte della seconda, senza ripetizione; mentre le due lettere che si pubblicano hanno in comune un brano. Il Bosscha spiega questo fatto, supponendo che le due lettere siano tratte da una minuta precedentemente stesa a distanza di tempo (durante il quale il V. compì un viaggio).

[1] Ici commence acec les mots « Venons aux espériences » le passage répété dans la lettre XIV, du 11 octobre 1792.

[2] La lettre XIV introduit ici les mots: « soit dessus ou dessous ou à coté, ordinaire- ment ».

[3] Au lieu des mots qui terminent la phrase, la lettre XIV ajoute les suivants: « de celles qu’on achete chez les batteurs d’or et mieux encore d’un morceau de ce papier qu’on dit argenté et qui est véritablement enduit d’une feuille luisante d’étain comme on sçait ».

[4] La lettre XIV ajoute: « ou à tout autre endroit ».

[5] Au lieu d’« ici » la lettre XIV a: « alors ».

[6] Au lieu des mots en italiques la lettre XIV a: « difference depend ».

[7] Au lieu des mots en italiques la lettre XIV a: « piquante et désagréable ».

[8] La lettre XIV supprime les mots en italiques.

[9] La lettre XIV ajoute: « celui-ci pourtant avec plus de difficulté. Or l’étain produi- sant la saveur qu’excite l’électricité positive, et l’argent celle qu’excite la négative, en doit conclure que le premier donne du fluide électrique a la partie de la langue à laquelle il se trouve appliqué, le second en prend. Pour ce qui est de cette espèce d’expériences avec la machine ».

[10] La lettre XIV a « titillation ».

[11] La lettre XIV a: « au conducteur métallique ».

[12] La lettre XIV a: « que vous lui aurez mise ».

[13] Au lieu des mots soulignés, la lettre XIV a: « assez ».

[14] Au lieu des mots soulignés, la lettre XIV a: « qu’il transmet ».

[15] La lettre XIV ajoute: « plus facile ».

[16] La lettre XIV supprime les mots en italiques.

[17] La lettre XIV ajoute: « comme j’ai déjà dit ».

[18] La lettre XIV ajoute:«a pres que ».

[19] La lettre XIV a: « papilles nerveuses ».

[20] Ici se termine la partie de cette lettre que Volta a répétée dans sa lettre du 11 octobre sui- vant.

(Note tratte da Bosscha Corr.).