Volta, Alessandro Lettera Seconda a Martino van Marum 1792 Como fr volta_LettereSecMM_911_fr_1792.xml 911.xml

DUE LETTERE A MARTINO VAN MARUM. LETTERA SECONDA.

Como, 11 Ottobre 1792.

FONTI.

STAMPATE. Bosscha. Corr. pg. 89.

MANOSCRITTE. Harlem. Soc. Holl. Sc. (*) Cart. Volt.: E 24 (**), F A II provv.

OSSERVAZIONI. TITOLO: DATA: da Bosscha Corr.

In Bosscha Corr. segue alla Lettera del V. un commento storico e scientifico.

(*) In Cart. Volt.: E 26 è la Copia del Mns. del V. (**) E 24 è la minuta, mancante dell’ultima parte; F A II provv. un breve brano.

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LETTERA SECONDA.

Monsieur

Une autre course que j’ai faite dernierement a retardé de quelques se- maines la continuation de l’extrait de mes expériences sur l’électricité animale. Ne me rappellant pas précisement où j’en suis resté, je reprens la chose un peu en arriere: c’est un leger inconvenient qu’un peu plus de tems et de papier perdu; et je paye ainsi ma faute d’attention.

Venons aux expériences que j’ai faites sur ma langue [1].

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Que si elle soit trop peu abondante, comme lorsqu’au lieu de lames d’argent et d’étain on employe pour armures cuivre et fer ou d’autres metaux qui ne soient pas bien assortis pour cet effet, la saveur excité sur le bout de la langue ne sera pas plus vive que celle qu’on sent en tenant appliqué ce même bout au conducteur d’une Machine ordinaire qui joue mediocrement et pourra même etre ou nulle ou peu sensible, surtout la saveur alcaline, beaucoup plus difficile à être aperçue.

C’est donc bien veritablement le fluide électrique, qui produit les sensations sur la langue, lors même qu’on se passe de toute electricité artificielle et de Machine, lorsqu’on ne fait qu’appliquer à cette même langue les deux armures métalliques d’étain et d’argent, et établir une communication entr’elles, la cause, dis-je, est la même, le même mouvement du fluide électrique, puisque les sensations sont les mêmes en tout point que celles qu’y produisent les courants électriques excités par la Machine ordinaire, n’y ayant que quelque difference accidentelle du plus ou moins, et on doit conclure, que c’est egalement une quantité considerable de fluide, qui s’écoule tout à fait doucement et con- tinuellement d’une partie à l’autre. Auroit-on cru, que la simple application de metaux diférents pût occasionner un tel deplacement, une telle circulation de fluide électrique? Et comment est-ce que cela se fait? J’en dirai un mot ici après. Qu’on fasse reflexion en attendant à ce que je viens d’indiquer par le terme métaux differents, c’est là tout le secret.

Effectivement deux métaux de la même espece ne produisent point les sensations dont il s’agit, au moins d’une manière sensible; ainsi point do saveur sur la langue, point de convulsions dans aucun des muscles, si on y applique des armures de même metal, et d’une trempe et d’une surface égale. Au contraire je puis affirmer, qu’ayant essayé presque toutes les combinaisons de métaux différents, presque toutes ont produit plus ou moins d’effet (et quelque fois aussi deux métaux de la même espece ayant seulement quelque différence dans l’alliage, la trempe, la dureté, la rudesse ou politure des surfaces). Il y en a pourtant qui l’ont produit à peine sensible, comme celles d’or et d’argent, de cuivre et de fer, d’étain et de plomb. En general je crois pouvoir partager à cet égard les métaux en trois ordres, haut, moyen, et inférieur, en assignant au premier l’argent, l’or, la platine, le mercure; au second le cuivre et plusieurs de ses alliages, le fer et quelques demi-métaux; au dernier le zinc, le plomb, l’étain. Or l’effet est le plus grand, c-à-d. les contractions des muscles plus violentes, et la saveur de la langue plus forte, lorsqu’on employe pour armures un du premier ordre, l’autre du troisième, surtout argent et étain; et au con- traire le plus petit lorsqu’on oppose deux métaux du même ordre, comme or et argent, étain et plomb, cuivre et fer, enfin on a un effet mediocre si on com- bine un métal de l’ordre moyen avec un autre soit de l’ordre inférieur, soit du supérieur; quoique dans ce dernier cas, p. e. avec cuivre ou fer d’un coté, et argent ou or de l’autre, l’effet est encore moins que mediocre: ce qui prouve, que les métaux que j’ai rangé dans le moyen ordre, le fer, le cuivre ec. s’ap- prochent beaucoup plus du supérieur que de l’inférieur.

J’avoue qu’il est difficile de comprendre par quelle cause deux métaux de différente espece appliqués à doux parties externes de l’animal, même à deux muscles semblables, ou à deux endroits d’un seul et même muscle, troublent le repos du fluide électrique et le déterminent à passer sans cesse d’un terme à l’autre. Cela ne peut arriver que d’une de ces manières: ou qu’un des métaux tend à donner du fluide électrique, tandis que l’autre tend à en prendre aux parties qui leurs sont en contact; ou que tous les deux tendent à en soutirer, mais avec des forces respectivement inégales; ou enfin qu’ils tendent avec des forces inégales à en déposer dans les parties respectives, ce que je suis plus porté à croire. Par chacune de ces manières on conçoit très bien qu’il doit se faire un transport de fluide électrique d’une partie à l’autre, toutes les fois que les métaux qui touchent ces parties communiquent entr’eux, et comment il doit s’établir un courant continuel et d’une certaine rapidité si le corps auquel sont appliqués ces métaux étant lui même un bon conducteur (comme le sont dans notre cas les nerfs et les chairs vivantes imbibés d’humeurs, la langue ec.) le fluide électrique peut aisément repasser d’une partie à mesure qu’il s’y accumule, à l’autre qui s’épuise. Mais comprendra-t-on d’où vienne cette tendance des métaux, cette force de soutirer ou de donner du fluide électrique à d’autres corps conducteurs, dans le temps que chacun en possede sa dose naturelle, et qu’il s’y trouve en équilibre, tendance d’ailleurs diffé- rente dans les différents métaux, comme nous devons la supposer? D' où vient donc que cet équilibre est troublé pas le seul contact, sans le moindre frottement? Je dis sans le moindre frottement; et c’est là ce qui doit sur- prendre: car l'efficacité de ce moyen pour rompre un tel équilibre, et de faire passer le fluide électrique d’un corps à un autre, est une chose depuis longtemps connue. C’est-à-dire le fait est connu, mais nullement la cause, laquelle meritoit bien d'être étudiée plus qu’on n’a fait jusqu’ici. Mais c’est justement parce que le fait est trop commun, qu’on ne s’est pas beaucoup soucié d’en appro- fondir la cause.

Nous ne connaissons donc que l’effet, c-à-d. l’addition ou entassement de fluide électrique sur une des surfaces frottantes aux depens de l’autre (en quoi consiste l’électrisation des corps par frottement) et plusieurs circonstances qui modifient cet effet: entre autres qu’il depend surtout de la nature et qualité du corps employé à frotter tel ou tel autre corps, que celui-ci donne ou reçoive par l’acte du frottement du fluide électrique. Cela depend aussi des surfaces rudes ou polies, de la quantité relative de frottement, de chaleur, et d’autres circonstances, qui toutes peuvent faire changer les effets du blanc au noir; de sorte qu’il n’y a rien de si difficile quelquesfois, que de prévoir lequel des deux corps qui se frottent deviendra électrisé en plus, lequel en moins: mais il est toujours vrai en général, que plus que ces circonstances accidentelles la nature même et la qualité de ces corps influe à déterminer la chose. Or, pour nous rapprocher de notre cas, les experiences avoient déjà appris aux Physiciens, que les métaux mêmes différent beaucoup entr’eux à cet égard; les uns étant plus disposes à donner que les autres, de sorte qu’un ruban de soye, une Plaque de resine, un bois seché au four, un papier ec., qui frottés par une lame d’or ou d’argent. s’électrisent en plus, frottés par une lame d’étain ou de plomb s’électrisent en moins.

Cette différente disposition des métaux une fois établie, il est moins diffi- cile de comprendre que, même sans frottement, une semblable rupture d’equi- libre et accumulation du fluide électrique dans l’un corps aux depens de l’autre puisse avoir lieu, savoir par le simple contact et application des dits métaux à des conducteurs imparfaits; d’autant plus qu’on peut censer, que le frot- tement lui-même ne détermine un tel transport de fluide, qu’en tant qu’il procure un contact plus exact et plus multiplié des particules d’un corps avec celles de l’autre: on peut, dis-je censer, que ce qui arrive au fluide électrique ne soit qu’en vertu du contact des surfaces, par quelque changement que ce contact apporte aux forces mutuelles d’attraction entre les particules et le fluide, ou à l’élasticité de celui-ci ec. Ce qui est sûr est, qu’il n'y a pas besoin d’un frottement proprement. dit; qu’une percussion ou pression quelconque suffit: en effet j’étois déjà parvenu, il y a quelques années, à électriser sensi- blement des plaques de verre et de resine parfaitement nettes et seches, en les posant le plus doucement possible sur un bain de mercure, ou sur des cous- sinets recouverts de feuilles métalliques aussi seches et nettes, et en les dé- tachant avec la même legereté. Eh bien: les expériences d’aujourd’hui m’ap- prennent, qu’il n’est pas même besoin de pression sensible pour que les lames métalliques appliquées aux muscles, aux nerfs, ec. déterminent un semblable transport de fluide électrique, mais qu’il suffit de cette seule application, et que tant que cette application dure le fluide continue d’être poussé comme il le seroit pas un frottement continué. Et qu’on ne croye pas, que cela ait lieu seulement lorsque ces deux métaux sont mis et restent en contact des subs- tances animales, puisque mes ultérieures expériences, qu’il seroit trop long de rapporter ici, m’ont appris qu’il en est de même si on les met en contact d’autres déférents, e. g. de l’eau, d’un carton mouillé ec.

On peut donc conclure que le contact seul des métaux avec des corps con- ducteurs suffisamment bons, quoique inférieurs de beaucoup à eux, avec des corps nommés non-électriques opère sur ceux-ci ce qu’on croyoit ne pouvoir opérer que le frottement ou la percussion sur les non-conducteurs ou idioélectriques; et je crois au surplus, que justement pour de tels non-conducteurs, dans les- quels le fluide a beaucoup de peine à entrer de même qu’à sortir, le frottement est requis, comme moyen plus efficace, tandis qu’il ne l’est pas du tout pour les conducteurs suffisamment bons, où le fluide électrique pouvant se mouvoir avec beaucoup plus de facilité, la présence seule, le seul contact des métaux jouissant d’une force propre de lâcher le fluide électrique ou de l’attirer, suffit à produire l’effet, que rien ici n’empeche. Voila une découverte importante, d’autant plus qu’elle tend, si non à rendre une raison plus satisfaisante de la rupture d’équilibre et du trasnport du fluide électrique occasionné par le frot- tement lui-même, à generaliser un tel effet et à rectifier nos idées là-dessus.

Mais supposé que le simple contact soit dans les circonstances décrites équiva- lent, jusqu’à un certain point au frottement, comme nous venons de l’expliquer, il se présente une autre difficulté très forte et qui semble renverser toute analogie : c’est que lorsqu’il s’agit de frottement l’or et l’argent sont plus disposés à donner du fluide électrique au corps frotté par eux, que l’étain et le plomb; tandis qu’ici où l’on se contente d’appliquer des lames de ces mêmes métaux aux substances animales, aux corps imbibés d’eau ec. c’est tout le contraire (comme il est prouvé par mes expériences sur la langue que j’ai décrites), puisque le fluide électrique coule de l’étain ou du plomb dans les points qu’ils touchent et passant tout de suite aux parties en contact de l’argent ou de l’or entre dans ceux-ci. À cela je ne sçais en vérité que répondre, si non, que comme la quantité du frottement change souvent les choses, et fait que, tout d’ailleurs égal tel corps qui donneroit par une plus foible pression en frottant, reçoive par une plus forte, ou vice versa, une contrarieté semblable a lieu entre un frottement ou pression quelconque des susdits métaux; et leur simple contact sans aucune pression ou frottement.

Laissant les explications, qui nous conduiraient trop loin, tenons nous au fait. Le fluide électrique coule donc spontanément, dans les expériences qui nous occupent, de la lame d’étain ou de plomb aux parties de l’animal que cette lame touche, penetre dans ces parties jusqu’à une certaine profondeur, et s’avance vers celles qui se trouvent en contact de la lame d’argent ou d’or, passe dans cette autre lame, qui le transmet, supposé qu’il y ait bonne commu- nication, à la lame d'étain, qui le dépose de nouveau doucement; c’est ainsi qu’il s'établit une circulation continuelle tant que les communications sub- sistent. Or si le courant de fluide électrique, qui penetre, comme je viens de dire, à une certaine profondeur dans les fibres animales, profondeur qui n’est pas grande, et assez seulement, pour qu’il puisse se frayer un chemin plus libre d’une partie armée à l’autre, si, dis-je ce courant rencontre sur son passage des nerfs, voila qu’il les irrite (comme nous avons appris qu’il a eminemment cette puissance) et ces nerfs alors irrités excitent ou les sensations, ou les mou- vements musculaires, suivant leur employ.

Je dis sensations ou mouvements musculaires suivant l’employ ou fonction propre des nerfs; car mes expériences sur la langue m’apprennent qu’un muscle paraîtra susceptible de toutes les contractions et mouvements volontaires, et même tres-mobile, et le fluide électrique peut en le penetrant stimuler des nerfs très sensibles qu’il recele, sans pourtant’ y occasionner aucun mouvement si par hazard l’office de ces nerfs est tout autre, si ce sont des nerfs destinés uniquement aux sensations : Or tels sont ceux dont se trouve parsemée la langue surtout vers sa pointe. Voila pourquoi le seul effet, qu’y produit la vellication causée par le trajet du fluide électrique, est une sensation de saveur, et il n’ar- rive point de convulsion. Conformément à cette idée je pensai que les nerfs in- servients aux mouvements volontaires de la langue se trouvant implantes à sa racine, si l’on l’arracheroit à un animal, et qu’on y appliquât une des ar- mures métalliques à cette même racine, ou près de l’insertion des dits nerfs, on obtiendroit les mouvements vifs, dont la langue est susceptible, et l’expé- rience me réussit selon que j’avois prévu. Comme cette expérience est une des plus belles et de plus instructives, je vais la décrire un peu particulierement.

Ayant coupé à un agneau tout recemment égorgé la langue près de sa ra- cine, j’appliquai une feuille d’etain près de cet endroit, et une cuiller d’argent à une de ses faces: ayant alors établi une communication, comme il faut, entre ces deux armures métalliques, j’eus le plaisir de voir la langue entiere tre- mousser vivement, elever surtout sa pointe se tourner et se replier de part, et d’autre pas secousses, et cela chaque fois que je faisois communiquer les deux armures. J’ai repeté cette expérience sur une langue de veau, que je posai armée de la même manière de la feuille d’étain sur un plat d’argent pour qu’il fît l’office de l’autre armure et le succès fût égal. Je l’ai repetée aussi sur la langue d’autres petits animaux, comme souris, poulets, lapins; et j’obtins presque toujours l’effet. Je dis presque, car quelquesfois il m’a manqué dans la langue des petits animaux, soit que la feuille d’étain ne fût pas appliquée convenablement, et à l’endroit juste, où les nerfs qui regissent les mouvements de la langue y ont leur insertion, soit que la langue refroidie eût déjà perdu sa vitalité, qui ne dure gueres long-tems dans les muscles des animaux à sang chaud, et particulièrement dans la langue.

Il y a donc une distinction bien marquée entre les nerfs qu’on peut appeller nerfs de mouvement et les nerfs des sensations; et les expériences que je viens de rapporter sur la langue montrent evidemment que quels sont les nerfs que le fluide électrique mis en mouvement par le contact de deux différents métaux parvient à irriter, quel est leur propre office, tels sont les effets qui en resultent, savoir le mouvement et la sensation. D’où l’on doit conclure par conséquence légitime, que l’action d’un tel courant de fluide électrique n’est pas d’irriter le muscle au point d’en exciter immédiatement les contractions, mais de donner jeu aux nerfs, de mettre leur action en exercice comme j’ai prouvé par d’autres arguments. En effet, s’il excitoit directement les fibres musculaires, pourquoi n’occasionneroit-il pas les mouvements dans la langue d’ailleurs si mobile, lorsqu’il en penetre la pointe, et traverse plus de la moitié de sa substance, sauve la racine. Mais elle n’est affectée que d’une sensation de saveur, confor- mément à la nature des nerfs, qu’il rencontre dans ce cas, qui sont les nerfs du goût.

Revenant à la circulation du fluide électrique que j’ai decrite ci-dessus, où j’ai fait voir comment il coule de la lame d’étain dans les parties animales on autres conductrices, auxquelles cette lame se trouve appliquée, et pénétrant plus ou moins dans l’interieur il s’avance vers les autres parties couvertes par la lame d’argent, dans laquelle il entre, pour revenir moyennant l’arc con- ducteur à la dite lame d’étain, et continuer ainsi le tour, je ne crois pas inutile de rappeller la necessité pour cela des deux métaux différents. Que les deux armures en effet soient du même métal, de la même trempe et dureté, du même poli ecc., il n’y a pas de raison que l’une soit plus disposée que l’autre à faire passer du fluide électrique aux parties qui la touchent, ou à en soutirer, elles le seront toutes deux également, de sorte que tout au plus elles en donneront ou en prendront chacune un peu; mais il ne pourra assurement s’établir, les forces se contrebalançant des deux cotés, ce courant, cette circulation, qui a lieu seulement lorsque les deux armures étant différentes, sur-tout, pour la qualité des métaux, une a plus de disposition à donner ou à recevoir que l’autre, si même la tendance naturelle d’une n’est pas de recevoir tandis que la tendance de l’autre est de donner: car dans chacun de ces cas on comprend également que le fluide électrique poussé continuellement dans un sens selon la force pré- valente, doit circuler sans cesse, pourvu que son cours ne soit point arrété par l’interruption des bons conducteurs.

Une autre chose que j’aime à rappeller est que la quantité de fluide électrique qui est mise en mouvement par ce moyen des armures différentes, n’est pas petite, comme on pourrait s’imaginer; qu’au contraire elle est très considerable si on juge par l’effet produit sur la langue, et par la quantité du même fluide qu’on est obligé de faire aborder au même organe avec la Ma- chine électrique pour y produire un effet égal, savoir lui faire sentir la même saveur acide ou alcaline au même dégré d’intensité, comme j’ai fait remarquer déja. Il est bien vrai que dans un cas comme dans l’autre le courant de fluide, tout abondant qu’il est, a si peu de rapidité, et déploye si peu de force et de tension, qu’il ne donne pas de signes à l’électrometre, et qu’il peut être ai- sément arreté par des mauvais conducteurs: en un mot c’est un courant riche, mais doux et. paisible. Il faut pourtant qu’il ne soit, pas trop lent, qu’il ne soit pas retardé davantage par des conducteurs interposés dans le circuit (comme seroient un bois, un drap, un cuir, et même un papier de la plus petite épais- seur, une membrane ec. ou seches, ou peu imbibés d’humeur) si l’on veut qu’il puisse chatouiller les nerfs au point d’exciter ou la saveur dans la langue, ou les contractions dans les autres muscles.

J’ai assez fait sentir, que ce courant, électrique étant déterminé et entre- tenu par la différente tendance qu’ont différents métaux à dégorger le fluide électrique ou à le sucer lorsqu’ils se trouvent simplement appliques à la surface d’un corps aussi bon conducteur, mais inférieur à cet égard, d’un de ces corps qu’on range parmi les non-conducteurs (laquelle différente tendance se mani- feste de même lorsque les dits métaux frottent un corps de la classe des cohi- bents ou idio-électriques), j’ai, dis-je, assez fait sentir avec cela que le phéno- mene, dont il s’agit, n’est pas plus propre des organes ou substances animales vivantes que de tout autre corps, qui ait la condition indiquée de bon con- ducteur; et je l’ai formellement déclaré en indiquant pour exemple un drap et un carton mouillé. Mais exige-t-on que j’allegue des expériences? En voici quelques unes qui sont démonstratives. Je prens un verre d’eau et je plonge dans cette eau une lame d’étain repliée pour qu’elle se soutienne, sur le bord du même verre, ou si c’est une feuille mince, comme le papier qu’on dit argenté, au lieu de la plonger je l’étends sur une partie de la surface de l’eau. Ces choses ainsi disposees je trempe le bout de ma langue dans cette eau, à l’écart de la lame d’étain, et appliquant plus en arriere sur le plat de la même langue la partie convexe d’une cuiller d’argent, j’incline sa queue jusqu’au contact de la lame d’étain repliée comme je viens de dire sur le bord du verre: au même instant ma langue sent la saveur acide, et continue de la sentir tant que ce contact dure. Il est donc manifeste que le fluide électrique coule de la lame d’étain sur l’eau, la traverse, et arrive à la pointe de la langue, y penetre et passe par elle jusqu’à l’endroit qui touche à la lame d’argent, laquelle le reçoit pour le transmettre de nouveau à la lame d’étain ec.. Il est presque inutile de faire remarquer que si on fait l’expérience inversement, c-à-d. avec la lame d’argent plongée dans l’eau, et celle d'étain appliquée au plat de la langue, le bout de la langue trempé dans la même eau sent, non pas la saveur acide mais l’autre acre et brulante, foible pourtant, ou il ne sent rien, si les deux métaux employés ne sont pas les meilleurs pour ces sortes d'expériences. Encore ici donc il est beaucoup plus aisé d’exciter la saveur acide que l’alcaline.

Pour procéder d’une autre maniere, je plonge dans une jarre d’eau une lame d’étain, et une d’argent separée de l’autre et qui débordent le vase, et ayant appliqué à la langue deux spatules, ou cuillers d’argent, une sur son plat, l’autre contre sa pointe, je fais toucher la premiere à la lame d’étain, et la se- conde à la lame d’argent: tant qu’un seul de ces contacts entre les métaux a lieu, nulle sensation; mais si tôt que tous les deux s’accomplissent, la saveur acide se fait sentir à la pointe de la langue, qu’une de ces cuillers presse. Or cela n’est pas surement l’effet immediat des deux armures appliquées à la langue, puis qu’elles sont l’une et l’autre d’argent et tout-à-fait semblables, et que de telles armures égales sont absolument impuissantes, comme j’ai déjà expliqué, et comme on peut prouver, qu'en effet elles ne produisent rien, si on se contente de les faire simplement communiquer entre elles. L’impulsion au fluide électrique qui le détermine à circuler vient donc dans l’expérience dont il s’agit, des autres lames, qui touchent l’eau: c-à-d. il coule de la lame d’étain dans l’eau, passe à la lame d’argent qui s’y trouve également plongée, de celle-ci dans la cuiller, appuyée à la pointe de la langue ecc.

J’ai fait souvent une expérience égale appliquant la lame d’étain, et la lame d’argent à un drap ou à un carton mouillés, et le succès fut toujours le même, seulement la sensation était plus foible à mesure que ces corps se trou- voient moins imbibés d’eau, et nulle, s’ils n’étoient point mouillés, mais seu- lement humides.

Encore un mot sur la saveur excitée dans la langue par le contact de deux métaux. Le moyen le plus aisé de sentir cette saveur est d’appliquer une pe- tite bande de feuille d’étain à travers d’une lame d’argent par ex. d’une mon- noye, et de porter le bout de la langue sur le confin des deux métaux. On est surpris de ne sentir rien ou presque rien en touchant du bout de la langue soit l’argent, soit l’étain seul, jusqu’à, ce qu’arrivé à les toucher tous les deux ensemble, on sent justement dans ces points d’union une très-forte acidité (car des deux saveurs l’acide l’emporte dans cette expérience). Et ne doit-on pas repeter d’une semblable cause l’espece de saveur piquante qu’on trouve à l’eau, et celle qui releve le goût de la bierre ecc. en buvant ces liqueurs dans de vases de métal, et la dernière particulierement dans l’étain? Ce qui est certain c’est, que les métaux mettent en mouvement le fluide électrique non seulement, étant appliqués à des substances animales, mais à d’autres con- ducteurs suffisamment bons, à l’eau, aux corps mouillés, ecc. comme je viens de montrer; or il est plus que probable, que s’il faut justement deux métaux d’espèce différente afin qu’il s’établisse un courant du fluide assez grand pour exciter sur la langue une saveur forte, un seul métal puisse déjà faire quelque chose, comme seroit d’agiter le fluide électrique au point de chatouiller un peu la dite langue. Delà, je crois, cette legere saveur plus ou moins perceptible qu’on sent à chaque métal en le touchant simplement du bout de la langue, et qu’on appelle saveur métallique: c’est au fond la même expérience que celle des deux métaux, mais infiniment plus imparfaite; on approche un peu plus de la perfection lorsque la langue touche au métal et à l’eau ou autre liqueur en buvant, dans un rase métallique; et beaucoup plus encore en faisant l’expé- rience ci-dessus de plonger une lame métallique dans l’eau d’un verre, y tremper le bout de la langue et avec une autre lame de métal différent toucher le plat, de la langue et la lame plongée.

J’aurai encore, Monsieur, pour une troisieme lettre [2], qui ne sera pourtant pas si longue. Ce qui reste est peut-être le plus important, s’agissant de decider si après toutes ces expériences qui ne prouvent nullement une véritable et propre électricité animale, qui dépende réellement des forces ritales, et de l’organisation, mais simplement une électricité artificielle excitée par un moyen qui n’était, pas connu, si, dis-je, une telle électricité animale proprement dite existe comme je soutiens, et sur quelles expériences on peut l’établir. Je suis, Monsieur, avec toute l’amitié

Votre ec. A. VOLTA.

à Come ce 11me 8bre 1792. Ecrivez moi dorénavant à Pavie. A Monsieur. Monsieur le docteur VAN MARuM. Membre de plusieurs Académies et directeur du Musée de Teyler. Hollande, à Harlem.

NOTE DELLA COMMISSIONE ED AGGIUNTE TRATTE DAI MANOSCRITTI DI A. VOLTA

[1] Ici VOLTA répète presque textuellement la dernière partie de la lettre précédente. Dans notre texte de cette dernière nous avons indiqué, ou ajouté des notes, les variantes ou amplifica- tions que donne la lettre du 11 octobre. La réproduction dans celle-ci de ce qui avait déjà été écrit dans la lettre du 30 août se termine aux mots: «ait peu de vitesse ». La concordance presque parfaite des deux textes fait voir que Volta a copié la lettre du 30 août d’une minute plus étendue, et comme clans la lettre du 11 octobre il dit avoir été en voyage pendant quelque temps, il est très probable que le 30 août 1792 il connaissait tous les faits remarquables, dont il rend compte à VAN MARUM dans la présente lettre.

[2] Cette troisième lettre n’a pas été envoyée par VOLTA à VAN MARUM, les réponses de VAN MARUM aux lettres XIII et XIV [*] n’étant pas parvenues à Volta.

(Note tratte da Bosscha Corr.).

[*] Cioè le due lettere qui pubblicate.