DUE LETTERE A MARTINO VAN MARUM.
LETTERA SECONDA.
FONTI.
STAMPATE.
Bosscha. Corr. pg. 89.
MANOSCRITTE.
Harlem. Soc. Holl. Sc. (*)
Cart. Volt.: E 24 (**), F A II provv.
OSSERVAZIONI.
TITOLO:
DATA: da Bosscha Corr.
In Bosscha Corr. segue alla Lettera del V. un commento storico e scientifico.
(*) In Cart. Volt.: E 26 è la Copia del Mns. del V.
(**) E 24 è la minuta, mancante dell’ultima parte; F A II provv. un breve brano.
[Empty Page]
LETTERA SECONDA.
Monsieur
Une autre course que j’ai faite dernierement a retardé de quelques se-
maines la continuation de l’extrait de mes expériences sur l’électricité animale.
Ne me rappellant pas précisement où j’en suis resté, je reprens la chose un peu
en arriere: c’est un leger inconvenient qu’un peu plus de tems et de papier
perdu; et je paye ainsi ma faute d’attention.
Venons aux expériences que j’ai faites sur ma langue [1].
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Que si elle soit trop peu abondante, comme lorsqu’au lieu de lames d’argent
et d’étain on employe pour armures cuivre et fer ou d’autres metaux qui ne
soient pas bien assortis pour cet effet, la saveur excité sur le bout de la langue
ne sera pas plus vive que celle qu’on sent en tenant appliqué ce même bout
au conducteur d’une Machine ordinaire qui joue mediocrement et pourra
même etre ou nulle ou peu sensible, surtout la saveur alcaline, beaucoup plus
difficile à être aperçue.
C’est donc bien veritablement le fluide électrique, qui produit les sensations
sur la langue, lors même qu’on se passe de toute electricité artificielle et de
Machine, lorsqu’on ne fait qu’appliquer à cette même langue les deux armures
métalliques d’étain et d’argent, et établir une communication entr’elles, la
cause, dis-je, est la même, le même mouvement du fluide électrique, puisque
les sensations sont les mêmes en tout point que celles qu’y produisent les
courants électriques excités par la Machine ordinaire, n’y ayant que quelque
difference accidentelle du plus ou moins, et on doit conclure, que c’est egalement
une quantité considerable de fluide, qui s’écoule tout à fait doucement et con-
tinuellement d’une partie à l’autre. Auroit-on cru, que la simple application
de metaux diférents pût occasionner un tel deplacement, une telle circulation
de fluide électrique? Et comment est-ce que cela se fait?
J’en dirai un mot
ici après. Qu’on fasse reflexion en attendant à ce que je viens d’indiquer par
le terme
Effectivement deux métaux de la même espece ne produisent point les
sensations dont il s’agit, au moins d’une manière sensible; ainsi point do
saveur sur la langue, point de convulsions dans aucun des muscles, si on y
applique des armures de même metal, et d’une trempe et d’une surface égale. Au
contraire je puis affirmer, qu’ayant essayé presque toutes les combinaisons de
métaux différents, presque toutes ont produit plus ou moins d’effet (et quelque
fois aussi deux métaux de la même espece ayant seulement quelque différence
dans l’alliage, la trempe, la dureté, la rudesse ou politure des surfaces). Il y
en a pourtant qui l’ont produit à peine sensible, comme celles d’or et d’argent,
de cuivre et de fer, d’étain et de plomb. En general je crois pouvoir partager
à cet égard les métaux en trois ordres, haut, moyen, et inférieur, en assignant
au premier l’argent, l’or, la platine, le mercure; au second le cuivre et plusieurs
de ses alliages, le fer et quelques demi-métaux; au dernier le zinc, le plomb,
l’étain. Or l’effet est le plus grand, c-à-d. les contractions des muscles plus
violentes, et la saveur de la langue plus forte, lorsqu’on employe pour armures
un du premier ordre, l’autre du troisième, surtout argent et étain; et au con-
traire le plus petit lorsqu’on oppose deux métaux du même ordre, comme or
et argent, étain et plomb, cuivre et fer, enfin on a un effet mediocre si on com-
bine un métal de l’ordre moyen avec un autre soit de l’ordre inférieur, soit du
supérieur; quoique dans ce dernier cas, p. e. avec cuivre ou fer d’un coté, et
argent ou or de l’autre, l’effet est encore moins que mediocre: ce qui prouve,
que les métaux que j’ai rangé dans le moyen ordre, le fer, le cuivre ec. s’ap-
prochent beaucoup plus du supérieur que de l’inférieur.
J’avoue qu’il est difficile de comprendre par quelle cause deux métaux
de différente espece appliqués à doux parties externes de l’animal, même à deux
muscles semblables, ou à deux endroits d’un seul et même muscle, troublent
le repos du fluide électrique et le déterminent à passer sans cesse d’un terme
à l’autre. Cela ne peut arriver que d’une de ces manières: ou qu’un des métaux
tend à donner du fluide électrique, tandis que l’autre tend à en prendre aux
parties qui leurs sont en contact; ou que tous les deux tendent à en soutirer,
mais avec des forces respectivement inégales; ou enfin qu’ils tendent avec des
forces inégales à en déposer dans les parties respectives, ce que je suis plus
porté à croire. Par chacune de ces manières on conçoit très bien qu’il doit
se faire un transport de fluide électrique d’une partie à l’autre, toutes les fois
que les métaux qui touchent ces parties communiquent entr’eux, et comment
il doit s’établir un courant continuel et d’une certaine rapidité si le corps
auquel sont appliqués ces métaux étant lui même un bon conducteur (comme
le sont dans notre cas les nerfs et les chairs vivantes imbibés d’humeurs, la
langue ec.) le fluide électrique peut aisément repasser d’une partie à mesure
qu’il s’y accumule, à l’autre qui s’épuise. Mais comprendra-t-on d’où vienne
cette tendance des métaux, cette force de soutirer ou de donner du fluide
sa dose naturelle, et qu’il s’y trouve en équilibre, tendance d’ailleurs diffé-
rente dans les différents métaux, comme nous devons la supposer? D' où
vient donc que cet équilibre est troublé pas le seul contact, sans le moindre
frottement? Je dis sans le moindre frottement; et c’est là ce qui doit sur-
prendre: car l'efficacité de ce moyen pour rompre un tel équilibre, et de faire
passer le fluide électrique d’un corps à un autre, est une chose depuis longtemps
connue. C’est-à-dire le fait est connu, mais nullement la cause, laquelle meritoit
bien d'être étudiée plus qu’on n’a fait jusqu’ici. Mais c’est justement parce
que le fait est trop commun, qu’on ne s’est pas beaucoup soucié d’en appro-
fondir la cause.
Nous ne connaissons donc que l’effet, c-à-d. l’addition ou entassement
de fluide électrique sur une des surfaces frottantes aux depens de l’autre (en
quoi consiste l’électrisation des corps par frottement) et plusieurs circonstances
qui modifient cet effet: entre autres qu’il depend surtout de la nature et qualité
du corps employé à frotter tel ou tel autre corps, que celui-ci donne ou reçoive
par l’acte du frottement du fluide électrique. Cela depend aussi des surfaces
rudes ou polies, de la quantité relative de frottement, de chaleur, et d’autres
circonstances, qui toutes peuvent faire changer les effets du blanc au noir;
de sorte qu’il n’y a rien de si difficile quelquesfois, que de prévoir lequel des
deux corps qui se frottent deviendra électrisé en plus, lequel en moins: mais
il est toujours vrai en général, que plus que ces circonstances accidentelles
la nature même et la qualité de ces corps influe à déterminer la chose. Or,
pour nous rapprocher de notre cas, les experiences avoient déjà appris aux
Physiciens, que les métaux mêmes différent beaucoup entr’eux à cet égard;
les uns étant plus disposes à donner que les autres, de sorte qu’un ruban de
soye, une Plaque de resine, un bois seché au four, un papier ec., qui frottés
par une lame d’or ou d’argent. s’électrisent en plus, frottés par une lame d’étain
ou de plomb s’électrisent en
Cette différente disposition des métaux une fois établie, il est moins diffi-
cile de comprendre que, même sans frottement, une semblable rupture d’equi-
libre et accumulation du fluide électrique dans l’un corps aux depens de l’autre
puisse avoir lieu, savoir par le simple contact et application des dits métaux
à des conducteurs imparfaits; d’autant plus qu’on peut censer, que le frot-
tement lui-même ne détermine un tel transport de fluide, qu’en tant qu’il
procure un contact plus exact et plus multiplié des particules d’un corps avec
celles de l’autre: on peut, dis-je censer, que ce qui arrive au fluide électrique
ne soit qu’en vertu du contact des surfaces, par quelque changement que ce
contact apporte aux forces mutuelles d’attraction entre les particules et le
fluide, ou à l’élasticité de celui-ci ec. Ce qui est sûr est, qu’il n'y a pas besoin
d’un frottement proprement. dit; qu’une percussion ou pression quelconque
blement des plaques de verre et de resine parfaitement nettes et seches, en
les posant le plus doucement possible sur un bain de mercure, ou sur des cous-
sinets recouverts de feuilles métalliques aussi seches et nettes, et en les dé-
tachant avec la même legereté. Eh bien: les expériences d’aujourd’hui m’ap-
prennent, qu’il n’est pas même besoin de pression sensible pour que les lames
métalliques appliquées aux muscles, aux nerfs, ec. déterminent un semblable
transport de fluide électrique, mais qu’il suffit de cette seule application, et
que tant que cette application dure le fluide continue d’être poussé comme il
le seroit pas un frottement continué. Et qu’on ne croye pas, que cela ait lieu
seulement lorsque ces deux métaux sont mis et restent en contact des subs-
tances animales, puisque mes ultérieures expériences, qu’il seroit trop long
de rapporter ici, m’ont appris qu’il en est de même si on les met en contact
d’autres déférents, e. g. de l’eau, d’un carton mouillé ec.
On peut donc conclure que le contact seul des métaux avec des corps con-
ducteurs suffisamment bons, quoique inférieurs de beaucoup à eux, avec des corps
nommés
que le frottement ou la percussion sur les non-conducteurs ou idioélectriques;
et je crois au surplus, que justement pour de tels non-conducteurs, dans les-
quels le fluide a beaucoup de peine à entrer de même qu’à sortir, le frottement
est requis, comme moyen plus efficace, tandis qu’il ne l’est pas du tout pour
les conducteurs suffisamment bons, où le fluide électrique pouvant se mouvoir
avec beaucoup plus de facilité, la présence seule, le seul contact des métaux
jouissant d’une force propre de lâcher le fluide électrique ou de l’attirer, suffit
à produire l’effet, que rien ici n’empeche. Voila une découverte importante,
d’autant plus qu’elle tend, si non à rendre une raison plus satisfaisante de la
rupture d’équilibre et du trasnport du fluide électrique occasionné par le frot-
tement lui-même, à generaliser un tel effet et à rectifier nos idées là-dessus.
Mais supposé que le simple contact soit dans les circonstances décrites équiva-
lent, jusqu’à un certain point au frottement, comme nous venons de l’expliquer, il
se présente une autre difficulté très forte et qui semble renverser toute analogie :
c’est que lorsqu’il s’agit de frottement l’or et l’argent sont plus disposés à
donner du fluide électrique au corps frotté par eux, que l’étain et le plomb;
tandis qu’ici où l’on se contente d’appliquer des lames de ces mêmes métaux
aux substances animales, aux corps imbibés d’eau ec. c’est tout le contraire
(comme il est prouvé par mes expériences sur la langue que j’ai décrites), puisque
le fluide électrique coule de l’étain ou du plomb dans les points qu’ils touchent
et passant tout de suite aux parties en contact de l’argent ou de l’or entre dans
ceux-ci. À cela je ne sçais en vérité que répondre, si non, que comme la quantité
du frottement change souvent les choses, et fait que, tout d’ailleurs égal tel
corps qui donneroit par une plus foible pression en frottant, reçoive par une
ou pression quelconque des susdits métaux; et leur simple contact sans aucune
pression ou frottement.
Laissant les explications, qui nous conduiraient trop loin, tenons nous au
fait. Le fluide électrique coule donc spontanément, dans les expériences qui
nous occupent, de la lame d’étain ou de plomb aux parties de l’animal que cette
lame touche, penetre dans ces parties jusqu’à une certaine profondeur, et
s’avance vers celles qui se trouvent en contact de la lame d’argent ou d’or,
passe dans cette autre lame, qui le transmet, supposé qu’il y ait bonne commu-
nication, à la lame d'étain, qui le dépose de nouveau doucement; c’est ainsi
qu’il s'établit une circulation continuelle tant que les communications sub-
sistent. Or si le courant de fluide électrique, qui penetre, comme je viens de
dire, à une certaine profondeur dans les fibres animales, profondeur qui n’est
pas grande, et assez seulement, pour qu’il puisse se frayer un chemin plus libre
d’une partie armée à l’autre, si, dis-je ce courant rencontre sur son passage
des nerfs, voila qu’il les irrite (comme nous avons appris qu’il a eminemment
cette puissance) et ces nerfs alors irrités excitent ou les sensations, ou les mou-
vements musculaires, suivant leur employ.
Je dis sensations ou mouvements musculaires suivant l’employ ou fonction
propre des nerfs; car mes expériences sur la langue m’apprennent qu’un muscle
paraîtra susceptible de toutes les contractions et mouvements volontaires, et
même tres-mobile, et le fluide électrique peut en le penetrant stimuler des
nerfs très sensibles qu’il recele, sans pourtant’ y occasionner aucun mouvement
si par hazard l’office de ces nerfs est tout autre, si ce sont des nerfs destinés
uniquement aux sensations : Or tels sont ceux dont se trouve parsemée la langue
surtout vers sa pointe. Voila pourquoi le seul effet, qu’y produit la vellication
causée par le trajet du fluide électrique, est une sensation de saveur, et il n’ar-
rive point de convulsion. Conformément à cette idée je pensai que les nerfs in-
servients aux mouvements volontaires de la langue se trouvant implantes à
sa racine, si l’on l’arracheroit à un animal, et qu’on y appliquât une des ar-
mures métalliques à cette même racine, ou près de l’insertion des dits nerfs,
on obtiendroit les mouvements vifs, dont la langue est susceptible, et l’expé-
rience me réussit selon que j’avois prévu. Comme cette expérience est une des
plus belles et de plus instructives, je vais la décrire un peu particulierement.
Ayant coupé à un agneau tout recemment égorgé la langue près de sa ra-
cine, j’appliquai une feuille d’etain près de cet endroit, et une cuiller d’argent
à une de ses faces: ayant alors établi une communication, comme il faut, entre
ces deux armures métalliques, j’eus le plaisir de voir la langue entiere tre-
mousser vivement, elever surtout sa pointe se tourner et se replier de part,
et d’autre pas secousses, et cela chaque fois que je faisois communiquer les
deux armures. J’ai repeté cette expérience sur une langue de veau, que je
qu’il fît l’office de l’autre armure et le succès fût égal. Je l’ai repetée aussi
sur la langue d’autres petits animaux, comme souris, poulets, lapins; et
j’obtins presque toujours l’effet. Je dis presque, car quelquesfois il m’a manqué
dans la langue des petits animaux, soit que la feuille d’étain ne fût pas appliquée
convenablement, et à l’endroit juste, où les nerfs qui regissent les mouvements
de la langue y ont leur insertion, soit que la langue refroidie eût déjà perdu sa
vitalité, qui ne dure gueres long-tems dans les muscles des animaux à sang
chaud, et particulièrement dans la langue.
Il y a donc une distinction bien marquée entre les
de rapporter sur la langue montrent evidemment que quels sont les nerfs que
le fluide électrique mis en mouvement par le contact de deux différents métaux
parvient à irriter, quel est leur propre office, tels sont les effets qui en resultent,
savoir le mouvement et la sensation. D’où l’on doit conclure par conséquence
légitime, que l’action d’un tel courant de fluide électrique n’est pas d’irriter
le muscle au point d’en exciter immédiatement les contractions, mais de donner
jeu aux nerfs, de mettre leur action en exercice comme j’ai prouvé par d’autres
arguments. En effet, s’il excitoit directement les fibres musculaires, pourquoi
n’occasionneroit-il pas les mouvements dans la langue d’ailleurs si mobile,
lorsqu’il en penetre la pointe, et traverse plus de la moitié de sa substance,
sauve la racine. Mais elle n’est affectée que d’une sensation de saveur, confor-
mément à la nature des nerfs, qu’il rencontre dans ce cas, qui sont les nerfs
du goût.
Revenant à la circulation du fluide électrique que j’ai decrite ci-dessus, où
j’ai fait voir comment il coule de la lame d’étain dans les parties animales on
autres conductrices, auxquelles cette lame se trouve appliquée, et pénétrant
plus ou moins dans l’interieur il s’avance vers les autres parties couvertes par
la lame d’argent, dans laquelle il entre, pour revenir moyennant l’arc con-
ducteur à la dite lame d’étain, et continuer ainsi le tour, je ne crois pas inutile
de rappeller la necessité pour cela des deux métaux différents. Que les deux
armures en effet soient du même métal, de la même trempe et dureté, du même
poli ecc., il n’y a pas de raison que l’une soit plus disposée que l’autre à faire
passer du fluide électrique aux parties qui la touchent, ou à en soutirer, elles
le seront toutes deux également, de sorte que tout au plus elles en donneront
ou en prendront chacune un peu; mais il ne pourra assurement s’établir, les
forces se contrebalançant des deux cotés, ce courant, cette circulation, qui a
lieu seulement lorsque les deux armures étant différentes, sur-tout, pour la
qualité des métaux, une a plus de disposition à donner ou à recevoir que l’autre,
si même la tendance naturelle d’une n’est pas de recevoir tandis que la tendance
de l’autre est de donner: car dans chacun de ces cas on comprend également
valente, doit circuler sans cesse, pourvu que son cours ne soit point arrété
par l’interruption des bons conducteurs.
Une autre chose que j’aime à rappeller est que la quantité de fluide
électrique qui est mise en mouvement par ce moyen des armures différentes,
n’est pas petite, comme on pourrait s’imaginer; qu’au contraire elle est très
considerable si on juge par l’effet produit sur la langue, et par la quantité
du même fluide qu’on est obligé de faire aborder au même organe avec la Ma-
chine électrique pour y produire un effet égal, savoir lui faire sentir la même
saveur acide ou alcaline au même dégré d’intensité, comme j’ai fait remarquer
déja. Il est bien vrai que dans un cas comme dans l’autre le courant de fluide,
tout abondant qu’il est, a si peu de rapidité, et déploye si peu de force et de
tension, qu’il ne donne pas de signes à l’électrometre, et qu’il peut être ai-
sément arreté par des mauvais conducteurs: en un mot c’est un courant riche,
mais doux et. paisible. Il faut pourtant qu’il ne soit, pas trop lent, qu’il ne soit
pas retardé davantage par des conducteurs interposés dans le circuit (comme
seroient un bois, un drap, un cuir, et même un papier de la plus petite épais-
seur, une membrane ec. ou seches, ou peu imbibés d’humeur) si l’on veut
qu’il puisse chatouiller les nerfs au point d’exciter ou la saveur dans la
langue, ou les contractions dans les autres muscles.
J’ai assez fait sentir, que ce courant, électrique étant déterminé et entre-
tenu par la différente tendance qu’ont différents métaux à dégorger le fluide
électrique ou à le sucer lorsqu’ils se trouvent simplement appliques à la surface
d’un corps aussi bon conducteur, mais inférieur à cet égard, d’un de ces corps
qu’on range parmi les non-conducteurs (laquelle différente tendance se mani-
feste de même lorsque les dits métaux frottent un corps de la classe des cohi-
bents ou idio-électriques), j’ai, dis-je, assez fait sentir avec cela que le phéno-
mene, dont il s’agit, n’est pas plus propre des organes ou substances animales
vivantes que de tout autre corps, qui ait la condition indiquée de bon con-
ducteur; et je l’ai formellement déclaré en indiquant pour exemple un drap
et un carton mouillé. Mais exige-t-on que j’allegue des expériences?
En voici
quelques unes qui sont démonstratives. Je prens un verre d’eau et je plonge
dans cette eau une lame d’étain repliée pour qu’elle se soutienne, sur le bord
du même verre, ou si c’est une feuille mince, comme le papier qu’on dit argenté,
au lieu de la plonger je l’étends sur une partie de la surface de l’eau. Ces choses
ainsi disposees je trempe le bout de ma langue dans cette eau, à l’écart de la
lame d’étain, et appliquant plus en arriere sur le plat de la même langue la
partie convexe d’une cuiller d’argent, j’incline sa queue jusqu’au contact de
la lame d’étain repliée comme je viens de dire sur le bord du verre: au même
instant ma langue sent la saveur acide, et continue de la sentir tant que ce
contact dure. Il est donc manifeste que le fluide électrique coule de la lame
passe par elle jusqu’à l’endroit qui touche à la lame d’argent, laquelle le reçoit
pour le transmettre de nouveau à la lame d’étain ec.. Il est presque inutile
de faire remarquer que si on fait l’expérience inversement, c-à-d. avec la lame
d’argent plongée dans l’eau, et celle d'étain appliquée au plat de la langue, le
bout de la langue trempé dans la même eau sent, non pas la saveur acide mais
l’autre acre et brulante, foible pourtant, ou il ne sent rien, si les deux métaux
employés ne sont pas les meilleurs pour ces sortes d'expériences. Encore ici
donc il est beaucoup plus aisé d’exciter la saveur acide que l’alcaline.
Pour procéder d’une autre maniere, je plonge dans une jarre d’eau une lame
d’étain, et une d’argent separée de l’autre et qui débordent le vase, et ayant
appliqué à la langue deux spatules, ou cuillers d’argent, une sur son plat,
l’autre contre sa pointe, je fais toucher la premiere à la lame d’étain, et la se-
conde à la lame d’argent: tant qu’un seul de ces contacts entre les métaux a
lieu, nulle sensation; mais si tôt que tous les deux s’accomplissent, la saveur
acide se fait sentir à la pointe de la langue, qu’une de ces cuillers presse. Or
cela n’est pas surement l’effet immediat des deux armures appliquées à la
langue, puis qu’elles sont l’une et l’autre d’argent et tout-à-fait semblables,
et que de telles armures égales sont absolument impuissantes, comme j’ai
déjà expliqué, et comme on peut prouver, qu'en effet elles ne produisent rien,
si on se contente de les faire simplement communiquer entre elles. L’impulsion
au fluide électrique qui le détermine à circuler vient donc dans l’expérience
dont il s’agit, des autres lames, qui touchent l’eau: c-à-d. il coule de la lame
d’étain dans l’eau, passe à la lame d’argent qui s’y trouve également plongée,
de celle-ci dans la cuiller, appuyée à la pointe de la langue ecc.
J’ai fait souvent une expérience égale appliquant la lame d’étain, et la
lame d’argent à un drap ou à un carton mouillés, et le succès fut toujours le
même, seulement la sensation était plus foible à mesure que ces corps se trou-
voient moins imbibés d’eau, et nulle, s’ils n’étoient point mouillés, mais seu-
lement humides.
Encore un mot sur la saveur excitée dans la langue par le contact de deux
métaux. Le moyen le plus aisé de sentir cette saveur est d’appliquer une pe-
tite bande de feuille d’étain à travers d’une lame d’argent par ex. d’une mon-
noye, et de porter le bout de la langue sur le confin des deux métaux. On est
surpris de ne sentir rien ou presque rien en touchant du bout de la langue
soit l’argent, soit l’étain seul, jusqu’à, ce qu’arrivé à les toucher tous les deux
ensemble, on sent justement dans ces points d’union une très-forte acidité
(car des deux saveurs l’acide l’emporte dans cette expérience). Et ne doit-on
pas repeter d’une semblable cause l’espece de saveur piquante qu’on trouve
à l’eau, et celle qui releve le goût de la bierre ecc. en buvant ces liqueurs dans
Ce qui est
certain c’est, que les métaux mettent en mouvement le fluide électrique non
seulement, étant appliqués à des substances animales, mais à d’autres con-
ducteurs suffisamment bons, à l’eau, aux corps mouillés, ecc. comme je viens
de montrer; or il est plus que probable, que s’il faut justement deux métaux
d’espèce différente afin qu’il s’établisse un courant du fluide assez grand pour
exciter sur la langue une saveur forte, un seul métal puisse déjà faire quelque
chose, comme seroit d’agiter le fluide électrique au point de chatouiller un peu
la dite langue. Delà, je crois, cette legere saveur plus ou moins perceptible
qu’on sent à chaque métal en le touchant simplement du bout de la langue,
et qu’on appelle saveur métallique: c’est au fond la même expérience que celle
des deux métaux, mais infiniment plus imparfaite; on approche un peu plus
de la perfection lorsque la langue touche au métal et à l’eau ou autre liqueur
en buvant, dans un rase métallique; et beaucoup plus encore en faisant l’expé-
rience ci-dessus de plonger une lame métallique dans l’eau d’un verre, y
tremper le bout de la langue et avec une autre lame de métal différent toucher
le plat, de la langue et la lame plongée.
J’aurai encore, Monsieur, pour une troisieme lettre [2], qui ne sera pourtant
pas si longue. Ce qui reste est peut-être le plus important, s’agissant de decider
si après toutes ces expériences qui ne prouvent nullement une véritable et
propre électricité animale, qui dépende réellement des forces ritales, et de
l’organisation, mais simplement une électricité artificielle excitée par un moyen
qui n’était, pas connu, si, dis-je, une telle électricité animale proprement dite
existe comme je soutiens, et sur quelles expériences on peut l’établir. Je suis,
Monsieur, avec toute l’amitié
Votre ec.
A. VOLTA.
à Come ce 11
Ecrivez moi dorénavant à Pavie.
A Monsieur.
Monsieur le docteur VAN MARuM. Membre de
plusieurs Académies et directeur du Musée
de Teyler.
ED AGGIUNTE TRATTE DAI MANOSCRITTI DI A. VOLTA
[1]
Dans
notre texte de cette dernière nous avons indiqué, ou ajouté des notes, les variantes ou amplifica-
tions que donne la lettre du 11 octobre. La réproduction dans celle-ci de ce qui avait déjà été écrit
dans la lettre du 30 août se termine aux mots: «ait peu de vitesse ». La concordance presque
parfaite des deux textes fait voir que Volta a copié la lettre du 30 août d’une minute plus étendue,
et comme clans la lettre du 11 octobre il dit avoir été en voyage pendant quelque temps, il est très
probable que le 30 août 1792 il connaissait tous les faits remarquables, dont il rend compte à
VAN MARUM dans la présente lettre.
[2]
MARUM aux lettres XIII et XIV [*] n’étant pas parvenues à Volta.
(Note tratte da Bosscha Corr.).
[*]