DEL PROF. ALESSANDRO VOLTA
SULL’ IDENTITÀ DEL FLUIDO ELETTRICO
COL
FLUIDO GALVANICO
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Pr. 51. J’ai dit ci-dessus (Pr. 48) que les secousses, que donnent mes
appareils electro-moteurs, bien loin d’être trop fortes comparativement au
degré de
qu’elles ne devroient l’être; et cela par la raison, que les couches umides in-
terposées à chaque couple métallique étant des conducteurs imparfaits, pre-
sentent des obstacles au libre passage du fluide electrique, au point d’en ral-
lentir beaucoup le courant. Il est à propos d’eclaircir un peu ce sujet.
Pr. 52. KAVENDISH fondé sur certaines experiences a cru pouvoir établir
que la facultè conductrice de l’eau pure étoit 400.000000 de fois moindre
que celle des métaux en generalDans le Mémoire deja cité qui se trouve dans les Transactions Philosophiques, pour
l’année 1776. Une telle difference pourroit être exa-
gerée; mais quand même on la reduiroit à 1.000000, ou à 100000 seulement,
elle seroit encore plus que suffisante pour rendre raison des phénomenes, que
nous allons un peu developper. Mais n’est-ce pas encore trop de
l’eau, que la plupart des Physiciens regardent comme un assez bon Con-
ducteur de l’electricité, à ne l’être que 100000 fois moins que les métaux?
Certainement ce n’est pas trop; vu qu’un cilindre d’eau pure de la grosseur
d’un pouce, contenue par ex. dans un tube de verre de ce diametre, et inter-
posée à deux verges metalliques, ne laisse pas encore passer le fluide electrique
avec autant de facilite qu’un fil de metal d’ 1/30 de ligne d’épaisseur et egalement
long; vu qu’un cilindre de la meme eau d’une ligne, ou de deux seulement
de diametre, sur-tout s’il a une longueur considerable, faisant partie de l’are
conducteur, rallentit tellement la decharge d’une bouteille de Leyde medio-
crement chargée, qu’on n’en a pas, ou presque pas de secousse.
Pr. 53. C’est seulement à mesure qu’on donne à l’eau, ou à d’autres con-
ducteurs humides, plus d’étendue en largeur, et moins en longueur, que le
torrent electrique éprouve moins de difficulté à les parcourir. Ainsi on com-
mence à sentir une petite commotion d’une bouteille de Leyde mediocrement
chargée si le canal d’eau qui fait partie de l’arc conducteur a plus de 2 ou 3
en a 4 ou 6; et presque entiere secousse, s’il a un pouce de largeur, ou da-
vantage; toujours moins pourtant, que si au lieu de ces conducteurs humides
se trouvoit un fil métallique, même fort mince.
Pr. 54. Encore quelque large que soit une couche d’eau, oppose-t-elle
une resistence considerable au courant électrique, si celui-ci est assez fort,
ou bien abondant. Et ne voit-on pas que l’étincelle eclate à travers l’eau entre
deux metaux qui y plongent à peu de distance? Cela veut dire que l’eau in-
termediaire n’etant pas assez permeable au courant electrique en est deplacée,
ou bien rompue et dechirée, comme il lui arrive par les fortes decharges qui
en developpent des bulles d’air, et la decomposent dans ses deux principes,
suivant les belles expériences, des Physiciens Hollandois PAETS-VAN TROOST-
WICH, et DEIMAN. Lorsque les métaux plonges dans l’eau s’y trouvant trop
éloignés, le courant électrique produit par la decharge d’une bouteille de
Leyde ne peut pas rompre la couche d’eau interposée, et se trouve obligé
de la traverser, s’y filtrant pour ainsi dire, on connoit qu’il est beaucoup
géné à ce passage, et que cette decharge se fait avec peine, par le moindre
eclat, et le peu de bruit de l’étincelle, que le crochet de la bouteille lance sur
le bouton de l’arc conducteur, bruit sourd et trainant au lieu de l’étincelle
vive et sonore instantanée qui eclate lorsque l’arc conducteur est entierement
metallique, sans l’interposition de la couche d’eau.
Pr. 55. En portant maintenant nos observations sur les appareils à pile,
et à couronne de tasses on peut aisément se faire une idée de la resistance,
et du retard, que doivent apporter au courant électrique mu par le contact
mutuel des métaux differents, qui composent ces appareils, les couches hu-
mides interposées à chaque couple de ces métaux. Mais il est bon de s’en
convaincre, et d’evaluer en quelque maniere cette resistance, et ce retard
par quelque expérience directe. Qu’on construise une de ces piles, ou appareils
à tasses, mais avec des pieces d’un seul metal: il n’aura aucune
tromotrice; il ne sera qu’une expece de chaine conductrice beaucoup moins
bonne qu’une purement metallique, à cause de l’interposition des couches
humides. Cela fait qu’on essaye de decharger une grande bouteille de Leyde
chargée foiblement, au point par ex. qu’elle pourroit donner une mediocre
commotion jusqu’aux coudes en faisant arc conducteur avec un metal et
les deux bras sans l’intervention d’aucune autre substance humide, qu’on
essaye de decharger cette bouteille en faisant entrer dans l’arc conducteur
une telle pile, ou appareil à tasses, on n'éprouvera qu’une commotion beaucoup
plus foible, qui ne s’etendra tout au plus qu’au poignet; et d’autant plus foible,
que ces appareils seront plus grands, c. à d. que les couches humides, s’y
Il en sera de même de la secousse d’une bonne
pile active: cette secousse, qu’on sentiroit forte dans tout le bras en la pro-
voquant avec une simple lame métallique empoignée d’une main, tandis
qu’avec l’autre main on complete convenablement le cercle, ne sera que
foible, et beaucoup moins étendüe, si au lieu d’une lame metallique d’une piece
on la provoque avec la dite pile, ou si celle-ci entre de quelque autre maniere
dans le cercle.
Pr. 56. Je ne dois pas laisser de faire observer que les couches humides
interposées aux métaux sont autant d’obstacles qui retardent le courant
électrique, non seulement par l’imperfection de leur permeabilité, ou faculté
conductrice; mais aussi per le defaut de contact avec les métaux, auquels
ces humides se trouvent appliqués; car quelqu’exacte que paroisse cette
application, les deux corps ne sont jamais portés à un contact intime et
d’union, tel qu’il le faudroit pour que le fluide electrique n’éprouvât la moindre
resistance au passage de l’un dans l’autre. L’experience demontre qu’il en
éprouve même en passant d’un metal dans un autre appliques à un contact
qui paroit immediat et reel, mais qui ne l’est surement pas: cette resistance
est à la veritè d’autant moindre qu’ils se trouvent plus serres ensemble, mais
jamais nulle; comme dans les chaînes metalliques, qui quelque tendües qu’elles
soient ne laissent jamais passer le fluide electrique aussi librement qu’un
metal continu.
Ainsi un tas de monnoyes par ex. quelques pressées qu’elles se trouvent,
n’est pas si aisément permeable qu’il le seroit, si ces monnoyes étoient soudées
ensemble, ou que l’est une verge metallique d’une seule piece.
Pr. 57. Concluons, que les couches humides interposees aux plaques
metalliques dans mes appareils electro-moteurs opposent donc un double
obstacle au libre courant du fluide electrique; savoir, et par le contact entre
les deux substances, qui n’est jamais assez parfait, comme on vient d’observer,
et par la nature de l’humide lui-même, qui n’est pas assez bon conducteur,
comme un grand nombre d’expériences l’attestent.
Pr. 58. On peut jusqu’à un certain point remedier à tous ces defauts.
Et premierement quant à l’imperfection du contact, on la diminue beaucoup
en substituant à l’eau pure de l’eau salée, ou d’autres liquides, qui attaquent
le metal par une action chimique. On comprend aisément, que par une telle
action l’humeur serre bien étroitement sur le metal meme, qu’elle contracte
avec lui une liaison étroite, et on peut dire une union intime, qui forme de
deux si non un seul corps, un corps continu. Il en est à-peu-près du liquide
qui attaque le métal comparé à l’eau pure, ou à d’autres humeurs, qui s’y
appliquent simplement sans l’attaquer, comme des pieces metalliques soudées,
ou bien fondues en partie ensemble, comparées aux memes pieces posées
simplement les unes sur les autres; ces differentes manieres d’application
trique.
Pr. 59. Au reste ces memes liqueurs salines, qui attaquent les metaux,
sont par leur propre nature des Conducteurs, je ne dirai pas parfaits, car il
s’en faut de beaucoup, mais bien moins imparfaits que l’eau simple, comme
il est aisé de Je ne rapporterai pas
ici celles, que j’ai faites autres fois en grand nombre avec des appareils
qui me sont propres, dans la vue de determiner avec quelque precision la
differente conducibilité, ou pour mieux dire les degrés de cohibence de plu-
sieurs liquides; expériences qui m’ont montré, que les differentes dissolutions
salines, les liqueurs acides, les alcalines, sont 10, 20, 30 fois, etc. moins cohi-
bentes ou plus conductrices que l’eau simple; et m’ont presentés des resultats
assez curieux. Un tel rapport seroit trop long.
Je me contenterai donc de pro-
poser qu’on repete seulement les experiences decrites ci-dessus (Pr. 55) de
decharger une bouteille de Leyde avec un arc conducteur metallique pour la
plus grande partie, mais interpolé par une, ou plusieurs couches humides.
L’eclat et le bruit de l’étincelle excitée par cette decharge, seront, comme
on a vu, beaucoup moins forts, que si l’arc etoit tout entier metallique; l’étin-
celle, dis-je, sera beaucoup moins eclatente, et plus sourde ces couches hu-
mides etant de l’eau pure: mais lorsque ce sera de l’eau chargée de quelque
sel, ou une liqueur acide, ou alcaline, l’éclat et le bruit de l’étincelle se mon-
treront incomparablement plus forts, et s’approcheront de ceux qu’on obtient
en excitant la decharge avec un arc tout metallique. Aussi pourra-t-on éprouver
la commotion en faisant passer la decharge de la bouteille par un tube de
verre d’une ligne seulement de diametre rempli de quelqu’une de ces liqueurs
salines, qu’on n’eprouveroit pas en traduisant cette meme decharge par un
tube du double, ou du triple plus gros rempli d’eau pure (Pr. 52).
Pr. 60. Ainsi donc les couches humides interposées aux couples métal-
liques dans mon appareil, étant une dissolution saline, retardent beaucoup
moins le courant du fluide electrique mu par le contact mutuel des métaux
differents, dont est composé chaque couple; retardent, dis-je, ce courant
électrique beaucoup moins que si elles étoient de l’eau pure, par deux raisons;
et parceque ces humeurs salines contractent une plus etroite union avec le
metal qu’elles attaquent, de maniere à former comme un corps continu avec
lui (Pr. 58); et parcequ’en qualité de meilleurs conducteurs, elles offrent au
fluide électrique un plus libre passage à travers leur propre substance (Pr. 59).
Pr. 61. Voila pourquoi avec un égal nombre de ces couples métalliques
on a des commotions incomparablement plus fortes lorsque les couches hu-
mides, au lieu d’être de l’eau simple, sont de la saumure, ou mieux une dis-
solution de sel ammoniac, d’alun, etc. Ce n’est pas que l’action galvanique,
électrique, s’exerce ni en tout, ni principalement par l’attouchement de l’hu-
mide avec le metal; ce n’est pas non plus, que cette action reponde à l’action
chimique, que tel ou tel liquide a sur tel ou tel metal, à l’oxidation du metal, etc.
comme plusieurs s’étoient imaginé. Non: l’action electrique, dont il s’agit,
s’exerce proprement par le contact mutuel des métaux de differente expece,
independamment de ces humeurs, et de leur action chimique, comme j’ai
demontré dans la 1.re partie de ce Memoire: quoiqu’on ne puisse nier que
quelque peu d’une semblable action électrique a lieu aussi par le contact
de chacun des métaux avec ces conducteurs humides; mais si peu, qu’elle ne
merite pas d’être comparée à celle des métaux entr’eux, excepté quelques
cas, comme j’ai eu soin aussi de faire remarquer (Pr. ).
Pr. 62. Voulez-vous voir que l’action de l’eau salée sur le fluide électrique
des deux métaux zinc et argent, ou zinc et cuivre, est bien petite en compa-
raison de celle, que ces métaux exercent eux-mêmes par leur contact mutuel;
et qu’elle ne differe pas sensiblement de l’action, que peut avoir l’eau pure?
Construisez deux piles semblables, et d’un egal nombre de pieces, par ex.
40 couples de cuivre et zinc, avec la seule difference, que les couches humides
seront dans l’une des piles d’eau pure, dans l’autre d’eau salée. Interrogez
ces deux piles avec le Condensateur et l’électrometre à ma manière, elles
vous donneront l’une et l’autre les memes degrés d’électricité, savoir 80 degrés
environ, si le pouvoir condensateur va à 120 fois, s’il va à 150 fois, 100 degrés,
etc.: ce qui repond à 1/60 de degré par couple, qui est enfin la tension électrique
que produit le contact mutuel de ces métaux sans aucune intervention de
substance humide, comme j’ai fait voir. Interrogez-les avec vos deux mains
pour en eprouver la commotion; elle sera très-foible, presque nulle, venant
de la pile dont les couches humides sont de l’eau pure; au contraire assez forte
venant de l’autre, où il y a l’eau salée.
Comment donc si la force ou tension électrique est la même?
D’ou vient
que la commotion est si foible dans un cas, et si forte dans l’autre? C’est
que la commotion est en raison non seulement de la force ou degré d’électri-
cité, mais aussi de la bonté des conducteurs, c. à d. de la moindre difficulté
que le courant électrique éprouve à les traverser. Or cette difficulté est par
deux chefs beaucoup moindre là où l’humide interposé aux métaux est une
liqueur saline, comme j’ai fait observer ci-dessus (Pr. 60).
Pr. 63. Ces comparaisons peuvent se faire encore mieux avec un appareil à
couronne de tasses, où l’on mettra pour les premieres épreuves de l’eau pure.
Qu’on observe donc lorsque l’appareil est tout construit, c. à. d. que ces tasses
se trouvent reunies par autant d’arcs formés de deux métaux differents, de
la maniere prescrite, à quel degré d’electricité il peut porter le Condensateur,
et quelle commotion il est capable de donner. Celle-ci sera encore plus foible
que les couches d’eau (mauvais conducteur) interposées aux métaux dans
chaque tasse se trouveront plus épaisses, que les rondelles de carton ou de
drap mouillé interposées dans l’appareil à pile (Pr. 53). Cependant le degré
d’electricité sera le même. L’ayant donc bien determiné ce degré d’électricité
à l’aide du condensateur à l’ordinnaire, qu’on ajoute à l’eau de chaque tasse
une pincée de sel: la force, ou tension d’électricité ne gagnera rien à cela, ou
presque rien; le Condensateur qu’on lui fera communiquer, marquera encore
le meme degré à l’electrometre, ou à-peu-près; quoique la commotion provo-
quée à l’ordinnaire se fasse sentir incomparablement plus forte.
Pr. 64. La commotion seule est donc un indice trop equivoque du degré
d’électricité, puisqu'elle tient aussi beaucoup à la bonté des conducteurs, au
passage plus ou moins libre qu’ils
avons dejà dit (Pr. 62), et comme mille autres experiences le prouvent. C’est
en jugeant simplement par le degré de la commotion, de celui de l’action
qu’on appelloit improprement
encore, une veritable et simple action Electrique, et remarquant que cette
commotion étoit plus forte suivant que la substance humide appliquée aux
differents métaux etoit saline, et de nature à les attaquer, et suivant que ces
métaux étoient plus oxidables, ou que l’un l’étoit plus que l’autre; c’est par-là,
qu’on a attribué à ce contact du corps humide avec les métaux de differente
espece, et à cette action chimique les phénomenes du dit Galvanisme; qu’on
s’est égaré, et qu’on a donné dans des opiniones etranges, comme d’imaginer
pour cause de ces phénomenes un agent, ou fluide galvanique particulier
different de l’électrique, ou au moins une modification particuliere de ce
dernier, qu’on pourroit appeller electro-galvanique.
Mes anciennes expériences sur l’électricité proprement metallique au-
roient pourtant dû retenir les Physiciens dans le bon chemin, que j’ai heureu-
sement suivi; mais elles étoient peu connues, quoique publiées dans les jour-
naux que j’ai cité plus d’une fois dans ce Memoire. Maintenant que je les ai
fait mieux connoitre, et que j’y en ai ajouté tant d’autres rapportées en grande
partie dans ce meme ecrit, j’ai lieu à esperer que toutes ces expériences electro-
metriques accompagnées des éclaircissements que j’ai cru necessaire de donner
suffiront pour ramener au vrai principe quiconque s’en étoit éloigné, et pour
faire reconnoitre a tout vrai Physicien que le fluide mis en jeu soit dans les
anciennes experiences galvaniques simples, soit dans celles qu’on fait au-
jourd’hui avec mes nouveaux appareils composés, est le pur et simple fluide
electrique, qui mu par le simple contact mutuel des conducteurs differents,
sur-tout metalliques, suit pour le reste les lois connues de l’electricité.