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PRIX FONDÉ PAR LE PREMIER CONSUL BONAPARTE ANNONCÉ DANS LA SÉANCE PUBLIQUE DU 17 MESSIDOR AN 10.

Rapport fait à la classe des sciences mathématiques et physiques de l’Institut national, sur le prix fondé par le premier Consul pour les découvertes relatives à l’électricité et au galvanisme.

Le premier Consul qui, même au milieu des soins de la guerre, a fait prospérer les sciences, veut que la paix les porte au plus haut degré qu’elles puissent atteindre, et il vient de donner à l’Institut national un nouveau moyen d’en accélérer les progrès. Ses intentions à cet égard sont exprimées dans la lettre suivante, qui a été transmise à la classe par le ministre de l’intérieur.

« Paris, le 26 prairial an 10.

« J’ai intention, citoyen ministre, de fonder un pris consistant en une médaille de trois « mille francs pour la meilleure expérience qui sera faite dans les cours de chaque année sur « le fluide galvanique. A cet effet, les mémoires qui détailleront lesdites expériences seront « envoyés, avant le premier fructidor, à la première classe de l’Institut national, qui devra, « dans les jours complémentaires, adjuger le prix à l’auteur de l’expérience qui aura été la « plus utile à la marche de la science.

« Je desire donner en encouragement une somme de soixante mille francs à celui qui, « par ses expériences et ses découvertes, fera faire à l’électricité et au galvanisme un pas com- « parables à celui qu’ont fait faire à ces sciences Franklin et Volta, et ce au jugement de la « classe.

« Les étrangers de toutes les nations seront également admis au concours.

« Faites, je vous prie, connoître ces dispositions au président de la première classe de « l’Institut national, pour qu’elle donne à ces idées les développements qui lui paroîtront con- « venables, mon but spécial étant d’encourager et de fixer l’attention des physiciens sur cette « partie de la physique qui est, à mon sens, le chemin des grands découvertes.

«signé, BONAPARTE ».

L’Institut national, qui a prise une part active aux grandes découvertes dont vient de s’enrichir la théorie de l’électricité, sentira dans toute son étendue l’importance du sujet in- diqué par le premier Consul. De toutes les force physiques auxquelles les corps de la nature sont soumis, l’électricité paroit être celle qui manifeste le plus souvent son influence. Non seulement elle agit sur les substances inorganiques, qu’elle modifie ou décompose, mais les corps organisés eux-memes en éprouvent les plus étonnans effets. Ce qui n’etoit pour les anciens qu’un simple résultat de quelques propriétés attractives, est devenu pour les physiciens mo- dernes la source des plus brillantes découvertes.

On peut diviser l’histoire de l'électricité en deux périodes, qui se distinguent autant par la nature des résultats que par celle des appareils employés, pour les obtenir. Dans l’une la influence électrique est produite par le frottement du verre ou des matières résineuses; dans l’autre, l’électricité est mise en mouvement par le simple contact des corps entre eux. On doit rapporter à la première de ces deux époques la distinction des deux espèces d’électricité ré- sineuse et vitrée, l’analyse de la bouteille de Leyde, l’explication de la foudre, l’invention des paratonnerres, et la détermination exacte des lois suivant lesquelles la force répulsive de la matière électrique varie avec la distance. La seconde comprend la découverte des contrac- tions musculaires excitées par le contact des métaux, l’explication ces de phénomènes par le mouvement de l’électricité métallique, enfin la formation de la colonne électrique, son analyse et ses diverses propriétés: Volta a fait, dans cette seconde période, ce que fit Franklin dans la première.

Les sciences sont maintenant tellement liées entre elles, que tout ce qui sert à en perfec- tionner une avance en même temps les autres. Sous ce point de vue, le galvanisme fera dans leur histoire une époque mémorable; car il est peu de découvertes qui aient donné à la phy- sique et à la chimie autant de faits nouveaux, et éloignés de ce que l’on connoissoit aupara- vant. Déjà l’ensemble de ces faits a été rapporté à une cause général, qui est le mouvement de l’électricité: il reste à déterminer avec exactitude les circonstances qui les accompagnent, à suivre les nombreuses applications qu’ils présentent, et à découvrir les lois générals qui peut- être y son renfermées.

La plupart des effets chimiques offerts par les nouveaux appareils ne sont pas compléte- ment expliquées, et il est d’autant plus important de les bien connoitre, qu’ils fournissent à la chimie des moyens assez puissans pour décomposer les combinaisons les plus intimes. Il est également intéressant d’examiner si les propriétés électriques que certains minéraux ac- quièrent dans leurs variations de température ne dépendent pas d’une dispositions de leurs élémens analogue à celle qui constitue la colonne de Volta. Enfin il est à desirer que la théorie de l’électricité, augmentée de ces nouveaux phénomènes, soit complétement soumise au calcul d’une manière générale, directe et rigoureuse; et les pas que l’on a déjà faits dans cette carrière ont prouvé que ce sujet difficile demande la sagacité de la physique la plus ingénieuse et les secours de l’analyse la plus profonde.

Mais c’est sur-tout dans leur application à l’économie animale qu’il importe de considérer les appareils galvaniques. On sait déjà que les métaux ne sont pas les seules substances dont le contact détermine le mouvement de l’électricité. Cette propriété leur est commune avec quel- ques liquides et il est probable qu’elle s’étend, avec des modifications diverses, à tous les corps de la nature. Les phénomènes qu’offrent la torpille et les autres poissons électriques ne dépen- dent-ils pas d’une action analogue qui s’exerceroit entre les diverses parties de leur organi- sation, et cette action n’existe-t-elle pas avec un degré d’intensité moins sensible, mais non moins réel, dans un nombre d’animaux beaucoup plus considérable qu’on ne l’a cru jusqu’à présent? L’analyse exacte de ces effets, l’application complète du mécanisme qui les détermine, et leur rapprochement de ceux que présente la colonne de Volta, donneroient peut-être la cief des secrets les plus importans de la physique animale. En considérant ainsi l’ensemble de ces phénomènes, on pressent la possibilité d’une grande découverte qui, en dévoilant une nuovelle loi de la nature, les rameneroit à une mime cause, et les lieroit à ceux que nous a offerts dans les minéraux le mouvement de l’électricité.

Ces considérations avoient sans doute été bien senties par la classe, et si elle n’a pas pro- posé de prix pour le perfectionnement de cette partie de la physique, c’est que l’étendue du sujet paroissant nécessiter plus d’un concours, elle ne pouvoit pas lui consacrer les encou- ragemens qu’elle doit en général à toutes les connoissances utiles: cependant chacun de ses membres et tous les savans de l’Europe devoient vivement desirer que les recherches des phy- siciens se dirigeassent vers ce but important, et ils doivent se féliciter de voir leur voeu rempli de la manière la plus complète.

Pour répondre aux intentions du premier Consul, et donner à ce concours toute la solen- nité qu’éxigent l’importance de l’objet, la nature du prix et le caractère de celui qui l’a fondé, la commission vous propose à l’unanimité le projet suivant:

La classe des sciences mathématiques et physiques de l’Institut national ouvre le con- cours général demandé par le premier Consul.

Tous les savons de l’Europe, les membres même et les associés de l’Institut, sont admis à concourir.

La classe n’exige pas que les mémoires lui soient directement adressés. Elle couronnera chaque année l’auteur des meilleures expériences qui seront venues à sa connoisance, et qui auront avancé la marche de la science.

Le grand prix sera donné à celui dont les découvertes formeront, dans l’histoire de l’électri- cité et du galvanisme, une époque mémorable.

Le présent rapport, renfermant la lettre du premier Consul, sera imprimé et servira de programme.