AUX RÉDACTEURS
DE LA BIBLIOTHÈQUE BRITANNIQUE
ALEXANDRE VOLTA.
dans la séance du 27e ventose (18 mars 1802).
AUX RÉDACTEURS
DE LA
BIBLIOTHÈQUE BRITANNIQUE
questo numero è appunto la risposta delÉlectricité Voltaïque.
Observations, etc. -Observations sur la théorie exposée par le Professeur Volta, dans un
Mémoire inséré dans le On trouve dans l’excellent Journal de Mr. Nicholson (cahier de Février) à la suite de la
traduction du Mémoire publié par le Professeur VOLTA dans le Journal de Physique de La
Métherie, et dans lequel il a exposé sa lumineuse théorie des effets improprement appelés
vaniques
prouver que cette explication est insuffisante. Nous avons fait part de ces objections au célèbre
auteur de cette théorie, en l’invitant à y répondre. On trouvera sa réponse à la suite des objec-
tions de Nicholson, que nous allons traduire. « Mr. VOLTA et plusieurs Physiciens Francais: penseront sans doute, en considérant les
faits avec plus de maturité, qu’ils ont agi avec trop de précipitation en concluant que l’énergie
électrique étoit l’agent unique dans les phénomènes de la pile, et que les liquides n’ont d’autre
fonction que celle de conducteurs. C’est sans doute à la difficulté des communications qu’on
doit attribuer l’apparition tardive du dernier numéro de mon Journal en France. Sans cette
circonstance, le savant auteur de ce Mémoire auroit trouvé dans le cahier dont je parle, une
objection péremptoire à cette partie de sa théorie qui donne tout au métal et rien aux fluides,
dans la pile galvanique de Mr. DAVY, composée d’un seul métal, mais avec des couches alter-
nantes de fluides différens; comme par exemple; métal, drap trempé dans l’acide nitreux,
drap trempé dans l’eau, drap trempé dans du sulfure de potasse; puis le même métal, l’acide
nitreux, l’eau, et le sulfure; ensuite le métal, etc., ou, si l’on se sert d’une auge, la séparation
entre l’acide et le sulfure peut être moyennée par une plaque de corne, et les deux liquides
peuvent être mis en communication par des bandes de papier humecté, mises à califourchon
sur le bord de la corne, et plongeant de part et d’autre dans les deux liquides qu’elles séparent;
cette disposition fait communiquer les Liquides sans qu’ils se mêlent, parce que l’eau est plus
légère que l’un et l’autre. Les metaux essayes séparément et avec succès, ont été l’argent, le
cuivre, le zinc et le plomb ». « J’ajouterai à ce qui vient d’être dit, une expérience du même Physicien, qui ne tend
pas moins à prouver l’action directe du liquide dans cet appareil; savoir qu’on peut déterminer
dans la pile formée de deux métaux, le mouvement du fluide électrique à volonté, dans un sens
ou dans l’autre, selon la nature du liquide interposé. Si l’on construit à la manière ordinaire
une pile de cuivre et de fer, séparés par de l’eau, le fer devient électrisé en plus, et le cuivre
en moins; mais si l’on construit la même pile, ou une pile semblable, en substituant à l’eau
du sulfure de potasse, le fer devient négatif et le cuivre positif. Dans le premier cas, le fer est
oxidé; dans le second, il ne l’est point, et le cuivre le devient; et il est même probablement
sulfuré». « Enfin, voici encore un exemple de l’influence particulière du liquide autrement que comme
conducteur; c’est le cas dans lequel on emploie le charbon comme substance solide, et où
la condition essentielle n’est que l’usage de deux liquides différens ». « Comme nous savons par les expériences de DE SAUSSURE et d’autres physiciens, que les
changemens chimiques troublent l’équilibre de l’électricité, ces changemens ayant certainement
lieu dans la pile, il paroît au moins probable que l’action chimique a une influence principale
dans l’appareil. Quant au principe des électro-moteurs de VOLTA, je dois observer que BENNET
avoit fait plusieurs expériences directes d’application de métaux différens, les uns aux autres,
par contact simple ou double, au plateau du doubleur d’électricité, et que ces contacts pro-
duisoient toujours des phénomenes d’une électricité qu’il appeloit adhésive. Ces expériences
ont été publiées en 1789 dans l’ouvrage qu’il intitula «
page 86 à 102 CAVALLO a fait d’autres expériences sur l'électricité produite par le choc d’un
métal qu’on laisse tomber sur un plateau métallique isolé. Ces faits ont été publiés dans le
troisième volume de son ouvrage sur l’électricité en 1795. Je ne connois pas la date des expé-
riences de VOLTA, mais je les crois postérieures à celles de BENNET. Ce dernier physicien, de
même que CAVALLO, paroît croire que différentes substances ont des attractions ou des capa-
cités différentes pour le fluide électrique. Mais l’hypothèse singulière de
l’existence d’un courant perpétuel d’électricité mis en activité par certaines dispositions d’ap-
pareil, appartient, je le crois, exclusivement au Prof. VOLTA.
Pour répondre à votre invitation, je vous adresse mes observations sur
l'article du
autres écrits où se trouvent différentes objections à ma théorie des phéno-
mènes galvaniques, que je crois avoir assez démontré être des véritables et
simples effets d’une électricité mue par le contact mutuel des métaux dif-
ferens, dont sont composés mes appareils, bien plus que par le contact de
ces mêmes métaux avec les substances humides interposées entre chaque
paire. Comme je me proposois de refuter l’opinion contraire, qui attribuoit
tout, ou presque tout, à l’action des fluides sur les métaux, opinion, qui
avoit prévalu parmi les Physiciens, et les Chimistes sur tout, j’ai beaucoup
insisté dans mes derniers Mémoires sur cette électricité qui provient du con-
reils, tant à colonne qu’à couronne de tasses (comme je les appelle) le fluide
électrique étoit mu avec la même force à-peu-près, soit que les couches sépa-
ratrices fussent d’eau pure, ou d’eau salée. Puisqu’il est de fait, que la qualité
de l'électricité, savoir positive ou négative, et par là la direction du cou-
rant, reste toujours celle qui est determinée par le contact mutuel des métaux
differens, et que le degré ou tension de cette électricité démeure le même
aussi, si non précisément, du moins à peu de chose près, soit que les couches
humides soient de l’eau pure ou de l’eau salée.
Comme cela a pu faire croire, que je n’accordois aucun pouvoir ou action
sur le fluide électrique à aucun conducteur humide mis en contact avec des
conducteurs métalliques, je ferais remarquer pour detromper ceux qui m’ont
mal compris, qu’au contraire je n’ai jamais attribué aux métaux exclusivement
la faculté d’inciter le fluide électrique par leur contact mutuel, lorsqu’ils
sont de differentes espèces, ayant reconnu, et prouvé par un grand nombre
d’expériences directes, que cette faculté appartenoit, sans exception, à tous
les conducteurs; et que si elle étoit en général plus marquée entre les métaux,
elle ne laissoit pas que de se manifester aussi dans le contact d’un métal,
ou conducteur de première classe (comme j’appellois les métaux et le charbon)
avec un de la seconde, ou conducteur humide.
Cette assertion se trouve répétée bien de fois dans plusieurs de mes Mé-
moires, dès l’année 1794, jusques à 1798; nommément dans mes lettres à
VASSALLI, à GREN, à ALDINI, publiées dans les
BRUGNATELLI de Pavie. Ces expériences, qui la prouvent de plusieurs manières
y sont aussi décrites amplement. C’est principalement dans la première lettre,
a GREN de 1796, qui fut aussi imprimée dans son Journal Allemand (
Journal der Physik. IV
trice sur le fluide électrique, qu’exercent par le simple contact mutuel. 1° Les
conducteurs de première classe, ou metalliques (bien entendu que ce contact
se fasse entre deux de différente espèce). 2° Un conducteur de première classe
avec un de la seconde, ou conducteur humide. 3° Même deux de cette dernière
classe bien différens entr’eux: J’établis, dis- je, ce principe d’après l’expérience
et de nombreux essais que j’avois faits; et je montre comment, pour déter-
miner un courant électrique dans un cercle conducteur, il faut que ce cercle
soit formé au moins de trois de ces conducteurs différens; soit deux de la pre-
mière classe différens entr’eux, et un quelconque de la seconde; soit deux
de la seconde aussi différens, et un de la premiére; soit enfin trois, tous de
la seconde classe, et tous différensCette combinaison active de conducteurs tous de la seconde classe, m’avoit déja fait
soupçonner que la nature se servoit d’un semblable artifice pour l’électricité de la torpille,
comme des autres poissons, qui donnent la secousse. Or, ce qui n’étoit qu’un soupçon dans le
temps où je ne connoissois pas encore l’augmentation que reçoit la force électrique par une
construction de plusieurs combinaisons semblables, alternativement disposées, est devenu pour
moi une vérité presque démontrée, après l’invention de la pile, à laquelle ressemblent si bien
les organes électriques de la torpille. Car ne voit-on pas dans ces organes des lames super-
posées les unes aux autres, comme dans la pile? La seule différence est que dans la pile ce sont
des lames métalliques; dans les organes de la torpille des particules membraneuses etc.; mais
il suffit qu’elles soient différentes, et disposées dans l’ordre convenable, pour qu’il en résulte
un’appareil électromoteur, aussi bien que par les métaux différens, comme je l’ai avancé.
Pour mieux montrer la chose, et la mettre, pour ainsi dire, sous les yeux,
j’ai joint dans cette même lettre plusieurs figures qui représentent dans plu-
sieurs combinaisons de conducteurs des deux classes, variés en nombre et en
position, quelles sont celles qui doivent donner lieu au courant électrique, et
celles qui ne le doivent pas, les forces en sens contraire se contrebalançant.
Or, les figures pour les combinaisons actives plus simples, que j’ai exposées,
sont celles-ci, où les conducteurs de première classe sont désignés par des
lettres majuscules A et Z, (argent par exemple et zinc) et ceux de la seconde
classe par les lettres minuscules Ainsi donc,
dans la fig. 1, ce sont deux conducteurs de la première classe différens, par
exemple argent et zinc, qui se touchent immédiatement, et qui communi-
quent dans un autre endroit par l’intermède d’un conducteur humide ou de
seconde classe; dans la fig. 2 ce sont deux conducteurs de la seconde classe
assez différens entr’eux (par exemple eau et sulfure de potasse) qui se tou-
chent, joints en cercle par un métal (par exemp. argent). En termes plus
concis: dans la fig. 1 c’est un seul conducteur humide interposé entre deux
métaux différens qui complétent le cercle; dans la fig. 2, c’est un seul métal
placé entre deux conducteurs différens.
Tout cela est indiqué dans ma première lettre à GREN, qui fut publiée
dans les Journaux Allemands, dans la continuation de cette lettre, et dans
une seconde très-longue qui ne parut que dans les
déjà cités, je m’étends encore beaucoup sur ce sujet, et j’y ajoute des éclaircis-
semens; entr’autres, je m’exprime à-peu-près dans ces termes au § 77N’ayant pas sous les yeux l’original Italien, je me sers d’une traduction allemande que
RICHTER a faite de quelques articles de mon Mémoire, et qu’il a inserée dans une des ses lettres
à GILBERT, Rédacteur des Cette lettre se trouve dans le 10.
de ce Journal pour l’année 1801.
« Je procède à prouver par des expériences directes ce que j’ai déjà avancé
« (§ 56) savoir que la faculté que les métaux, ou conducteurs de la première
« classe, ont de mettre en mouvement le fluide électrique par leur attouchement
« mutuel (bien entendu qu’ils soient de différente espèce), de donner de ce
« fluide, ou d’en prendre l’un à l’autre; cette même faculté, ils l’ont aussi
« lorsqu’ils sont mis en contact avec des conducteurs humides, ou de seconde
« classe: avec la seule différence, que dans ce dernier cas le degré de cette
« force, qui se déploie, est communement, lorsque surtout c’est de l’eau simple
« ou des humeurs peu differentes de l’eau, que le métal touche, le degré, dis-je,
« de cette force est bien moindre, que dans l’autre cas du contact mutuel
« des métaux différens ».
« Je dis
« qu’on met en contact des métaux sont de
« peu différente de l’eau
« contact de plusieurs solutions salines avec les métaux, principalement de
« certains acides avec certains métaux, et des alkalis concentrés avec presque
« tous les métaux, est souvent plus forte et plus marquée que celle qui se
« déploie par le contact mutuel de deux métaux peu différens entr’eux, comme
« le démontrent les expériences que j’ai faites là-dessus, et que j’ai déjà rap-
« portées (§ 23 et 24), dans lesquelles une grenouille non complètement pré-
« parée, ou autrement peu excitable placée de la manière ordinaire, dans
« deux vases d’eau, n’entroit point en convulsion lorsqu’on complétoit le
« cercle avec un arc composé de deux de ces métaux peu différens, comme
« argent et cuivre, cuivre et fer, etc., tandis qu’elle étoit fortement secouée
« en établissant la communication entre les deux verres au moyen d’un
« seul métal; par exemple, d’un simple arc de fer, ou d’un purement d’étain,
« à une des extrémités duquel j’avois mis une goutte d’eau fortement salée,
« une goutte d’acide nitrique, ou d’une solution alkaline »Comme je n’avois pas encore trouvé à cette époque le moyen de rendre sensible à l’élec-
tromètre commun l’électricité excitée par ces contacts des conducteurs différens, c’étoient les
convulsions de la grenouille qui préparée, même imparfaitement, est une espèce d’électromètre
incomparablement plus délicat, qui me servoient d’indice do cette électricité extrèmement
foibles. Or donc, j’obtenois ces indices en différentes manières, savoir: 1.° Suivant la méthode
ordinaire, qui étoit l’application d’un arc fait de deux métaux, soit à différentes parties de
la grenouille, soit à d’autres conducteurs humides en communication avec ces parties, de ma-
nière à compléter le cercle; 2.° Avec un arc d’un seul métal, dont une extrémité touchoit, à
un conducteur humide, et l’autre estrémité à un autre aussi humide d’espèce différente, comme
dans les expériences dont il est parlé ci-dessus; 3. ° Avec une combinaison de conducteurs tous
humides, ou de seconde classe, sans aucun qui fût métallique, ou de la première classe: et
c’étoit les expériences, où je réussissois à exciter des convulsions dans une grenouille complète-
ment préparée, et très-excitable, par le simple contact d’une de ses jambes avec les nerfs ischia-
tiques, ou avec les muscles de son dos mis à nud. Il falloit pourtant à l’ordinaire que ce fût
la partie tendineuse blanche du genou, qui touchât aux dits nerfs ou muscles. et surtout qu’il
se trouvât quelqu’humeur interposée, différente de l’eau, comme du sang, de l’eau salée, ou
mieux une goutte de liqueur alkaline. Toutes ces expériences sont décrites au long dans une
lettre à VASSALLI, et rappelées dans celles à GREN. Ainsi done il étoit bien prouvé, que le fluide électrique est incité et mis en mouvement
non-seulement par le contact mutuel des métaux differens, mais aussi par celui des métaux
avec les conducteurs humides, et même par le contact de ces derniers entr’eux, s’ils sont dif-
férens; que ce fluide est mu avec différens degrés de force, suivant l’espèse des métaux, et
l’espèce des conducteurs humides qui se touchent: qu’en général les combinaisons que forment
les métaux entr’eux, sont plus actives que celles des métaux avec les conducteurs humides;
et celles-ci plus que les combinaisons des seuls conducteurs humides. Tous ces faits que j’avois prouvés par des expériences multipliées sur la grenouille avant
que je fusse arrivé à obtenir des signes sensibles à l’électromètre, ont été confirmés avec plu-
sieurs autres points de ma théorie, lorsque je suis parvenu à obtenir ces signes. 1.° par le contact
mutuel de deux métaux; 2.° par celui d’un métal avec un conducteur humide; 3.° par le contact
de deux de ces derniers différens entr’eux. Voyez mes lettres à GREN et à ALDINI.
Il seroit trop long de copier d’autres paragraphes qui contiennent la des-
cription détaillée des expériences que j’avois faites, avec une grande variété
de liqueurs, combinées à différens métaux. Je dirai seulement que j’avois
été frappé de la grande activité du foie de soufre, ou sulfure alkalin, en con-
tact avec l’argent et d’autres métaux, pour donner impulsion au fluide élec-
trique; les effets obtenus étant plus forts que ceux provenant du contact
de l’argent avec l’étain, et presqu’aussi forts qu’avec l’argent et le zinc: ce
que je fis remarquer.
En voilà assez pour détruire l’objection et le reproche qu’on n’a pas
manqué de me faire, comme si j’attribuois exclusivement aux métaux la
faculté d’inciter par leur contact mutuel, et mettre en mouvement le fluide
électrique. Cependant outre tant d’assertions formelles et de preuves du con-
traire, c’est-à-dire, que cette même faculté étoit commune à tous les conduc-
teurs en général, de sorte, qu’ils devenoient tous
moins grand, par leur contact mutuel, pourvu seulement qu’ils fussent dif-
férens, outre, dis-je; ces assertions, et ces preuves consignées dans les mémoires
déjà cités, j’avois eu soin dans tous les autres mémoires, qui suivirent ceux-là,
de ne jamais restreindre l’expression de
métaux, mais de les désigner seulement comme les plus propres et les plus
actif en général: en effet, au lieu de dire, par exemple, l’impulsion que
donnent au fluide électrique par leur contact mutuel les
liques différens
ce qui exprime assez la chose.
Enfin, dans le Mémoire que je lus, au moins de Novembre passé, à l’In-
stitut national de Paris, et qui se trouve inséré dans le N.° 220 des Annales
rappeler mes anciennes expériences sur ce sujet: voici ce que je dis au § 12.
« Mais le fluide électrique ne reçoit-il aucune impulsion du contact im-
« médiat d’un métal avec un conducteur humide? J’ai prouvé l’affirmative
« par beaucoup d’autres expériences, rapportées dans les lettres dont j’ai
« déjà parlé. Cependant cette impulsion est si foible, lorsqu’on n’emploie que
« l’eau pure ou salée, qu’on ne peut la mettre en parallèle avec celle qui pro-
« vient de la communication des métaux bien différens, tels que le zinc avec
« l’argent ou le cuivre: à l’exception de quelques acides concentrés, de quelques
« liqueurs alkalines, des sulfures alkalins etc., qui impriment par leur contact
« avec divers métaux une impulsion très-sensible ».
D’après ce que je viens d’exposer, on voit que la construction d’un ap-
pareil électromoteur (qu’on veut encore appeller galvanique) en employant
un seul métal entre deux liqueurs différentes, comme Mr. DAVY l’a heureu-
sement exécutée, bien loin de former une objection à ma théorie, en est une
confirmation, que cette construction est tout-a-fait dans mes principes,
et quelle se rapporte à la figure 2, (voyez les fig. ci-dessus), comme la cons-
truction de l’autre appareil que j’ai inventé et mis en vogue: où il entre
deux métaux et un seul conducteur humide, se rapporte à la fig. 1. Ces ap-
pareils en effet ne sont autre chose l’un et l’autre qu’une addition ou série
continuelle, et régulière de plusieurs de ces combinaisons simples, représentées
par les dites figures. Aussi me suis-je beaucoup réjoui en apprenant cette réus-
site de Mr. DAVY avec un seul métal et deux liquides différens.
Au reste, si je me suis tenu dans mes appareils, soit à colonne, soit à
couronne de tasses, à la construction de deux métaux et un conducteur hu-
mide, c’est d’abord que je l’ai vue infiniment plus commode que l’autre des
deux liquides et un seul métal. En second lieu, parce qu’il m’a paru très-difficile
de pouvoir tenir confinés à leur place les deux liquides, qui d’ailleurs devoient
se toucher, sans qu’ils se confondissent ensemble. C’est par cette raison sur-tout
que j’ai fait très peu d’essais de ce genre, et que je n’eus aucun succès. Mr. DAVY
au contraire, y à réussi avec différens appareils et particulièrement avec un
tout-à-fait semblable au mien à couronne de tasses; et qui n’en diffère que
par l’article d’un seul métal communiquant à deux liquides différens, d’après
la fig. 2, au lieu de deux métaux et un seul liquide, suivant la fig. 1. Il a réussi
en employant pour un des liquides l’acide nitrique concentré, ou mieux le
sulfure de potasse, que j’avois trouvé aussi dans mes anciennes expériences
des combinaisons simples étre parmi les conducteurs humides, ou de seconde
classe, l’un des meilleurs moteurs, comme j’ai déjà dit; et afin d’empêcher
le mélange, pour un certain temps au moins, il lui a suffi de faire communiquer
la liqueur d’une tasse avec celle de l’autre, par l’entremise d’un carton ou
drap mouillé d’eau. Cet heureux expédient a valu à Mr. DAVY la réussite
métal.
Je ne conçois pas comment on pourroit regarder celà comme une grande
objection à ma théorie, tandis que, comme je l’ai déjà dit et montré, c’est
une chose tout-à-fait conforme à mes principes et à mes expériences. Oui:
ce seroit
effectivement je soutenois celà; mais on a dû voir, que mon opinion fondée
sur mes propres expériences, est depuis long-temps bien différente: on l’a
dû voir, et on ne pouvoit pas se le dissimuler; les Mémoires étoient imprimés
où je me suis exprimé là-dessus assez clairement. Or comme Mr. NICHOLSON
dit qu’on ignoroit probablement sur le Continent, à cause des corréspondences
interrompues, les expériences et découvertes faites dernièrement en Angle-
terre, je puis dire de même qu'on ignoroit en Angleterre celles que nous avions
faites il y a quelques années.
Je conçois encore moins qu’on fasse tant valoir la substitution du charbon
de bois au métal dans l’appareil dont il s’agit, et comment on m’objecte
celà, encore; tandis qu’il y a long-temps qu’il est connu que le charbon se
comporte à tous égards comme les métaux, en qualité et de conducteur, et
de moteur d’électricité. C’est moi, qui le découvris et l’annonçai en 1793.
(V.
conducteur, étoit aussi un excellent
les métaux, surtout avec l’étain et le zinc; et qu’il tenoit une place près de
l’argent, qu’il dévançoit même. Depuis ce temps j’ai toujours compris le
charbon, comme aussi la plombagine, parmi les conducteurs de première
classe, les
liquesL’oxide noir de Manganèse y appartient, et il est beaucoup plus puissante que l’argent
et le charbon même pour pousser le fluide électrique dans les autres métaux, sourtout dans
le zinc.
y est compris; et dans un de mes Mémoires, où j’ai tracé une espèce d’échelle
de ces conducteurs, suivant qu’ils poussent le fluide électrique l’un dans
l’autre, je l’ai justement placé au-dessous de l’argent, et de l’or.
Mr. NICHOLSON objecte encore aux physiciens d’avoir été trop
à admettre d’après ma théorie, que l’électricité soit le seul agent dans les
phénomènes galvaniques, la seule cause efficiente de ces phénomènes. Il
auroit fallu attendre, j’ajouterai, qu’on fût parvenu à produire tous les effets
propres à la pile, avec l’électricité ordinaire des machines. Eh bien: que dira-t-il
à présent qu’on les a effectivement obtenus; et avec une électricité élevée
à ce même degré qui se manifeste dans la pile, etc.? Je me rapporte en celà,
celles exécutées en grand en Hollande par mon ami le Dr. VAN-MARUM. Que
dira-t-il, si non qu’il est tenu de se rendre à l’évidence?
On a fait, et on continue de faire d’autres objections à ma théorie.
Ce ne
sont pas, dit-on, des phénomènes purement électriques que présente la pile:
le développement du gaz hydrogène d’un côté, et de l’oxigène de l’autre;
l’oxidation des métaux; la production d’un acide (l’acide nitrique à ce qu’il
paroit) du côté de l’oxigène, et d’un alkali (l’ammoniaque) du côté de l’hy-
drogène, etc., ces faits semblent être propres seulement à cette classe d’appareils.
D’ailleurs, cette oxidation paroît être plutôt cause qu’effet de l’action gal-
vanique, ou contribuer au moins beaucoup à son énergie.
Je réponds premièrement, que dès que tous ces effets de la pile ont pu
être produits et imités exactement par l’électricité ordinaire, il ne doit plus
y avoir de difficulté à les attribuer à l’électricité qui se manifeste dans la
pile elle-même au degré suffisant pour les produire, eu égard surtout à son
action continuelle. En second lieu, que l’oxidation est en partie indépendante
de l’action galvanique, ou pour mieux dire électrique; car elle est l’effet chi-
mique ordinaire de tel ou tel fluide sur tel ou tel métal: elle en dépend aussi
en partie, en tant que le courant électrique modifie singulièrement cette oxi-
dation, en l’augmentant beaucoup dans le métal d’où le courant sort pour
passer dans l’eau ou tout autre liquide oxidant, et en la diminuant ou sup-
primant tout-à-fait dans le métal où le courant électrique entre, et où le gaz
hydrogène se développe. Ainsi donc, le courant électrique exerce une action
oxidante, et une désoxidante, suivant qu’il passe d’un métal dans un liquide,
ou du liquide dans le métal; mais cette action n’est nullement la cause du
courant, elle n’en est que l’effet.
Je sais bien qu’il y a des apparences contraires qui ont pu en imposer:
on a observé qu’en général, plus l’un des métaux est oxidable (le zinc en effet
est à cet égard en première ligne) et plus le liquide qui le touche est oxidant,
et plus aussi la commotion que donne la pile est forte, et plus le développement
des bulles d’air autour des fils, qui plongent dans l’eau et font partie de l’arc
conducteur, est prompt. Mais il faut observer que ces effets, je veux dire ce
développement des gaz, et surtout la commotion, tiennent non seulement à
la force ou charge d’électricité; mais aussi à la qualité plus ou moins perméable
des conducteurs du courant électrique. Or ce courant est toujours fort re-
tarde si les conducteurs métalliques sont interrompus par d’autres non-mé-
talliques infiniment moins bons qu’eux, et cette disposition a lieu dans la
pile. Ce même courant est beaucoup plus retardé par l’eau simple que par les
solutions salines, qui ne sont pas à beaucoup près si mauvais conducteurs
qu’elle, ainsi que des expériences directes l’ont prouvé. Voilà pourquoi en
imbibant de ces humeurs salines les cartons de la pile on a des commotions
même degré de tension électrique de la pile, qu’en les trempant d’eau pure:
on a, dis-je de beaucoup plus fortes commotions, indépendamment de l’action
chimique de ces liqueurs salines.
Parmi un grand nombre d’expériences qui prouvent mon assertion, il
y en a une que j’ai rapportée dans un de mes derniers Mémoires; (celui que je
lus à, l’Institut national de Paris): dans cette expérience, un appareil à cou-
ronne de tasses donnoit à l’électromètre à peu-prés le même degré d’électri-
cité lorsqu’il n’y avoit dans les tasses que de l’eau pure, que lorsqu’il y avoit
de l’eau salée; tandis que la commotion étoit incomparablement moins forte
avec l’eau simple. Or l’électromètre est bien un meilleur juge de la force élec-
trique, c’est-à-dire, il nous fournit une mesure bien plus fidèle, et bien plus
exacte de cette force que la commotion, laquelle dépendant en grande partie
de circonstances accessoires, et surtout de la bonté de l’arc conducteur, n’est
souvent qu’un signe très-équivoque, et jamais une mesure précise.
Une autre expérience bien démonstrative, que je propose ici, est de charger
une très-grande bouteille de Leyde, à un degré très-foible, au point seulement
qu’elle puisse donner une médiocre secousse jusqu’au coude lorsque d’une
main mouillée on tiendra l’extérieur de la bouteille, et que de l’autre, éga-
lement mouillée et armée d’un conducteur métallique un peu volumineux,
on touchera le crochet de cette même bouteille. Après avoir bien remarqué
la force et l’étendue de la commotion lorsqu’on décharge la bouteille de cette
manière, essayez de décharger cette même bouteille, chargée précisement
au même degré, en substituant au conducteur métallique tenu dans la main
une pile avec les cartons humectés d’eau pure, et une autre fois une pile du
même nombre de pièces mais dont les cartons soient imbibés d’une bonne
solution saline: vous éprouverez une commotion très-foible lorsque la pile
à l’eau servira d’arc conducteur, et une beaucoup moins foible lorsque vous
employerez la pile à l’eau salée; et celle-ci sera encore considérablement in-
férieure à la commotion obtenue par l’intermède du conducteur métallique pur.
Ainsi donc les interpolations des couches humides aux couples métal-
liques, soit dans les piles, soit dans les appareils à couronne de tasses, sont,
surtout lorsque le liquide est de l’eau pure, des obstacles très-considérables
à la rapidité du courant électrique, qui sans ces entraves seroit beaucoup
plus grande. On diminue ces obstacles suivant que les liquides choisis sont
des conducteurs moins imparfaits, et qu’ils s’appliquent mieux au contact
du métal: et par cette raison probablement ceux qui attaquent le métal
même et s’appliquent ainsi de bien plus près à sa surface, réussissent le
mieux. On les diminue encore, ces obstacles, à mesure qu’on donne plus
d’étendue au contact de la substance humide avec le métal. Cela explique
l’avantage des grande plaques qui serrent entre elles des disques humides
aussi grands.
Cependant les appareils ou piles à grandes plaques, qui brûlent si ai-
sément le fil de fer et fondent d’autres fils métalliques, ne donnent pas des
commotions sensiblement plus fortes que les piles étroites, à nombre égal
de plaques, de même qu’elles n’élèvent pas l’électromètre à un plus haut
degré de tension. Ce dernier fait s’entend facilement: mais, que la commotion
provenant d’une pile qui a la force de fondre des fils métalliques soit moderée
et supportable, celà paroit bien surprenant, et difficile à expliquer. Cependant
on le comprendra assez si on réflechit que le corps même de l’homme retarde
beaucoup, comme mauvais conducteur, le courant électrique mû avec une
foible tension, comme l’est toujours celle de la pile. On a des preuves de ce
retard par d’autres expériences analogues; eu tirant la commotion d’une
grande bouteille de Leyde foiblement chargée, ou d’un de mes appareils,
avec une chaîne de personnes qui se tiennent réciproquement serrées par leurs
mains humectées, on trouve que cette commotion s’affoiblit beaucoup pour
chaque personne qui s’ajoute successivement à la chaîne. Avec deux personnes
seulement elle est déjà considérablement moins forte qu’avec une seule; d’où
l’on peut juger que même une seule personne retarde déjà beaucoup le
courant électrique par l’obstacle que lui oppose le corps humain à traverser.
Cet obstacle a tant d’influence, que si dans l’expérience des grandes
plaques disposées pour fondre et brûler le fil de fer, ce fil, au lieu de com-
muniquer immédiatement avec la base de la pile, communique avec elle
moyennant une personne qui la tienne dans sa main, ou autrement, on ne
réussit plus à fondre, pas même sa pointe; tandis que, par une communi-
cation immédiate, on en fondroit plusieurs lignes etc.
Concluons que tous les conducteurs humides, ou de seconde classe, sont
des conducteurs très-imparfaits; mais que l’eau tenant en dissolution d’autres
substances, et surtout des sels, est un conducteur beaucoup moins imparfait
que l’eau pure. Mr. CAVENDISH, dans un excellent Mémoire dans lequel il
ramène tous les phénomènes de la torpille aux lois de l’électricité, (Trans.
Phil. 1775) estime, d’après certaines expériences, que l’eau est 400 millions
de fois moins conductrice que les métaux.
Concluons que si on obtient des commotions, et d’autres effets beaucoup
plus forts lorsque les couches humides de l’appareil électro-moteur sont
des solutions salines, que lorsqu’elles sont de l’eau pure, ce n’est pas qu’elles
augmentent réellement la force électrique: si quelquefois elles l’accroissent
un peu, d’autre fois aussi elles la diminuent, suivant que l’impulsion que
leur contact avec les métaux produit sur le fluide électrique, (impulsion
ordinairement foible mais réelle cependant, ainsi que je l’ai montre plus
haut) favorise ou contrarie le courant électrique déterminé par le contact
mutuel des métaux differens dont est composé l’appareil. Ce n’est pas, dis-je,
que ces solutions salines contribuent beaucoup à exciter le fluide électrique,
menter la force ou tension électrique; bien moins, dirai-je, qu’elles soient
la principale cause de cette électricité; mais c’est plutôt parce qu’elles oppo-
sent moins de résistance, en leur qualité de conducteurs moins imparfaits,
à ce courant déterminé par le contact mutuel des métaux differens: c’est, en
un mot qu’elles le laissent passer plus librement.
Au reste ce ne sont pas toujours les liquides les plus oxidans qui donnent
lieu aux plus fortes commotions: et, en général, si on compare bien, je ne dis
pas les effets sur l’électromètre, mais même les commotions (qui sont d’ailleurs
des signes si équivoques), on ne remarquera pas ce rapport entre la vertu
oxidante des liqueurs employées dans l’appareil, ou pour mieux dire, entre
le procédé d’oxidation qui a lieu, et la force de la commotion. Par exemple,
la potasse liquide n’est pas un fluide plus oxidant, il n’attaque pas plus les
métaux, et en particulier le zinc, que ne le fait l’eau pure; et cependant si
les cartons de la pile sont imbibés de cette liqueur alkaline au lieu d’eau, la
commotion qu’on reçoit dans ce cas est beaucoup plus forte, et prèsque égale
à celle qui auroit lieu s’ils étoient imprégnés d’eau salée ou acidulée. La potasse
liquide n’est pas une substance plus oxidante, mais elle est un beaucoup
meilleur conducteur que l’eau: voilà pourquoi elle permet, je m’exprime ainsi,
une commotion beaucoup plus forte. Tout dépend donc, sous le rapport de
la commotion plus ou moins forte, et du plus ou moins prompt développement
des gas autour des fils metalliques plongés dans l’eau, et qui font partie du
cercle, tout dépend, dis-je, ou prèsque tout, sous ces deux points de vue, de
la faculté conductrice des liquides interposés; faculté qui varie beaucoup
pour les différentes solutions salines.
Encore un mot sur ce que plusieurs physiciens croient la présence de
l’air respirable nécessaire à l’action de la pile; et que dans le vide de la machine
pneumatique cette action cesse entièrement, ou à-peu-près: le Dr. VAN-MARUM
vient de prouver le contraire; et quand il ne l’auroit pas fait, mes épreuves
déjà rapportées dans ma lettre à Sir JOSEPH BANKS (Mars 1800) qui consis-
toient à entourer d’huile ou de cire toute la pile, laquelle continuoit d’agir
très-bien avec une telle enveloppe, et pendant plusieurs semaines, ces expé-
riences, dis-je, démontrent assez que les effets ont lieu sans le concours de l’air.
Mais comment ont-ils donc été induits en erreur les physiciens qui atte-
stent avoir vu les effets de la pile disparoître ou s’affoiblir prodigieusement
dans le vide de BOYLE? En accordant quelque chose à leurs observations,
j’expliquerois le fait en attribuant l’affoiblissement des signes d’action, pre-
mièrement à l’évaporation de l’humidité des cartons, évaporation provoquée
par le vide d’air qui à pû les dessécher au point de ne plus laisser passer le
courant électrique avec la vitesse requise pour donner une commotion assez
sensible; en second lieu, à ces mêmes vapeurs, condensées sur l’extérieur de
la pile jusqu’à la mouiller; ce qui, comme on sait, nuit beaucoup.
On m’objectera qu’on à observé que l’air d’un vase dans lequel on tient
enfermée une pile en action, diminue sensiblement. -Il concourt donc...
Oui, repondrai-je, il concourt à l’oxidation des métaux, qui est en train
Je croirois encore plus probable, avec M. SENEBIER qui me le suggère, que le gaz hydro-
gène, qui se développe, se combine dans son état naissant, à l’oxigène de l’air ambient pour
former de l’eau; et qu’il occasionne ainsi la diminution observée dans cet air.
mais cette oxidation n’à proprement rien à faire avec l’action électrique,
comme je l’ai assez fait voir: c’est un phénomène purement chimique, dont
je ne dois pas m’occuper ici, où il n’est question que de l’excitation élec-
trique et des phénomènes qui en dépendent. Sous ce dernier point de vue,
l’oxidation a bien quelque rapport à l’électricité de la pile, mais comme
effet de celle-ci, et nullement comme cause; suivant ce que nous avons
expliqué.
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