SUR LA CAPACITÉ DES CONDUCTEURS CONIUGUÉS
PREMIER MÉMOIRE
DANS LEQUEL ON DÉMONTRE LES AVANTAGES TRÈS-CON-
SIDÉRABLES D’UNE SORTE D’ISOLEMENT SI IMPARFAIT,
QU’ON PEUT À PEINE LUI DONNER CE NOM, SUR L’ISO-
LEMENT LE PLUS PARFAIT.
(Roz. Obs. 1783. T. XXII, pg. 325).
[Empty Page]
INTRODUCTION.
N.° I. Dans une Lettre à M. DE SAUSSURE, insérée dans les
choisies, part. IV et V
simples, je promis de publier peu de temps après un autre Mémoire sur la
capacité des conducteurs Je désigne par ce nom tout conducteur,
qui, au lieu d’être absolument isolé, c’est-a-dire, éloigné de tout autre corps
déferrent, se trouve en face à une petite distance d’un de ces corps. J’avois
dès-lors poussé fort loin les expériences, et il ne me restoit plus que quelques
pas à faire pour parvenir aux résultats tout à fait nouveaux et surprenants
auxquels des recherches que j’avais été obligé d’interrompre depuis un temps
considérable, et que j’ai reprises cette année 1780, m’ont conduit sans peine.
Une expérience facile, qui offrit par hazard à un Amateur d’électicité
M. le Marquis BELLISOMI, un de ces Amateurs qui ne se contentent pas de répéter stéri-
lement les expériences ordinaires, mais qui sait en imaginer de nouvelles, faisant lui-même
en bon Mécanicien qu’il est, lorsqu’il lui en prend envie, de nouveaux instrumens, ou per-
fectionnant ceux qui sont déjà connus. Un jour, ayant posé par hasard son électrophore sur
une table couverte de peau, et l’ayant levé peu de temps après, y ayant approché le doigt, il
fut bien étonné d’en tirer encore une petite étincelle. Il répéta plusieurs fois la même expé-
rience, et toujours avec le même succès. Il eut l’honnêteté de me faire part d’un phénomène
qui le remplissoit d’étonnement, et m’en demanda l’explication. Je la lui donnai sur-le-champ,
en variant de plus sous ses yeux, et en retournant en cent manières différentes les essais et
les tentatives; en devinant à point nommé quels en seroient les résultats; en prédisant que
l’électrophore conserveroit ou ne conserveroit pas assez d’électricité après le contact, pour
donner une étincelle selon qu’il toucheroit tel ou tel plan. Quelques jours après, ayant pour-
suivi à dessein les mêmes tentatives, je découvris dès-lors presque tout ce que je vais exposer
dans cet écrit, et je le communiquai d’abord à M. le Marquis BELLISOMI, puis à quelques autres
personnes. On prend le bon moyen (je le dis avec une sorte de complaisance) de faire des progrès
rapides, lorsque, partant d’un principe bien fondé, on marche ensuite en droite ligne. J’ai
toujours eu en vue l’action des atmosphères électriques: déjà j’avois apperçu
rejetter, renouveller, appaiser,
comment il se faisoit qu’un conducteur
mais en face et près d’un autre qui ne l’est point, ait plus de capacité en raison de ce qu’il en
est plus près et de ce qu’il lui présente une plus grande surface, qu’une dose donnée d’électri-
cité y déploie une moindre
De là entr’autres choses, j’avois tiré une explication naturelle et très-simple de la vertu des
pointes; explication que je donnai de vive voix, il y a long-temps, à plusieurs Savants de mes
amis, versés singulièrement dans les matières concernant l’électricité; tels que M. DE SAUS-
SURE, l’Abbé VENINI, le Chevalier LANDRIANI et le P. BARLETTI. Dans le dessein où j’etois
de poursuivre mes recherches tendantes à approcher toujours de plus en plus l’un de l’autre
deux conducteurs, l’un électrisé et l’autre non isolé, il ne me restoit plus qu’a mettre deus sur-
faces planes en contact, puisque j’avois déjà essayé de substituer un déférent imparfait à l’un
des conducteurs. Voila, dis-je, ce qui me restoit à faire, quand M. le Marquis BELLISOMI me
prévint, sans y penser; et par-là me donna l’envie de suivre cet objet avec plus de chaleur.
me faire part, n’a pas peu contribué à me faire revenir sur cet objet.
N.° II. Je dis des
le jugement qu’en portera quiconque aura des connoissances même assez
médiocres en matière d’électricité, parce qu’ils contredisent ouvertement
quelques-uns des principes les plus généralement reçus. Cependant comme
d’ailleurs ils s’accordent admirablement avec cette partie essentielle de la
théorie électrique, qui concerne l’action des atmosphères; ces résultats, si
l’on veut se donner la peine de les approfondir, serviront à confirmer de plus
en plus les principes lumineux dont ils sont, j’ose le dire, les conséquences
nécessaires.
N.° III. L’ordre le plus naturel me prescrivoit de commencer par les
expériences, dans lesquelles je me contente d’approcher jusqu’à un certain
point les deux conducteurs l’un de l’autre, de passer ensuite à celles où je
les approche de plus près, et de finir par le contact. Cette approximation
graduelle des conducteurs nous auroit mis en quelque sorte sous les yeux
l’action des atmosphères, ses loix, sa mesure et la manière dont se produisent
les phénomènes qui en dérivent. Mais si l’ordre et la clarté demandoient que
je suivisse cette marche, d’un autre côté j’ai cru appercevoir un grand avan-
tage à présenter d’abord un petit nombre d’expériences choisies parmi une
foule d’autres. En se montrant tout-a-coup, pour ainsi dire, sans être at-
tendues, elles en seront plus propres à frapper par leur merveilleux et à piquer
la curiosité, que si elles venoient méthodiquement à la suite les unes des
autres, à la faveur d’un grand nombre de déductions. J’ai fait encore une
autre réflexion; c’est que ces expériences, en même temps qu’elles sont les
plus merveilleuses, sont aussi plus faciles à exécuter que celles qui devroient
les précéder, en suivant l’ordre des choses: on peut même en tirer quelqu’uti-
lité, relativement à beaucoup d’usages auxquels on emploie l’électricité,
Tels sont les motifs qui m’ont déterminé à
commencer par les expériences dont il s’agit, et à en faire le sujet de ce premier
Mémoire, en réservant les autres pour un ou plusieurs Mémoires qui suivront
celui-ci. Je tâcherai, en remontant aux principes, de mettre en évidence,
autant qu’il me sera possible, l’action des atmosphères électriques. Après
cela, toutes les expériences que j’aurai citées, et d’autres sans nombre ana-
logues à celle-ci, trouveront leur explication dans les mêmes principes, et
n’auront presque plus besoin d’autre éclaircissement.
N.° IV. Je commence donc par proposer l’an après l’autre, et tout sim-
plement, quelques problèmes, qu’on peut appeller avec raison des paradoxes
électriques, puisqu’ils heurtent de front les maximes reçues depuis long-temps
parmi les Physiciens électrisants: de-là je passerai à la solution de ces pro-
blèmes, en marchant au flambeau de quelques expériences principales éga-
lement simples, démonstratives et fécondes en corollaires intéressants. Pour
faire mieux comprendre les différentes expériences, et pour diriger les per-
sonnes qui voudroient les répéter, je dirai quelque chose par anticipation,
toutes les fois que l’occasion l’exigera, sur la cause des phénomènes, en
faisant usage de ce qu’on sait déjà concernant les atmosphères électriques.
Au reste, je ferai en sorte que ce Mémoire puisse aller seul, sans être lié
nécessairement avec ceux qui suivront.
N.° V.
Faire en sorte qu’un conducteur de métal, ou un
autre, quel qu’il soit, conserve très-long-temps l’électricité qu’on lui aura
communiquée, quoiqu’il ne soit point du tout, ou du moins quoiqu’il soit
très-mal isolé. Je dis plus; qu’il la conserve même avec plus de ténacité que
s’il’ étoit isolé au mieux possible.
N.° VI.
Accumuler dans un conducteur très-mal isolé,
comme je viens de le supposer, une plus grande quantité d’électricité qu’il
ne pourroit s’en accumuler dans le même conducteur isolé de la manière la
plus parfaite.
N.° VII.
Faire qu’un conducteur de métal, quoiqu’il ait
une masse peu considérable, ne perde pas toute son électricité, malgré qu’on
le touche et retouche avec un autre métal ou avec un doigt non isolés; de
manière que ces attouchements quelquefois répétés et quelquefois prolongés
pendant un temps considérable, comme par exemple de 20 ou 30 secondes,
ne l’empêchent pas de conserver une vertu suffisante, pour donner une étin-
celle passable.
N.° VIII.
Pendant que le conducteur de métal se trouve
ensemble non isolés, faire en sorte que l’électricité qu’on lui donne ne se dis-
sipe pas toute entière, mais qu’il lui en reste assez pour donner quelqu’étin-
celle.
N.° IX.
En faisant jouer une machine électrique ordinaire,
dont le premier conducteur isolé au plus mal, si cependant l’on peut dire
qu’il le soit en aucune manière, ne peut donner ni étincelles, ni aucun autre
signe d’électricité, jusques-là qu’un fil très-mobile fait à peine semblant de
se mouvoir, lorsqu’on l’en approche de très-près (C’est ce qui arrive lorsque
le conducteur touche un des murs de l’appartement, ou lorsqu’une chaîne
qu’on y attache pose sur une table, ou même sur le plancher); en faisant,
dis-je, jouer une pareille machine, en se servant d’un premier conducteur
qui communique avec le plancher, et qui est par conséquent de la plus grand
inertie, porter et accumuler dans un second conducteur aussi mal isolé qu’il
touche, une électricité assez forte pour fournir des étincelles vigoureuses.
N.° X.
Obtenir le même résultat, quand la foiblesse extrême
qu’on remarque dans le premier conducteur provient du défaut de la machine
même, qui, soit à raison de la petitesse ou de la mauvaise qualité du verre,
soit par le défaut des frottoirs, à cause de l’humidité, soit enfin par quelle
autre cause que se puisse être, défavorable à l’électricité, peut à peine donner
de foibles étincelles.
N.° XI.
Faire passer également et accumuler une forte,
une abondante électricité dans un conducteur si mal isolé, qu’à peine peut-on
dire qu’il le soit; l’y faire passer et l’y accumuler, en le touchant simplement
avec le crochet d’une bouteille de Leyde chargée si foiblement, qu’elle ne
peut jetter la plus petite étincelle par ce même crochet, et qu’elle a bien de
la peine à attirer un fil très-léger, d’une bouteille qu’on croiroit avoir
déchargée, en y appliquant trois ou quatre fois l’arc conducteur à la manière
accoutumée, ou en touchant avec le doigt long-temps et à différentes reprises.
Avec un reste de charge si chétif et tout-à-fait insensible, sans aucun autre
secours, sans avoir besoin d’une nouvelle excitation, porter dans le con-
ducteur mal isolé, une si grande quantité d’électricité, qu’il ait de quoi jetter
une très-vive étincelle, après cette première une seconde, une troisième, et
ainsi de suite jusqu’à cent et plus, et cela en le touchant simplement et en le
retouchant à chaque fois avec le crochet de cette même bouteille extrême-
ment pauvre, pour ne pas dire absolument épuisée.
N.° XII.
Rendre sensible et manifeste l’électricité de
l’atmosphère en tout temps, lors même que le ciel est serein, par le moyen
d’un conducteur, qui ne soit pas fort élevé et qui ne traverse qu’une très-
petite quantité d’air, quoiqu’on n’en puisse pas appercevoir dans le con-
ducteur même, qui n’en donne aucun signe; rendre, dis-je, une pareille élec-
un autre mal isolé.
N.° XIII.
Exciter une électricité vive et accompagnée
d’étincelles dans un conducteur de métal très-imparfaitement isolé, comme
ci-dessus, en le frottant, ou mieux en le frappant avec un autre conducteur,
qui appartient plutôt à la classe des
exemple avec un morceau de drap, de cuir, de feutre, etc.. Ces sortes de corps,
à moins qu’on ait soin de les bien sécher auparavant, et de les chauffer au
feu, ne s’électrisent presque point par le frottement, et par conséquent ne
sont guères propres à isoler les corps. Toutes les fois qu’ils touchent un con-
ducteur isolé, ou le crochet d’une bouteille chargée, l’électricité se porte
abondamment vers eux; ils en prennent une quantité proportionnée à leurs
masses, s’ils sont isolés, ou ils la dissipent en entier, s’ils communiquent avec
la terre. Ils sont donc perméables au fluide électrique; ils sont déférents,
bien qu’on les regarde comme des déférents imparfaits, par la raison qu’étant
moins perméables que les métaux, ils transmettent et déchargent l’électricité
avec une sorte de lenteur, sans étincelles, ou du moins avec de foibles étin-
celles. Or, il s’agit ici, en employant de tels corps, le drap, le cuir, etc. un peu
secs tout au plus, mais sans les avoir chauffés, c’est-à dire, dans un état
où ils sont déférents, en donnant avec un de ces corps quelques coups seu-
lement à un conducteur de métal, d’y exciter le vertu électrique, au point
d’en obtenir une étincelle passablement forte.
N.° XIV. Tels sont les problèmes, ou, si on veut les appeler ainsi, les
paradoxes électriques que je suis parvenu à résoudre et à expliquer, en les
rappellant tous à un seul principe, et en faisant dépendre d’une seule et unique
condition la réussite des expériences que je propose; et d’une infinité d’autres
analogues à celles-ci. Passons au détail de ces expériences.
PREMIÈRE PARTIE.
server beacoup mieux l’électricité qu’on lui donne, au moyen d’une cer-
taine communication, qui, si elle ne détruit pas tout isolement, le rend au
moins très-imparfait.
N.° XV. Je prends une lame plane de métal, émoussée et bien arrondie
par les bords, que j’appellerai dorénavant le
levé en l’air par trois cordons de soie, ou avec un manche de verre enduit
de cire d’espagne, en sorte qu’il se trouve bien isolé; et en cet état, je lui com-
munique une forte électricité; après quoi je l’approche d’un mur, d’un pla-
jusqu’au contact. Qu’en arrive-t-il?
Quand ces corps ne sont pas mouillés
ou pleins d’humidité, si on leur applique le disque bien à plat, en le retirant
ensuite, et en l’examinant après l’avoir retiré du contact, je trouve qu’il
me donne encore une vive étincelle.
N.° XVI. On me dira peut-être que le contact de ces corps, qui, étant
parfaitement secs, sont des cohibents plutôt que des déférents, n’a pas rompu
l’isolement de mon disque. J’accorderai une chose, c’est que les corps dont
je fais usage sont des déférents fort imparfaits; mais pourtant ni le marbre,
ni le bois, quelque sec qu’il soit naturellement (c’est-à-dire, si l’on ne l’a pas
séché au four et chauffé jusqu'à roussir), ni encore moins un mur, ne sont
des cohibents qui puissent servir à bien isoler un corps. Personne ne s’est
jamais avisé de les faire servir comme isolateurs pour les usages ordinaires
dans les expériences électriques, et sans doute on essaieroit inutilement de
les employer à cette fin. Le premier conducteur d’une machine touche-t-il
un des murs de l’appartement; la chaîne que vous y avez attachée vient-
elle à poser sur une table de marbre, quelque sec que vous le supposiez, ou
sur une table de bois qui n’ait pas été bien séchée au four; n’attendez pas
que votre conducteur retienne beaucoup d’électricité: il n’en conservera que
peu ou point du tout. Comment se fait-il donc qu’en appliquant le disque
métallique, selon son plan, à ce mur, à ce marbre, à ce bois, on ne le dépouille
point de toute son électricité? Voilà le merveilleux, voilà ce qui doit sembler
un paradoxe.
N.° XVII. Mais peut-être le contact ne dure-t-il pas long-temps; peut-
être ne se fait-il qu’en un petit nombre de points? Non, il est étendu et très-
étendu; il est d’une durée raisonnable, et même d’une assez longue durée;
peut-être aussi n’est-ce qu’un petit reste d’électricité qu’on observe dans le
disque, après l’épreuve dont nous parlons? C’est toute autre chose qu’un
reste; souvent c’est presque toute l’électricité qu’on lui a donnée, ou le plus
souvent c’en est une bonne partie. Cela paroit incroyable; cela est pourtant
vrai. Je peux montrer la vertu électrique dans mon disque, après qu’il a
été en contact avec ces corps pendant plusieurs secondes, aussi forte à peu
de chose près qu’elle l’étoit auparavant; assez passablement forte encore,
telle au moins qu’on ne peut dire qu’elle soit très-foible, après que le contact
a duré un quart d’heure, une demi-heure, et quelquefois des heures entières.
Je peux faire voir que cela a lieu, non pas lorsqu’on applique le disque au plan
de marbre, au mur ou à la table de bois par un petit nombre de ses points
seulement, mais bien par un grand nombre de points, ou plutôt dans toute
une surface fort étendue.
N.° XVIII. Arrêtons-nous ici, pour observer attentivement comme plus
le contact est étendu, et mieux la surface du disque de métal s’applique à
plus long-temps le disque conserve l’électricité, et plus la dose qu’il conserve
est considérable: au lieu que s’il ne touche le plan que par un de ses côtés,
ou bien si on ne l’applique que sur l’angle du plan, ou s’il n’y a qu’une petite
partie du plan posée sur l’autre, et que le reste déborde, toute ou presque
toute la vertu électrique se dissipe en peu de temps et même en peu de secondes;
elle passe visiblement du disque au plan touché, sous la forme d’étincelles,
foibles à la verité, mais pourtant sensibles. Ce plan, je le répète, est donc
un déférent, quoique déférent imparfait; imperfection que marquent assez
le peu de force et le foible pétillement des étincelles.
N.° XIX. Nous ne devons point passer légèrement sur de telles expé-
riences; il est à propos de les confronter les unes avec les autres, afin de mieux
sentir et de mieux apprécier ce qu’elles nous offrent d’extraordinaire et de
singulier; j’ai presque dit, d’incroyable. Si le plan de marbre, le plan de bois
et le mur sont assez déférents pous s’emparer de l’électricité du disque de
métal qui ne touche quelqu’un de ces plans que dans un petit nombre de
points, comment ne sont-ils plus en état de l’en dépouiller, lorsque le disque
multiplie les points de contact, lorsque le disque leur est appliqué de la manière
la plus ample et la plus étendue? Est-il plus isolé alors? n’est-il pas au con-
traire plus que jamais éloigné de l’être, tandis qu’il pose et qu’il est appliqué
immediatement par sa plus grande surface à un corps qui n’est pas un déférent
parfait, il est vrai, mais qui est pourtant plus déférent que cohibent (XVI.
XVIII.)? Comment peut-il donc conserver sa vertu au point de me donner
une forte étincelle au doigt, toutes les fois qu’en le retirant de cet ample
contact, je viendrai à l’éprouver? C’est ce qui arrive néanmoins; tellement
que la proposition suivante a beau avoir l’air d’un paradoxe, elle est trop
bien établie sur des faits pour qu’on puisse la révoquer en doute. Dans un
grand nombre de cas, comme dans celui qui nous occupe actuellement, un
conducteur est d’autant plus propre à conserver l’électricité, que l’isolement
devient moins parfait, ou, ce qui revient au même, à mesure qu’on approche
de plus près ce conducteur d’un corps, qui, s’il n’est pas un déferrent parfait,
du moins appartient beaucoup plus à la classe des déférents qu’à celle des
cohibents, et qu’on rend cette communication plus ample et plus étendue;
en sorte qu’il n’est jamais plus disposé à conserver long-temps l’électricité
que dans les cas où il communique avec ce corps de la manière la plus
étendue, et du plus près qu’il est possible.
N.° XX. En un mot, et pour reprendre les expériences qui se font avec
le disque, il est constant qu’un isolement parfait est moins favorable à la
conservation et à la durée de la vertu électrique, qu’une certaine espèce d’iso-
lement très imparfait, si pourtant on peut lui donner le nom d’isolement.
Si vous soutenez le disque en l’air par ses cordons de soie, ou par un manche
minutes, toute l’électricité que vous lui aviez donnée; au contraire, si vous
le posez sur un des plans dont nous avons parlé, auxquels on ne peut refuser
le nom de déférents (XVI. XVII.), quoiqu’ils le soient très-imparfaitement
(une table d’albâtre ou d’un marbre de Carrare, lisse et bien poli, fort vieux,
et qu’on a tenu toujours à l’abri de la grande humidité, se trouve dans ce
cas plutôt que tout autre corps), il ne s’en dépouillera peut-être point dans
l’espace d’une heure. Posé sur un gros pain de soufre ou de résine récemment
fondus l’un et l’autre et bien nets, qui soient par conséquent absolument
isolants, le disque perdra encore sa vertu électrique, plutôt que lorsqu’on
le met sur la table dont nous venons de parler. Enfin, si vous le placez sur
un carreau de ce même marbre de Carrare, si propre à conserver l’électricité,
sur un plateau de bois pareillement bien conditionné, mais qui soient sou-
tenus par un corps absolument isolant, tel que seroit une petite colonne d’un
verre bien sec, l’électricité du disque dans cette situation durera bien moins
que si vous laissiez le marbre ou le bois qui le soutiennent communiquer
avec d’autres déférents. Il est donc vrai que le plan sur lequel on applique
le disque de métal, ne doit pas être absolument cohibent par sa nature; et
que, lorsqu’il est tel qu’il doit être précisément, déférent imparfait, ou tenant
le mileu entre déférent et cohibent, loin de le tenir isolé par des cohibents
parfaits, il faut au contraire lui laisser une libre communication avec la terre,
si on veut qu’il conserve plus long-temps son électricité.
N.° XXI. Pendant qu’il est ainsi en ample contact avec un plan qui
n’est ni cohibent par lui-même, ni isolé, notre disque acquiert une si grande
ténacité pour conserver sa vertu électrique, qu’il ne s’en laisse pas entiè-
rement dépouiller par une personne non isolée, qui le touche à differentes
reprises avec le doigt, ou qui lui donne plusieurs coups avec un métal quel-
conque. Il est vrai qu’il perd alors une bonne partie de son électricité, et que
si l’on insiste trop à le toucher avec le doigt, ou à le frapper avec le métal,
on vient à bout enfin de la lui faire perdre entièrement. Je suis pourtant par-
venu, en me servant d’un disque bien uni de 2 pieds de diamètre, qui posoit
sur une table de marbre blanc, et même avec d’autres moins grands de 6
à 8 pouces au plus, que j’emploie plus ordinairement pour faire ces expé-
riences, ayant soin qu’ils posent pareillement sur des plans de marbre ou
de bois très-secs, ou quelqu’autre plan bien conditionné; je suis parvenu,
dis-je, à pouvoir tenir tantôt le doigt, tantôt une verge de métal, appliqués
au disque pendant l’espace de 30 secondes et plus, sans lui ôter toute son
électricité, dont il lui restoit même assez pour donner une étincelle passable,
quand on venoit à le soulever de dessus le plan. Je suis parvenu à le frapper
avec une clef de fer, à la marteler et a lui donner bien cinquante ou soixante
coups, sans que cela l’empêchât de jetter encore une petite étincelle, quand
je le levois.
N.° XXII. Voila une chose qui doit paroitre étrange et bien surprenante
à quiconque a la plus légère connoissance et le moindre usage des expériences
électriques. Ici il n’y a plus l’ombre d’isolement; il y a contact avec des
déférents imparfaits, avec des déférents parfaits; un contact de longue
durée, étendu et très-étendu avec les premiers; moins durable et moins
étendu avec les seconds, il est vrai, assez poutant et beaucoup plus qu’il
ne le faut pour dépouiller un conducteur de toute son électricité, eût-il 100
ou 1000 pieds de long. Comment se peut-il donc que notre petit disque, après
avoir été touché tant de fois et si long-temps, conserve encore un reste d’élec-
tricité, qu’il en conserve même une dose qui n’est pas petite? On sera natu-
rellement porté à chercher s’il n’y a pas quelque espèce d’isolement dans la
personne même qui touche le disque, si la sécheresse du plancher ne forme
pas quelque obstacle à la dissipation de l’électricité. Mais on n’aura plus de
scrupule, il ne restera pas l’ombre de difficulté, quand je ferai voir que le
disque conserve une assez grande quantité d’électricité, quoique la personne
ou la verge de métal qui le touche à différentes reprises, communique non-
seulement avec le plancher de la salle, mais encore avec un fil de fer qui se
rend dans un puits où il y a beaucoup d’eau.
N.° XXIII. Il y a une autre difficulté que je dois prévenir; elle est spé-
cieuse, et si je la laissois sans éclaircissement, elle seroit capable de séduire.
Le plan, me dira-t-on, sur lequel vous posez le disque, étant un déférent
imparfait, il doit partager la nature et les propriétés des cohibents; il pourra
donc faire en quelque sorte l’office de l’électrophore. Où est la merveille alors
que le disque de métal posé sur ce plan, et touché avec le doigt dans cette
position, lance une étincelle dès qu’on vient à le lever? n’est-ce pas là pré-
cisément la fonction et le jeu du disque d’un électrophore quelconque? Mais
prenez-y bien garde; il y a une grande différence, que je vous prie de bien
observer. L'électrophore n’est jamais en action; jamais il ne produit les effets
qui lui sont propres, si on ne l’anime auparavant en imprimant l’électricité
à sa face isolante. Cette électricité ne passe outre et ne se dissipe qu’après
bien du temps; mais elle reste adhérente et comme collée à la surface cohi-
bente. Tant que cet étant dure, le disque qui pose sur cette surface, fait effort
pour se décharger d’autant de son propre feu, et il s’en décharge réellement
s’il peut le faire, par exemple, si on le touche avec le doigt (je suppose que
l’électricité qui continue d’être collée à la face isolante est en
est au contraire en
à lui le feu étranger). Enfin, le disque acquiert toujours une électricité con-
traire à celle qui réside dans la face isolante, électricité contraire, qu’il ne
manifeste que lorsqu’on vient à le séparer de cette face électrisée et à le lever.
Ce jeu, qui se répète autant de fois que vous le voulez, est constamment le
même: toujours l’électricité tenacement adhérente à la surface isolante, le
sionnent la forte électricité contraire que ce dernier manifeste dans la sépa-
ration. Quand l’une ou l’autre de ces circonstances vient à manquer, l’effet
cesse également d’avoir lieu, c’est-a-dire, soit que l’électricité qu’on a im-
primée à la face isolante vienne à se dissiper entièrement, soit que n’étant
pas entièrement dissipée, on omette de toucher avec le doigt ou quelqu’autre
équivalent le disque appliqué, et de lui faire prendre par là une électricité
contraire.
N.° XXIV. Il en est tout autrement de notre disque de métal (qui est
pourtant fort ressemblant au disque de l’électrophore), électrisé séparément,
et couché ensuite sur un plan de marbre ou autre plan semblable. En premier
lieu, si on l’applique au plan parallèlement et bien à plat, quelque forte élect-
tricité qu’on lui ait donnée, il n’arrive jamais qu’il reste le moins du monde
imprime à la surface du marbre: celle ci ou n’en prend point du tout, ou si
elle en prend quelque peu, cette électricité ne s’arrête pas à la surface, mais
se répand dans la substance même du marbre qu’elle pénètre, et va se perdre.
En second lieu, l’électricité qui se retrouve constamment dans notre disque,
lorsqu’après avoir été posé et touché on le lève ensuite, n’est pas contraire
à celle qui a été imprimée d’abord, comme cela arrive toujours dans l’electro-
phore (XXIII.): mais elle est de la même espèce; c’est évidemment un restant
de l’électricité qu’on avoit donnée au disque de ce métal, avant de le poser
et de le toucher. Dès qu’une fois vous avez épuisé ce résidu, en soutirant une
étincelle, vous avez beau remettre le disque sur le plan de marbre, le toucher
et le lever, il ne vous donnera plus le moindre signe d’électricité; troisième
différence essentielle entre les effets de l’électrophore et ceux dont il s’agit,
et preuve manifeste qu’il n’y a aucune électricité inhérente à la surface du
marbre.
N.° XXV. Je conviens qu’il peut arriver quelquefois qu’il s’attache un
peu d’électricité à la surface d’un carreau de marbre ou à celle d’une table
de bois, et qu’on obtienne par-là tous les effets d’un véritable électrophore:
mais il faut pour cela que le bois soit extrêmement sec (non pas qu’il soit
absolument nécessaire de le chauffer jusqu’à roussir, puisqu’il suffit qu’on
le fasse bien sécher au soleil); il faut également que le marbre soit parfai-
tement sec, s’il ne faut pas même qu’il ait été chauffé au feu ou au soleil.
Ensuite, quelque bien disposés que soient ces plans de marbre, de bois, pour
imprimer l’électricité à leur surface, il faut ou employer un frottement con-
sidérable, ou porter successivement sur une bonne partie de leur surface,
ou le bout d’un conducteur isolé, ou le bouton d’une bouteille de Leyde chargée.
Mais si on se contente de poser à plat le disque de métal sur la surface du
marbre ou du bois, après l’avoir électrisé, même avec la plus grande force,
il ne leur imprimera pas la moindre électricité.
N.° XXVI. En s’y prenant de cette manière, on ne parviendroit pas
même à électriser la face d’un excellent électrophore. Pour l’animer ou pour
lui imprimer l’électricité, il faut porter le disque de métal électrisé sur la
face isolante, non pas selon son plan, mais à l’angle ou de côté, et le faire
mouvoir en effleurant la dite surface, et en parcourant un grand nombre de
ses points. On y parvient encore plus sûrement en électrisant le disque, tandis
qu’il pose sur son plateau: toutefois il faut que l’électricité soit d’une force
convenable pour produire l’effet qu’on désire. Si elle est foible, si on touche
le disque, par exemple, avec le crochet d’une bouteille foiblement chargée,
il retient tout ce qu’on lui donne, soit qu’il pose sur la face isolante d’un élec-
trophore, soit qu’on le mette sur la surface demi-isolante d’une table de marbre,
qui en fait l’office en quelque sorte. Ce n’est que dans le cas où la bouteille
est fortement chargée, qu’elle parvient à imprimer une partie de son électri-
cité au plan qui soutient le disque, et alors ce qu’il en reçoit s’attache à sa
surface en tout ou en partie: en tout, si c’est un plan absolument cohibent;
en partie, s’il tient le milieu entre le cohibent et le déférent; le reste de l’élec-
tricité, dans ce dernier cas, pénètre et se répand dans l’intérieur même du
plan. Or, c’est-là précisément le cas où se trouvent le bois bien sec, le marbre,
quand il est aussi extrêmement sec, sur-tout si on l’a chauffé, et tout autre
corps de même nature, c’est-à-dire, tout corps qui tient un milieu entre les
déférents et les cohibents; et quand cela arrive, il est certain que les effets
de l’électrophore se confondent avec ceux qui font l’objet de ce Mémoire.
N.° XXVII. Il ne peut donc y avoir ni doute, ni équivoque, par rapport
aux expériences que j’ai rapportees ci-dessus (XXI. et suiv.), et à beaucoup
d’autres que j’exposerai dans la suite; ni relativement à celles où on procède
de la manière et avec les précautions prescrites (XXV. et XXVI.); ni enfin
relativement à celles où le plan sur lequel on pose le disque de métal est trop
perméable au fluide électrique, et par-là même incapable de retenir l’électri-
cité attachée à sa surface; et tels sont le marbre dans son état ordinaire,
quand il n’a été ni séché, ni chauffé; le bois, lorsqu’il n’est pas fort sec, un
mur, et quantité d’autres corps, auxquels cependant si vous appliquez le
disque de métal électrisé, et si, dans cette position, vous le touchez plusieurs
fois avec le doigt, avec une clef, etc.; il vous donnera encore une petite étin-
celle au moment où vous l’en retirez (XXI.).
N.° XXVIII.
vasi invece in Cart. Volt. I 19.
sur tel plan déférent que ce soit avec un égal succès, sans qu’on puisse lui faire
perdre son électricité qu’au bout d’un temps considerable, même en le tou-
chant à différentes reprises avec le doigt, avec un métal, etc.? Ce n’est pas
on ne peut point aller. Il est donc essentiel de remarquer qu’il n’est pas néces-
saire que le plan partage la nature des cohibents, jusqu’à retenir attachée
à la surface une portion d’électricité; que d’autres déférents moins imparfaits,
tel qu’il ne seroit pas possible de fixer dans une de leurs parties, prise déter-
minément, la moindre électricité, ni d’empêcher qu’elle ne se répande éga-
lement dans toute leur substance en très-peu de temps, sont capables néan-
moins de retenir la vertu électrique dans le disque de métal qu’ils soutiennent,
et à se l’attacher pour ainsi dire assez pour que, en le touchant avec le doigt
ou autre corps semblable, on ne le dépouille pas entièrement. Mais il faut pour-
tant convenir que ces sortes de corps sont moins propres à conserver long-
temps l’électricité, à proportion qu’ils sont de meilleurs déférents, tellement que
les conducteurs parfaits ou presque parfaits ne sont plus bons à rien. C’est ainsi
que des surfaces métalliques nues, des étoffes humides, des bois encore verts
« verd ».
de telles surfaces, je ne parle pas de l’eau, appliquées tant bien que vous
voudrez à notre disque de métal, ne sont pas propres à y retenir l’électricité,
au moins pendant un temps notable; le marbre même, que nous avons trouvé
excellent lorsqu'il est bien sec et bien net à sa surface, ne vaut plus rien
s’il est mouillé, ou seulement terni. Quand je mets le disque électrisé en contact
avec un autre plateau de métal, j’ai beau le retirer avec la plus grande célérité,
j’observe qu’à peine a-t-il retenu assez d’électricité pour attirer un fil léger.
Si je ne le fais toucher au plateau que de côté, ou bien s’il le touche d’une
manière quelconque, mais dans un petit nombre de points seulement, quel-
qu’habile que je sois à le retirer, il ne m’est plus possible d’y appercevoir
le plus petit reste d’électricité. Approché de l’électromètre le plus sensible,
il ne lui imprime pas le moindre mouvement.
N.° XXIX. Ainsi, jusques dans le cas où l’on applique l’un sur l’autre
deux conducteurs parfaits, c’est-a-dire, métal sur métal, on y retrouve le
phénomène qui a excité notre admiration (XIX. XX.) dans les expériences
avec des déférents imparfaits; nous y voyons l’électricité se dissiper plus
lentement, quand c’est toute une grande surface qui touche, que si le contact
ne se faisoit que dans un petit nombre de points.
N.° XXX. Mais que le contact de notre disque avec un autre métal lui
fasse perdre son électricité en très-peu de temps (XXVIII.), et beaucoup plus
prestement lorsque le contact ne se fait que dans un petit nombre de points
(XXVIII. XXIX.), soit: néanmoins il ne parviendra pas à l’épuiser entiè-
rement tout-d’un-coup, pas même dans l’espace de plusieurs secondes, si à ce
contact du disque avec un petit nombre de points métalliques, il s’en joint
N’avons-nous pas vu
en effet (XXI.) qu’en touchant le disque, même à plusieurs reprises, avec le
doigt, avec une clef, etc., pourvu qu’il pose dans le même temps sur un plan
de marbre, de bois sec ou autre semblable, on ne le dépouille pas si promptement
de son électricité qu’il ne donne encore une petite étincelle la première fois
qu’on le lève? La même chose arrive, si un ou plusieurs petits morceaux
de métal, une ou plusieurs pointes se trouvent au niveau de la surface d’un
des plans dont nous parlons, quand même ces morceaux de métal, ces pointes
déborderoient tant soit peu. Le disque de métal pose sur ce plan, conserve
quelque peu d’électricité, grâces au plan qu’il touche, ou peu s’en faut;
tellement que si on ne le laisse que peu de temps en contact avec les pointes
de métal, et qu’on le soulève promptement, il pourra encore donner quelque
petite étincelle: au lieu que si ces pointes débordoient beaucoup au-dessus
du plan, si elles se trouvoient seules en contact avec le disque loin du plan,
l’électricité disparoîtroit entièrement.
N.° XXXI. Ce que nous avons observé dans les trois numéros précedents,
au sujet du contact du disque de métal avec d’autres metaux, a lieu a-peu-près
egalement dans le contact de ce même disque avec d’autres conducteurs
passablement bons, tels que sont les charbons, l’eau, les parties pleines de
sucs des animaux et des végétaux, et de tout autre corps mouillé au dehors,
ou très-humide intérieurement. Mais laissons à part de pareils corps, qui
étant d’assez bons conducteurs, enlèvent une partie considérable de l’élec-
tricité, s’ils ne la détruisent pas entièrement, et retournons aux déférents
moins parfaits, qui n’empêchent pas que l’électricité ne dure, ne se con-
serve fort long-temps et presque dans toute sa force, dans le disque qu’ils
soutiennent (XV. XVII.), pourvu toutefois qu’ils touchent par des surfaces
larges et planes, et non pas par les angles ou dans un petit nombre de points
seulement (XVIII.), qui conservent même si longtemps l’électricité dans le
disque, avec lequel ils sont supposés avoir une ample communication, qu’un
parfait isolement dans l’air le plus pur et le plus sec, produiroit peut-être
un moindre effet (XX.); et ce qu’il y a de plus merveilleux encore, qui le re-
tiennent si opiniâtrément, qu’on peut toucher plus d’une fois le disque, et
même assez long-temps chaque fois, sans le dépouiller eu entier (XXI.).
N.° XXXII. Quels sont donc, parmi ces déférents imparfaits, les plus
propres pour cet effet? Précisément les plus imparfaits, comme nous l’avons
déja fait remarquer (XXVIII.); ceux qui approchent de la nature des cohi-
bents, sans être tels à la rigueur.
N.° XXXIII. Un
qui ne permettant à l’électricité ni de pénétrer à travers sa propre substance,
ni de glisser le long de sa surface, la contraint de s’arrêter et de s’attacher
aux points sur lesquels on l’imprime immediatement. Tels sont beaucoup de
passer l’électricité plus ou moins facilement), le soufre, les résines, les poils,
les soies, les bois chauffés jusqu'à roussir; tous corps dont on peut faire et
dont on fait de très-bons isolateurs pour les machines électriques ordinaires.
Ce sont tous de véritables
ou simplement
de s’électriser par le frottement. On donne le nom de
corps qui diffèrent des premiers, en ce que l’électricité, au lieu de se concentrer
dans ceux de leurs points qui la reçoivent immediatement, pénètre et se
distribue egalement dans toutes leurs parties: on les appelle autrement
électrique
électrisables par le frottement, mais seulement par communication. Ceux-ci
pourtant se partagent en deux espèces: les uns offrent le passage le plus libre
au fluide électrique, en sorte qu’il se répand en une manière égale et uniforme
dans toutes leurs parties, avec la plus grande liberté et presque en un instant;
on les nomme
opposent au fluide électrique une résistance notable, qui en retarde sensi-
blement la diffusion; ils portent le nom de
imparfaits
plus lentement pénétrer par le fluide électrique. Parmi les déférents parfaits,
viennent d’abord les métaux, qui l’emportent sur tous les autres; ensuite
les charbons bien cuits; après ceux-ci, l’eau qui commence déja à faire éprouver
au fluide électrique une résistance sensible, et très-sensible lorsqu’il passe en
grande quantité à travers un petit filet d’eau; après l’eau, les animaux, soit
vivants, soit morts, pourvu qu’ils ne soient pas desséchés; enfin, les plantes
vertes, et généralement tous les corps, quand ils sont abreuvés copieusement
d’humidité. Pour ce qui est des déférents imparfaits, il est à remarquer qu’il
y en a certains qui résistent au point qu’une partie de l’électricité s’accroche,
pour ainsi dire, et demeure attachée à l’endroit où on l’imprime, tandis que
le reste se répand également et promptement dans toutes leurs parties. Ce
sont alors des déferents d’une telle imperfection, qu’ils tiennent de la nature
des cohibents, et par conséquent de celle des idio-électriques; en sorte que,
si on les frotte bien fort, sur-tout après les avoir chauffés un peu, ils s’élec-
trisent toujours plus ou moinsIl y a certains corps qui sont de très-mauvais déférents, et qu’on a beau néanmoins
frotter avec toutes les précautions possibles, on ne parvient pas à y exciter suffisamment la
vertu électrique, pour qu’ils puissent attirer par eux-mêmes le fil le plus léger. On seroit en
conséquence porté à croire qu’ils ne s’électrisent point du tout, et qu’ainsi ils n’ont rien de
commun avec les corps idio-électriques. Mais prenez un de ces corps qui ait une surface plane
et suffisamment étendue, et frottez-la; appliquez à cette surface, qui vous paroit d’une par-
faite inertie, une lame de métal également plane, telle qu’est un disque d’électrophore, et servez
vous précisement du même procédé qu’on emploie avec l’électrophore. Après l’avoir touché
avec le doigt ou avec quelqu’autre corps, levez cette lame, ce disque isolé; il vous
donnera des signes d’électricité, que le corps que vous avez frotté refuse de vous donner
lui-même. Vous trouvez ici dans la réalité tout le jeu et l’action de l’électrophore, dont
le disque, touché avec le doigt, prend une électricité contraire à celle qui est attachée à la
face isolante; électricité contraire, que le disque déploie aussi-tôt qu’on le lève, avec un
degré d’intensité bien supérieur à celui qui paroît dans la face isolante, comme il est aisé de
le voir par la vivacité de l’étincelle qu’il lance, et par les vibrations qu’il imprime à l’électro-
mètre, bien plus fortes que celles que la face isolante pourroit imprimer elle-même. Il ne faut
donc plus s’étonner qu’un semblable jeu puisse rendre sensible l’électricité que le frottement
imprime à certain corps trop foibles pour être apperçue immediatement. Voilà un expédient
heureux, au moyen duquel on découvrira dans bien des corps une vertu électrique originaire,
dont nous les eussions cru privés au moins dans certaines circonstances; par exemple, dans
les marbres, dans les os, dans les bois qui ne sont pas extrêmement secs. C’est encore un moyen,
lorsque l’électricité n’est pas tout-à-fait imperceptible, et qu’elle se fait sentir sur les surfaces
frottées, d’en accroître les signes, et de les rendre merveilleusement sensibles; ce qui est d’un
très-grand avantage, singulièrement pour connoître de quelle espèce est l’électricité. Ajoutons
qu’on peut souvent s’épargner la gêne de frotter d’abord, avec un corps quelconque, celui
dans lequel l’électricité ne peut s’exciter que foiblement, et de lui appliquer ensuite la lame
ou le disque, en le frottant immediatement avec le disque même. Si ce moyen ne réussit pas
bien, quand ou frotte dur contre dur, il nous offre un avantage d’autant plus grand, lorsqu’un
des deux corps est suffisamment flexible. Si tel est le corps même dont on veut éprouver la
vertu électrique originaire; si c’est, par exemple, du cuir, du papier, du drap, etc., il n’en faut
pas d’avantage; si c’est un corps dur, comme du marbre, du bois, un os, en pareil cas, on pourra
revêtir la face du disque qui sert à frotter, d’un morceau de drap ou de peau, avec une petite
lame de plomb pardessus, ou bien une feuille de papier doré, la dorure étant en dehors. Le
disque ainsi préparé sera admirablement bon pour frotter; il pourra aussi servir comme disque
d’électrophore, et à beaucoup d’autres usages. L’expédient dont nous avons parlé jusqu’ici,
si commode pour obtenir les signes d’électricité les plus manifestes, de certains corps qui
paroissent par eus-mêmes d’une inertie absolue, ou presque absolue, après qu’on les a frottés,
en les soumettant à l’épreuve de l’électrophore, n’a pas échappé à M. CAVALLO. Voici ce qu’il
en dit dans les Transactions Anglicanes, et ce qu’il répéte dans le dernier Chapitre de son Traité
complet sue l’électricité. «Ayant observé qu’on peut tirer une forte étincelle de la lame de
métal de la machine de M. de VOLTA, quand le carreau électrique tout seul refuse absolument
de donner la plus petite étincelle, j’imaginai naturellement de faire usage de cette lame pour
découvrir l’électricité dans les corps qui n’en ont qu’une très-foible, qu’il seroit autrement
impossible d’appercevoir, et dont on ne pourroit pas sûrement distinguer la nature, à cause
de son extrême foiblesse. En conséquence, je façonnai plusieurs carreaux de différentes gran-
deurs, à commencer par un, que je fis de ce métal commun dont on se sert pour les boutons,
et que je posai surJ’obtins par son moyen une électri-
cité très-sensible des poils de mes jambes et de toute autre partie de mon corps après les avoir
frottés, de mes cheveux et de ceux de toute autre personne presque sans exception. En m’y
prenant de cette manière, le dos d’un chat, une peau de lièvre ou de lapin, un morceau de fla-
nelle ou de papier me donnent de si fortes étincelles, que je peux avec chacune de ces substances
charger immédiatement une bouteille armée, et assez vigoureusement pour faire un trou dans
une carte à jouer avec sa décharge ».Tels sont certains marbres et d’autres
le papier, le drap, la toile, toujours dans la supposition que ces corps soient
bien secs. J’entends des bois, des os, du cuir, du papier, du drap, etc., secs
autant qu’ils peuvent l’être naturellement ou par vieillesse, ou pour avoir
été long-temps dans un endroit bien sec, ou pour avoir été chauffés doucement
au soleil ou au feu; car nous savons d’ailleurs que si on les fait chauffer jusqu'à
ce qu’ils commencent à roussir, si on les sèche au four au point d’exhaler
une fumée abondante, ils deviennent par-là même vrais et parfaits cohibents,
tout-à-fait impénétrables au fluide électrique, conséquemment très-propres à
isoler de la manière la plus parfaite; des
le cèdent ni au verre, ni aux résinesOn peut consulter là-dessus une de mes Dissertations imprimée en 1771,
eteroelectricis quae fiunt idioelectrica, Experimenta atque Observationes
d’une machine électrique entr’autres que j’ai construite à disque de carton, qui me donnoit
de belles et fortes étincelles, qui me chargeoient assez fortement une bouteille de Leyde, etc.
N.° XXXIV. La digression que je viens de faire, n’offre rien de nouveau,
il est vrai; elle ne contient que des choses qu’on savoit déjà. On ne doit pourtant
pas la regarder comme superflue, puisqu’elle présente les choses sous un point
de vue très-propre à fixer les justes limites des expériences avec leurs véri-
tables résultats, et que d’après cela on est bien plus en état de déterminer
quels sont et comment on doit concevoir les déférents imparfaits, que nous
avons vu (XXVIII.) être les seuls qu’on puisse employer avec succès dans
les expériences dont il s’agit. Je l’ai déjà dit (XXVIII. XXXII.), et je le répète
maintenant, qu’il est bien plus aisé de le concevoir; les corps qui tiennent
le juste milieu entre les déférents et les cohibents, tels que nous les avons
décrits plus haut (XXXIII. vers la fin), qui sont à la vérité perméables au
fluide électrique, mais qui opposent une assez grande résistance à son pas-
sage, qui s'électrisent même quelque peu par le frottement; ces corps sont
les plus favorables de tous à la durée de l’électricité dans le disque de métal
posé sur ces corps, selon son plan, et ils le rendent si tenace, qu’il ne se laisse
pas entièrement dépouiller, lors même qu’on le touche avec un doigt ou un
métal à différentes reprises.
N.° XXXV. S’il est vrai que les déférents parfaits ne valent rien, et que
les déférents imparfaits sont d’autant plus favorables à la durée de l’électri-
cité dans le disque qu’ils soutiennent, qu’ils sont plus imparfaits et plus près
d’être cohibents (XXVIII. XXXII. XXXIII.); il paroîtroit donc que les
cohibents parfaits devroient être les plus convenables de tous à cette fin.
Cela n’est pourtant point.
Il faut prendre (précisément comme on l’a dit)
entre les deux extrêmes. En effet, nous avons vu (XX.) qu’en plaçant le disque
sur un gros pain de résine bien pure, ou sur un autre isolant parfait, il con-
serve moins long-temps son électricité, que lorsqu’il pose sur un plan de beau
marbre sec, ou sur un autre demi-cohibent.
N.° XXXVI. La différence n’est pourtant pas fort grande, à s’en tenir
à cette épreuve; je dirai même, pour ne rien dissimuler, que l’avantage est
du côté du cohibent parfait, toutes les fois que l’autre plan se trouve être
un déférent imparfait, mais non pas au plus haut degré d’imperfection. J’ajou-
terai encore qu’il y a peu de marbres qui soient tels, et que, si vous en ex-
ceptez le beau marbre blanc de Carrare et quelques albâtres, je n’en ai trouvé
aucun jusqu’à présent qui ait conservé plus long-temps l’électricité dans le
disque posé dessus, qu’un plan parfaitement cohibent. J’y suis parvenu avec
des tables de bois chauffées fortement, quand elles n’étoient presque plus
déférentes, quand elles étoient pour ainsi dire cohibentes, électrisables tant
soit peu par le frottement. Néanmoins, quoique l’électricité se maintienne
plus long-temps indubitablement dans le disque, lorsqu’il est en repos sur
un plan d’albâtre ou de bois desséché, que si on le met sur un plan qui soit
un véritable et parfait cohibent, la différence, comme je l’ai dit, n’est pas fort
grande jusques-là: elle est très-grande, elle est frappante, elle est décisive à
l’avantage du plan qui n’est pas un cohibent parfait, quand on vient à le
toucher avec le doigt, une clef de fer, etc.. On peut le toucher durant plusieurs
secondes, sans qu’il perde entièrement son électricité (XXI.), lorsque le plan
sur lequel il repose tient le milieu entre le déférent et le cohibent, ou bien
même qu’il est plus déférent que cohibent, comme les marbres ordinaires,
le bois séché simplement à la longue, un mur sec, de quelque manière que ce
soit (XVI. XVIII. XXXIII.); au lieu que si ce même disque est posé sur
un cohibent parfait, telle qu’une couche épaisse de résine pure sur un carreau
de verre net, épais et bien sec, sur un disque de bois bien desséché, et devenu
conséquemment un cohibent parfait, en un mot, s’il se trouve parfaitement
isolé; en ce cas, loin de tenir contre des attouchements multiplies, il suffit
de le toucher une seule fois avec le doigt pour lui enlever toute son électricité.
N.° XXXVII. Le disque se désélectrise également dès la première fois
qu’on le touche, bien que placé sur un carreau du meilleur marbre ou sur
un plateau de bois très-sec, position cependant dans laquelle il la conserve
si bien pour l’ordinaire; il perd, dis-je, son électricité, lorsque ce plateau, ce
carreau, postent sur une colonne isolante, ou qu’on les tient suspendus avec
des cordons de soie, ou qu’on les empêche d’une autre manière quelconque
de communiquer avec la terre. N’ai-je donc pas droit de dire que l’isolement
parfait est beaucoup moins favorable qu’un autre isolement très-imparfait
à la conservation de l’électricité dans notre disque? Si quelqu’un pouvoit
convaincre, je lui ferois voir qu’en faisant cesser l’isolement du plateau ou
du carreau de marbre, au moyen d’un conducteur qui établisse une commu-
nication entr’eux et le plancher, le disque de métal reprend cette ténacité
merveilleuse qui le met en état de souffrir qu’on le touche plusieurs fois avec
le doigt, sans beaucoup de préjudice pour son électricité.
N.° XXXVIII. Ainsi, d’un côté les déférents imparfaits ou demi-cohibents,
qui, par leur nature, et plus que tous les autres corps, ont la vertu de disposer
le disque de métal qu’ils soutiennent à retenir l'électricité dans son sein, en
dépit d’attouchements redoublés; ces déférents, dis-je, ne valent plus rien,
lorsque leur communication avec la terre vient à être rompue; lorsque, à
une petite distance de la surface qui touche le disque, il se trouve des cohibents
qui forment un veritable et parfait isolement. (XX. XXXV. XXXVI.
XXXVII.). Mais d’un autre côté aussi, ces mêmes cohibents, incapables
par leur nature de donner une pareille ténacité, deviendront propres à pro-
duire cet effet dans le cas où, tout près de leur surface extérieure, il se trou-
vera une communication avec la terre; c’est-à-dire, dans le cas où le vrai
cohibent ne formant qu’une couche un peu épaisse, il y aura sous cette couche
un corps quelconque de la classe des déférents.
N.° XXXIX. Il n’y a donc qu’un seul cas où l’électricité de notre disque
n’est point à épreuve des attouchements avec le doigt, etc.: c’est celui où il
a sa surface fort éloignée de toute autre large surface, qui soit déférente
et en communication avec la terre, ce qui peut arriver de deux manières;
ou bien parce qu’on le tient isolé dans l’air à une certaine hauteur, ou parce
qu’on le place sur un couche cohibente fort épaisse. Mais quand le disque
touche selon son plan et par une large surface un déférent imparfait, ou qu’il
en est fort près sans le toucher, n’en étant séparé que par une couche d’air,
ou même par une couche cohibente peu épaisse, il acquiert alors cette prodi-
gieuse ténacité dont nous parlons, cette disposition à ne point se dessaisir
de son électricité, quoiqu’on le touche à différentes reprises.
N.° XL. J’ai toujours supposé que le disque de métal étoit couché selon
son plan, même dans le cas où il est séparé du déférent imparfait par une
couche cohibente peu épaisse, circonstance essentielle; car s’il touche cette
même couche par un angle fort ouvert ou dans un petit nombre de points
de quelque manière que ce soit, une bonne partie de l’électricité du disque
s’y déchargera, en s’attachant à ces mêmes points, ou en traversant toute
la couche, si elle est bien mince.
N.° XLI. Au lieu donc d’une table d’albâtre ou de bois extrêmement
sec, nous pouvons employer pour nos expériences une lame de métal enduite
de soufre, de cire d’Espagne ou d’autre matière résineuse; en un mot, un
plateau d’électrophore, et ce dernier conviendra admirablement. En posant
l’électrophore qu’on aura électrisé à part, il ne lui imprimera point d’électri-
cité, puisqu’après l’avoir levé, on trouve cette couche résineuse dans la même
espèce d'inertie absolue qu’auparavant. Il n’en imprimera point, dis-je, mais
à une condition qui est absolument indispensable (XXV. XXVI.); c’est que
vous posiez bien exactement le disque selon son plan. Pour lui il la conser-
vera si bien, qu’après des heures entières, quelquefois au bout d’un jour
entier, il pourra vous donner une petite étincelle au moment où vous le leverez;
bien entendu que pendant tout ce temps de repos, on ne l’aura point touché
du tout: lors même qu’on l’aura touché plusieurs fois avec le doigt ou au-
trement durant l’espace de quelques secondes, il aura encore la force de retenir
quelques restes d’électricité.
N.° XLII. Il y a ici une remarque bien importante à faire; c’est que
l’électricité se maintient plus long-temps dans le disque de métal, lorsqu’il
pose sur une mince couche isolante, que lorsqu’on le place sur le plan de marbre
nu
« nud » [
attouchements extérieurs dans le premier cas que dans le second. Le même
disque de métal, qui, placé sur une couche de résine peu épaisse, conserve
pendant tout un jour un reste d’électricité, n’en conservera peut-être autant
que l’espace de deux ou trois heures, couché sur une table de beau marbre
blanc de Carrare, qui est pourtant de tous les déférents imparfaits le plus
favorable à la conservation de l’électricité dans le disque. Mais en revanche,
il en gardera assez dans ce dernier cas pour étinceler encore, après avoir été
touché une ou deux minutes entières, et à plusieurs reprises avec le doigt:
au lieu que, placé sur la couche résineuse, il se désélectrisera entièrement en
quelques secondes, quoiqu’on ne le touche que fort légèrement, et que chaque
contact ne dure que très-peu de temps; et il se désélectrisera d’autant plus
promptement, que la couche cohibente sera plus épaisse: tellement que si
cette couche a plusieurs lignes d’épaisseur, on la dépouille entièrement en
la touchant deux ou trois fois avec le doigt; une seule fois même suffit, si
elle est épaisse d’un pouce (XXXVIII.). Alors en effet nous sommes dans le
cas de l’isolement parfait, où le disque est fort éloigné de tout plan déférent
(XXXIX.); isolement qui (je le répète) ne donne point au disque la force de
résister à l'attouchement d’un corps déférent, sans que son électricité n’en
souffre, si elle ne se perd pas entièrement, cette prérogative étant réservée
spécialement à l’isolement imparfait dont il a été question jusqu'ici.
N.° XLIII. C’est pourquoi, tout considéré, je regarde comme isolements
imparfaits, et comme deux choses à-peu-près équivalentes, poser un corps
chaux sèche, ou le poser sur une mince surface cohibente qui couvre un dé-
férent; par exemple, sur un carreau de métal légèrement incrusté de cire
d’Espagne, ou bien vernissé, sur un plateau de bois ou de carton sembla-
blement incrusté ou vernissé, sur une toile cirée, sur une table, un banc ou
un lit couverts d’une étoffe de soie, etc.. Dans le fait, si vous faites descendre
une chaîne du conducteur d’une machine ordinaire sur un de ces plans revêtus
comme nous venons de le dire, vous observerez qu’on ne peut accumuler
que très-peu ou point d’électricité dans le conducteur; qu’elle passe entiè-
rement ou peu s’en faut dans le plan, si la couche dont il est revêtu n’est
point un cohibent parfait, ou bien si elle est d’un tissu rare, poreux, inter-
rompu par des crevasses, ou qu’elle s’attache aux points seulement où la
châine aboutit, et à un petit nombre de points voisins; si c’est un cohibent
parfait, serré et uni, tant qu’y abondant continuellement, elle se trouve en
force- suffisante pour vaincre la résistance que lui oppose la couche cohibente,
et pour s’y ouvrir un passage. La même chose n’arrive pas, quand la chaîne
du conducteur tombe sur une chaîne fort épaisse de matière parfaitement
isolante: on peut alors accumuler l’électricité dans le conducteur au plus
haut degré. Hé! n’emploie-t-on pas en effet de gros pains de soufre ou de
résine pour isoler convenablement une personne? Faites au contraire monter
cette même personne sur une lame de métal, sur une petite planche légèrement
enduite de cire d’Espagne ou d’une autre matière résineuse, ou seulement
vernissée, sur une table couverte d’une toile cirée, sur un banc revêtu d’une
étoffe de soie, etc., vous perdez votre peine. Vous avez beau fatiguer votre
machine, vous ne parviendrez pas à tirer de la personne, si mincement isolée,
une de ces belles étincelles qu’elle vous donneroit, si elle montoit sur un gâteau
épais de cette même résine, sur la même étoffe pliée à plusieurs doubles.
N.° XLIV. Et cependant, si vous posez notre disque ordinaire selon son
plan sur cette même lame de métal, ou sur cette planche, légèrement incrustées
l’une et l’autre de résine, ou même vernissées seulement, sur cette même
table couverte d’une simple toile cirée, sur ce même banc couvert d’une étoffe
de soie, il conservera plus long-temps l’électricité qu’on lui aura imprimée
auparavant, et il en sera incomparablement plus ténace que si vous le posiez
de la même manière sur une couche épaisse de résine; puisque nous voyons
dans ce dernier cas toute l’électricité s’évanouir dès la première fois qu’on
touche le disque avec le doigt (XXXVIII. XXXIX.), et nous la voyons au
contraire à l’épreuve de plusieurs attouchements dans le second cas, comme
on l’a déjà dit (XXXVIII. XLI.).
N.° XLV. Nous voilà donc ramenés par ces dernières expériences
faites sur des plans couverts d’une couche cohibente peu épaisse (expériences
qui ne diffèrent pas pour le fond de celles que nous avons faites sur des plans
point d’être forcés de reconnoître que le meilleur état où puisse être un con-
ducteur pour conserver son électricité, n’est pas celui du plus grand et du
plus parfait isolement, mais bien au contraire, un état d’isolement si imparfait,
qu’on peut à peine lui donner le nom d’isolement, ainsi que nous nous étions
proposé de le faire voir.
N.° XLVI. Mais j’ai avancé quelque chose de plus, et les avantages qu’on
peut se procurer, en posant le conducteur selon son plan sur des corps très-peu
cohibents, plutôt que de le tenir parfaitement isolé, s’étendent plus loin. Il
y en a un bien plus considérable que celui dont on vient de parler, duquel
dépend la solution de la plupart des problèmes avancés dans les premières
pages de ce Mémoire, et c’est de quoi nous allons nous occuper dans une seconde
partie. Il me semble à propos néanmoins, avant de terminer celle-ci, de de-
scendre dans un détail plus particulier sur les différentes espèces de corps
que j’ai employés avec plus ou moins de succès, eu égard à leur propre qua-
lité et aux circonstances actuelles, tant pour les expériences que j’ai décrites
jusqu’ici, que pour un grand nombre d’autres analogues à celles-ci, que je
décrirai dans la suite. Ce détail ne sera pas inutile à ceux qui auroient envie
de répéter ces expériences.
N.° XLVII. J’ai nommé bien des fois le marbre comme un des corps qui
conviennent le mieux pour ces sortes d’expériences; mais aussi j’ai donné à en-
tendre en plusieurs endroits, que tous les marbres ne réussissent pas également
bien, et que le meilleur que j’ai trouvé est le beau marbre de Carrare, et quelques
albâtres (XX. XXVI.). J’ai dit encore qu’il faut un marbre bien net, et sur
toute chose bien sec à sa surface (XX. XXVIII.); mais ce n’est pas encore
assez. S’il est humide intérieurement, comme il est assez ordinaire quand il
y a peu de temps qu’on l’a tiré de la carrière ou qu’on l’a taillé, quand il a
été long-temps exposé à l’eau, alors il est trop déférent; il ne vaut rien ou
presque rien (XXVIII. XXXII. XXXIII.). Inutilement l’essuierez-vous à la
surface: il faut le mettre chauffer quelques heures au feu ou au soleil. C’est
ce qu’il faut presque toujours faire à l’égard des marbres qui ne réussissent
pas bien, comme la plupart de ceux qui ont des taches. J’en ai pourtant
beaucoup amélioré quelques-uns, en les séchant d’abord au four, en les graissant
ensuite avec de l’huile fine, et répétant plusieurs fois ces opérations. Les
tables de marbre bien vieilles, qui se trouvent communément dans nos salles,
sont presque toujours bonnes pour cet usage, et sur-tout celles de marbre
blanc: elles le sont même, lorsque l’air est chargé de vapeurs. Il n’est pas besoin
de les chauffer; il suffit de les essuyer, quand elles sont visiblement humides.
C’est en posant le disque de métal sur quelqu’une de ces tables de marbre,
et spécialement de beau marbre blanc de Carrare, que je suis parvenu à lui
faire conserver l’électricité pendant plusieurs heures, lorsque je ne le touchois
soixante fois, et quelquefois une demi-minute de suite, avec un doigt, une
clef de fer, etc., en tambourinant même sur le disque avec mes doigts l’espace
de 20 secondes et plus.
N.° XLVIII. Après le marbre, que j’ai soumis le premier à l’expérience,
j’ai éprouvé d’autres pierres, et j’ai tiré un très-bon parti de plusieurs des
plus dures, des carreaux d’agathe, de chalcédoine, etc.. Ces sortes de pierres
paroissent l’emporter peut-être sur les meilleurs marbres et les albâtres; mais
le mal est qu’on n’en trouve pas facilement pour en faire l’expérience en grande.
Je n’ai pas obtenu grand chose de quelques autres pierres, quoique dures
aussi, telle que le granit, le porphyre, et peu ou rien des pierres molles et
spongieuses, à moins qu’elles n’eussent été exposées long-temps au feu ou
au soleil, avant de les éprouver.
N.° XLIX. Les carreaux d’ivoire et d’autres os ne m’ont jamais beaucoup
réussi, excepté dans les endroits où il n’y avoit point d’humidité, et par des
temps très-secs: encore falloit-il avoir la précaution de les bien chauffer avant
et pendant l’expérience. Il n’en est pas de même de quelques carreaux d’écailles,
qui, sans avoir besoin d’une telle préparation, ont donné au disque qui reposoit
sur eux, la force de conserver son électricité pendant plusieurs minutes, et
de souffrir plusieurs attouchements avec le doigt, sans beaucoup de préjudice.
N.° L. Je passe aux bois, dont j’ai fait souvent usage, en les employant
tantôt nus, tantôt revêtus, préparés par la Nature ou par le secours de l’art.
Je n’ai rien trouvé de mieux que des plateaux de bois frits précédemment
dans l’huile de lin, mais qui, dégradés de l’état de vrai cohibent, ne faisoient
plus qu’un déférent très-imparfait, ainsi que d’autres petites tables chauf-
fées dans le four presque jusqu’à roussir, et par conséquent réduites à cet
état moyen qui convient le mieux pour les expériences dont il s’agit. Le disque
place sur ces sortes de bois a maintenu son électricité, à peu de chose près,
comme sur les meilleurs marbres. Il l’a moins bien conservée sur des plan-
chettes de bois, que je n’avois pas fait roussir au four, mais qui étoient pourtant
fort sèches de longue main, et que j’avois encore eu la précaution de faire
sécher de nouveau et chauffer au soleil avant l’expérience. Avec de petites
tables de bois bien nettes, bien unies et préservées avec soin de l’humidité,
singulièrement quand elles étoient marquetées, j’ai conservé l’électricité du
disque à l’épreuve de quelques attouchements, mais en petit nombre. Si on
vient à employer un bois tendre, qui ne soit pas bien uni, ni extrêmement
humide, ni extrêmement sec, un peu sale, l’expérience ne réussit jamais
bien. Le disque, posé sur un tel bois, perd son électricité en peu de minutes,
quelquefois en deux ou trois secondes. Il annonce pourtant une certaine
ténacité, puisqu’on peut le toucher une ou deux fois avec le doigt à la hâte,
sans le dépouiller entièrement, tandis qu’il est dans cette position. C’est
sale. Placer le disque sur une table pareille et lui faire perdre toute son élec-
tricité, c’est presque une seule et même chose: il ne faut tout au plus, pour
achever de le dépouiller, que le toucher un instant avec le doigt.
N.° LI. Des bois médiocrement secs, mais depuis long-temps enduits de
plâtre, font mieux pour l’ordinaire que des bois nus, et réussissent aussi-
bien qu’un mur qui n’est ni mouillé extérieurement, intérieurement humide.
Appliqué à ceux-là comme à celui-ci, notre disque retient l’électricité depuis
4 ou 5 secondes, jusqu’à 2, 3 minutes et plus. Il peut souffrir en outre, sans
la perdre toute entière, qu’on le touche une, deux, jusqu’à dix fois, pourvu
qu’on ne le touche pas long-temps à chaque fois, à proportion que l’enduit
de plâtre ou de chaux est plus ou moins sec.
N.° LII. Mais un enduit qui vaut encore mieux que ceux dont nous venons
de parler, c’est un enduit de cire d’Espagne, ou de toute autre matière rési-
neuse, ou de beau vernis. J’ai éprouvé de petites tables de bois, de carton,
même de métal, enduites de la sorte; entr’autres certaines cuvettes d’Angle-
terre, appellées communément Le
disque leur ayant été appliqué, a gardé son électricité, tantôt pendant un
quart-d’heure, tantôt pendant une demi-heure; quelquefois même lorsque
l’enduit étoit résineux, durant plusieurs heures et jusqu’à un jour entier:
d’ailleurs je pouvois le toucher (spécialement quand il étoit appliqué à des
plans vernissés) des dix, vingt, trente fois dans l’espace d’une minute, sans
le dépouiller entièrement.
N.° LIII. Des fables couvertes d’une toile cirée, m’ont rendu à peu-près
le même service; des toiles de tableaux peintes à l’huile m’ont également
bien servi, ou peu s’en faut. Mais il ne faut pas croire que toute toile cirée
ou peinte ait un égal succès. Comme celles qui sont mouillées ou humides
ne valent rien du tout, aussi les meilleures sont les plus dures et les plus sèches,
pourvu qu’elles soient d’ailleurs bien lisses et bien propres. Il est à remarquer
ici que les toiles peintes sont plus variables que les toiles cirées; pour peu
qu’on les laisse exposées à l’humidité, elles s’en ressentent immanquablement:
celles pourtant des vieux tableaux, conservées bien sèches dans les appar-
tements, sont bonnes en tout temps.
N.° LIV. J’ai éprouvé diverses peaux, le parchemin, le papier, commu-
nément avec peu de succès, parce que ce sont pour l’ordinaire des corps spon-
gieux et très-humides: à proportion cependant qu’ils l’étoient moins parfois,
et par conséquent qu’ils se trouvoient des déférents plus imparfaits, ils ont;
aussi conservé l’électricité dans le disque de métal, mis en contact avec eux,
pendant un certain temps, même qu’il avoit été touché une, deux fois ou
plus, avec le doigt.
N.° LV. Enfin, le velours, le raz, et toutes les étoffes de soie, même les
assez bien réussi; puisque ces étoffes, en leur appliquant le disque de métal
électrisé selon son plan, ne le dépouilloient qu’ après un temps considérable,
et qu’elles lui faisoient conserver une assez bonne partie de son électri-
cité, après avoir été touché plusieurs fois avec le doigt. Ces étoffes de
soie singulièrement, celles même de poils, tels que le camelot, réussissent
passablement bien en tout temps, sans excepter les jours ni les lieux où il
y a beaucoup de vapeurs, à moins qu’elles ne soient tout-a-fait sales ou visi-
blement chargées d’humidité. Pour ce qui est des étoffes de laine, elles de-
mandent à être préservées de l’humidité avec plus de précaution, et il en faut
encore plus pour les toiles de coton et celles de lin, qu’il sera ordinairement
convenable de faire sécher au feu ou au soleil, avant de s’en servir pour nos
expériences. Mais ces étoffes de laine, ces toiles de coton ou de lin, de même
que les étoffes de soie, feront mieux, si on les prend d’un tissu serré et plus
rases que velues.
N.° LVI. J’ai indiqué les corps qui ont besoin pour l’ordinaire d’être séchés
ou chauffés préablement pour reussir dans un temps même où l’air n’est pas
fort sec. J’ajouterai qu’il est souvent à propos d’entretenir une chaleur
moyenne durant l’expérience même. Néanmoins on pourra se passer de cette
précaution, dans le cas d’une grande et longue sécheresse, sur-tout si elle
est accompagnée de gelée et d’un grand vent de nord; alors les bois, les os,
les murailles, les pierres, les briques même, les étoffes de soie, de poils et
autres, le cuir, le papier, tous ces corps, de quelque qualité qu’ils soient,
font passablement bien, pour ne rien dire des toiles cirées ou peintes, qui
font des merveilles.
N.° LVII. Ainsi, nous pouvons dire qu’il n’y a que les matières métal-
liques, les charbons, les pierres molles et spongieuses, dans des temps et des
lieux humides, les bois verts ou ceux qu’on n’a pas gardés assez long-temps;
enfin, tout corps ou humide ou très-sale, et l’eau elle-même, qui enlèvent
très-promptement l’électricité à un conducteur, lors même qu’on applique
à ces corps selon son plan et par une large surface. L’huile et les autres liqueurs
inflammables emportent bien aussi une grande partie de l’électricité; mais
elles en laissent toujours une petite dose, tellement que notre disque ordi-
naire électrisé, et posé légèrement sur un plateau métallique couvert d’une
couche d’huile peu épaisse et levé peu de temps après, se trouve en état d’at-
tirer un fil léger, et de donner, quoiqu’avec bien de la peine, une petite étincelle.
N.° LVIII. Quant aux autres corps dont nous avons fait l’énumération
(depuis le N.° XLVI. jusqu’au N. ° LVI.), ces corps qu’on doit ranger dans la
classe des déférents, puisqu’ils ne sont que peu ou point cohibents (XXXIII),
enlèvent bien aussi au disque de métal son électricité, et l’en dépouillent même
entièrement en peu de temps, dans le cas où celui-ci ne les touche que par
mais s’il les touche selon son plan et par une large surface, ils se comportent
de manière que l’électricité se maintient dans le disque en entier, ou en partie
plus grande ou plus petite, tantôt plus, tantôt moins long-temps (XV. XVII.
XVIII. XXVIII. XXXII. XXXIV. etc.), même malgré plusieurs attou-
chements avec un doigt, avec une clef, etc., qui suffiroient pour le désélec-
triser entièrement dans toute autre circonstance. Cette prérogative, parti-
culière aux déférents imparfaits, ne convient nullemeut aux vrais et parfaits
cohibents (XXXVI.), si ce n’est dans la circonstance où ils ne sont guères
propres à isoler; je veux dire dans le cas où ils ne forment qu’une couche
peu épaisse sous laquelle il se trouve un déférent, comme nous l’avons vu
(XXXVIII. XXXIX. XLI. et suiv.).
N.° LIX. Cette dernière circonstance de la promptitude avec laquelle
le disque de métal perd son électricité, lorsqu’il touche un plan demi-déferrent
et demi-cohibent à angle ou dans un petit nombre de points seulement, est
une des choses sur lesquelles j'ai insisté plus souvent dans le cours de cet
écrit, specialement aux N.° XXVIII. et suivants, pour faire sortir davan-
tage ce qui a véritablement l'air d’un paradoxe; savoir, qu’en rendant la
communication plus étendue, en multipliant les points de contact du disque
de métal avec un même corps démontre perméable au fluide électrique, celui-ci,
loin de se dissiper en entier et plus promptement, s’y fixe incomparablement
mieux, et s’y maintient plus long-temps. Il falloit faire sentir combien la
proximité et le contact d’un petit nombre de points seulement étoient préju-
diciables, et combien au contraire un contact étendu étoit favorable à la
conservation de l’électricité. C’est aussi ce que j’ai inculqué avec beaucoup
de soin, en insistant fortement sur la nécessité de poser le disque selon son
plan, et non par le côté. Je n’ai pas voulu dire par-là que dans le cas d’un
contact peu étendu, le disque perdît toute son électricité à l’instant; au con-
traire, ou j’ai toujours modifié la proposition avec un
servi de ces expressions:
pour donner à entendre que toutes les fois que le contact qui se fait dans un
petit nombre de points seulement sera très-court, alors ou appercevra dans
le disque quelque petit reste d’électricité. C’est sur quoi je me suis expliqué
encore bien plus clairement, lorsque j’ai parlé de la résistance et du retard
que les différents imparfaits apportent au passage du fluide électrique (XXXIII.).
Ainsi, qu’en tenant mon disque électrisé par son manche isolant, je le fasse
toucher par le côté à un mur, à un carreau de marbre ou à du bois bien sec, une
seule fois, en le retirant prestement, j’y trouverai encore un reste d’électricité;
il attirera un fil; il pourra même me donner une petite étincelle, pourvu que
ce marbre, ce bois, ce corps quelconque que j’ai touchés avec le disque,
aient les conditions requises, c'est à dire, que ce soit des conducteurs très-
La petite étincelle sera encore plus sen-
sible, si ces corps sont enduits de résine ou de vernis.
N.° LX. Je dois faire part du moyen dont je me sers pour éprouver si
tel ou tel corps est bon, et ce que je dois en attendre, quand je veux en
faire un plan pour y poser le disque à l’ordinaire. Je choisis, comme les
meilleurs, ceux qui laissent au disque électrisé, après qu’il les a touchés de
côté, la vertu de me donner au doigt une étincelle, qui ne soit ni forte, ni aussi
extrêmement foible: extrêmement foible, elle m’apprend que le corps touché
est trop déférent, et qu’il ne manqueroit pas de déselectriser le disque en
peu de temps, quand même je le lui appliquerois selon son plan (XXVIII.);
si l’étincelle est forte; j’en conclus que le même corps touché est trop cohibent,
et que par conséquent le disque que je lui appliquerai selon son plan pourra
bien conserver long-temps son électricité, tant qu’on ne le touchera point
avec le doigt, avec une clef de fer, etc., mais qu’il ne le défendra point contre
des attouchements multipliés de ces mêmes corps.