Volta, Alessandro Seconde Partie du memoire de M. de Volta sur les isolements imparfaits fr volta_mem2Isol_811_fr.xml 811.xml

SECONDE PARTIE DU MÉMOIRE DE M. DE VOLTA

SUR LES ISOLEMENTS IMPARFAITS.

(Roz. Obs. 1783. T. XXIII, pg. 1).

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Expériences qui démontrent un autre avantage très-considerable attaché à la même espèce d’Isolement imparfait, consistant en ce qu'il rende un Con- ducteur propre à recevoir l’électricité plus aisément, et en une dose beaucoup plus grande que s’il étoit parfaitement isolé.

N.° LXI. Toutes les expériences rapportées jusqu’ici, prouvent, j’ose m’en flatter, assez complétement ce que j’avois entrepris d’établir dans la première partie de ce Mémoire, ce que renferment pourtant deux des treize propositions que j’ai avancées dès le commencement en forme de problèmes, la première et la troisième. Il nous reste maintenant à démontrer de même par les expériences, les onze autres propositions, qui sont les plus belles et les plus interessantes, puisque, sans être moins singulières et surprenantes, elles nous offrent de plus des avantages qui ne sont point à négliger dans l’usage pratique de l’électricité. Je dis donc que le disque de metal, posé selon son plan sur des corps demi-déférents et demi-cohibents, a la vertu tout-a-fait merveilleuse de conserver dans cet état une bonne partie de l’élec- tricité qu’on lui a communiquée auparavant, malgré qu’on le touche avec le doigt à differentes reprises; à cette vertu qui a fait l’objet des expériences que nous avons décrites jusqu’ici, s’en réunit une autre, qui n’est ni moins surprenante, ni moins avantageuse, celle de recevoir et de conserver une plus grande quantité d’électricité, lorsqu’on l’électrise dans le temps même où il jouit de l’ample contact dont nous parlons, et c’est-là ce que nous allons voir et examiner sous ses différents aspects.

N.° LXII. Lorsqu’on tient le disque suspendu par ses cordons de soie, ou isolé d’une autre manière quelconque, tout ce qu’on peut faire, quelque force qu’on y emploie, c’est d’y accumuler assez d’électricité pour qu’elle s’élance par les bords ou par toute autre partie saillante; le reste se dissipe dans l’air à mesure qu’il entre dans le disque. Mais si on le pose sur la table de marbre, que je suppose toujours être un marbre net, bien poli et bien sec, sur le plateau de bois, ou vernissé ou couvert d’une toile cirée, sur la toile peinte d’un tableau, et qu’on l’électrise dans cette position, il semblera, au premier abord, que l’électricité traverse le plan, sans qu’il y en reste, ou du moins sans qu’il en reste beaucoup, puisque, loin de lancer des aigrettes par les bords, il ne donnera pas même une étincelle visible au doigt qui le touche; à peine attirera-t-il un fil léger qu’on lui présentera. Vous serez donc porté à con- clure qu’il n’a acquis que peu ou point d’électricité. Mais essayez à écarter le disque du plan sur lequel il pose; levez-le, approchez-en le doigt; vous verrez que ce qui vous paroissoit à peine une ombre d’électricité, a assez de force pour lancer une très-vive étincelle contre votre doigt, quelquefois même pour lancer des jets spontanés de lumière dans l’air.

N.° LXIII. Ces jets ne manqueront pas d’avoir lieu, toutes les fois que le plan sur lequel on posera le disque de métal pour l’électriser, sera de la meilleure qualité, tel que nous l’avons demandé (XXXII.), sur-tout si le disque de son côté présente quelque pointe, quand elle seroit un peu émoussée, ou s’il a des bords peu épais ou mal arrondis. Voilà pourquoi, lorsque je veux avoir une étincelle plus forte, je me sers d’un disque d’électrophore, dont les bord sont d’une épaisseur convenable, ou parfaitement arrondis. J’opère avec ce disque sur une table de vieux albâtre poli et sec autant qu’il peut l’être, sur un plateau de bois bien vernissé, sur une toile cirée, sur la toile peinte d’un vieux tableau, et l’expérience me reussit à merveille. Je tire du disque, en vertu de l’électricité dont on l’a chargé, tandis qu’il posoit sur l’un des plans que je viens de nommer, l’électricité qui paroissoit nulle alors. J’en tire, aussi-tôt que je viens à le lever, une étincelle forte et très-piquante, à la distance de plusieurs pouces; et souvent, dans l’instant même où je le soulève, ses bords, quoique grossiers et arrondis, lancent de toutes parts des jets de lumière et des étincelles bruyantes dans l’air: ce qui donne un spectacle fort agréable, lorsque l’expérience se fait dans un endroit obscur.

N.° LXIV. D’où il suit clairement que le disque est disposé à recevoir et à conserver une plus grande dose d’électricité, quand, au lieu de le tenir parfaitement isolé, on le laisse jouir d’une ample communication, en le posant sur un plan qui soit pourtant un conducteur très-imparfait, ou par sa nature (comme le sont certains marbres, l’écaille, le bois séché de longue main ou au soleil, le plâtre, etc.), ou rendu tel au moyen d’une couche peu épaisse de matière presque cohibente; et c’est le cas où se trouvent le bois vernissé, la toile cirée, un lit, un banc couvert de velours ou de toute autre étoffe, qui ne soit ni tout-a-fait humide, ni extrêmemeut sèche.

N.° LXV. Lors même qu’on électrisera le disque posé sur des plan couverts d’une couche de matière parfaitement cohibente, de soufre, par exemple, de cire d’Espagne ou d’une résine quelconque, de poils, de soie, tout cela parfaitement sec, il recevra, pourvu que cette couche soit mince, une plus grande dose d’électricité, qu’il ne le feroit si on l’isoloit dans l’air à la manière accoutumée, ou si on le plaçoit sur une couche semblable, mais fort épaisse; et il en recevra une si grande quantité, que lorsqu’on viendra à le soulever, il la fera jaillir de tous les cotés, et provoqué avec le doigt, il lancera une étin- celle des plus fortes. Ainsi le disque, posé au beau milieu du plateau d’un élec- trophore qu’on n’a point animé et soulevé en l’air, après avoir été électrisé lui-même, donne sans qu’on le touche, des étincelles, envoie de toutes parts de petits jets de lumière, par la grande abondance d’électricité qu’il a été capable de recevoir, tandis qu’il étoit couché, mais qu’il ne peut plus con- tenir dès qu’il est soulevé.

N.° LXVI. Mais je laisse volontiers de côté les experiences qu’on peut faire avec l’électrophore et avec toute autre couche de matière qui soit un vrai et parfait cohibent, par la raison que pour peu qu’on pousse l’électricité dans le disque posé sur une pareille couche, elle s’imprime sur la face du cohibent, et le jeu de l’électrophore s’y renouvellant en quelque sorte, les effets deviennent par la même trop compliqué (XXVI.). Je retourne bien volontiers à mon plan d’albâtre, à mon bois sec ou vernissé, à ma toile cirée; tous corps absolument, quoique difficilement, perméables au fluide électrique, auxquels par conséquent l’électricité ne s’attache jamais ou que fort peu, lorsqu’on emploie les moyens les plus puissants (XXVI.). D’un autre côté, nous avons vu que les expériences réussissent mieux sur ces corps que sur les vraies couches isolantes, quelque minces qu’elles soient, quant à la téna- cité avec laquelle le disque retient sa vertu électrique, lorsqu’on le touche avec le doigt, etc., long-temps et à différentes reprises; ce que je regarde comme le phénomène le plus merveilleux.

N.° LXVII. Oui, les expériences reussissent incomparablement mieux à cet égard sur un carreau nu de beau marbre ou d’albâtre, sur le bois sec et poli, sur la toile cirée, que sur la face résineuse d’un électrophore; et la chose va jusqu’au point, que l’on peut tenir le doigt appliqué contre le disque de métal couché sur ces plans, dans le temps même et pendant tout le temps qu’on lui communique l'électricité On peut ne lever le doigt que quelques secondes après avoir cessé d’électriser; et malgré tout cela, laisser au disque assez d’électricité pour lancer une petite étincelle, lorsqu’on le soulevera.

N.° LXVIII. En faisant de semblables expériences sous les yeux de quel- ques Physiciens électrisants de profession, comme je les ai faites devant des Amateurs, je voudrois bien leur demander d’où vient que mon disque de métal, porté sur une colonne isolante, ou suspendu en l’air avec des cordons de soie, si on vient à le toucher seulement du bout du doigt, perd à l’instant toute son électricité, au cas qu’il en ait, et qu’à plus forte raison on l’empêche d’en acquérir, s'il n’en a point encore? La raison en est toute simple, me diroit toute personne qui auroit la plus légère teinture d’électricité: tandis que vous touchez ainsi le disque, il n’est point isolé; l’électricité passe dans votre doigt, et se dissipe entièrement. Fort bien; les plus grands électrisants, les plus expé- rimentés dans cette Science ne pourroient me dire rien de mieux. Mais quoi, reprendrois-je, le disque est-il mieux isolé lorsque, touché avec mon doigt, il communique de plus avec une table de marbre ou de bois, lorsqu’il jouit d’un ample contact avec ces plans? Eh bien cependant, j’en prends vos yeux à témoins; je peux l’électriser dans cet état; il ne perd pas toute son électri- cité en un instant, comme dans l’autre cas, en la transmettant au doigt qui le touche: au contraire, après avoir été touché vingt fois et plus, il lui en reste encore une quantité sensible. N’ai-je donc pas eu raison d’annoncer des para- doxes en commençant?

N.° LXIX. Nous l’avons déjà dit (LXII.); pour notre disque, ainsi que pour tout autre conducteur, il y a un maximum d’électricité, qu’il ne peut outrepasser dans l’état d’isolement. Ce maximum est fixé par le point auquel l’électricité n’est pas plutôt parvenue, que le disque commence à repousser loin de lui, sous la forme d’aigrettes ou d’étincelles, le feu électrique qu’il ne peut plus contenir, et continue de rejetter dans l’air tout ce qu’on lui donne au-delà de sa capacité. Or, il faudra bien convenir que la dose d’électri- cité que ce même disque peut contenir, quand il pose sur le marbre ou autre plan bien conditionné, surpasse de beaucoup ce maximum, et qu’il a consé- quemment dans cette position avantageuse une bien plus grande capacité, si, en le levant de dessus le plan et le tenant isolé, on voit l’électricité surabon- dante se porter dans l’air avec profusion en jets spontanés. C’est là préci- sément ce qui arrive, et c’est une suite du principe que le disque acquiert une capacité beaucoup plus grande, lorsqu’il est Couché sur un plan qui n’est ni fort déférent, ni trop isolant, et que par conséquent une quantité donnée d’électricité a incomparablement moins de tension, ou de cette force avec laquelle elle tend à la verser au-dehors et à s’en décharger, et pour parler plus juste, conformément aux principes que je me suis faits concernant l’action des atmosphères électrique, par-là même qu’une quantité déterminée d’électricité fait naître une tension beaucoup moindre dans le disque, lorsqu’il est posé sur le plan, la capacité de ce même disque en devient plus grande que celle dont il jouit quand il est absolument isolé.

N.° LXX. Si on me demande pourquoi cette tension diminue si consi- dérablement, lorsque le disque pose sur le plan, il me sera aisé de répondre. Le feu électrique contenu dans le plan se ressent du voisinage du disque élec- trisé, se met en action; le feu naturel se retire de la surface du plan contiguë à ce disque, s’il est électrisé en plus, et il se porte vers cette même surface, s’il est électrisé en moins, selon les loix connues des atmosphères électriques. Il se fait par-là une sorte de compensation, de manière que l’électricité du disque, balancée pour ainsi dire, n’a qu’une fort petite tension; il ne déploie qu’une force très-légère, incapable de vaincre le peu de résistance qu’oppose le plan en sa qualité de déférent imparfait au passage du fluide électrique. Ainsi, l’électricité du disque se trouve, pour ainsi dire, dans un état d’assou- pissement, jusqu’au moment où, éloigné du plan favorable à son inertie, toute compensation cessant, le disque fait éclater son électricité d’une ma- nière sensible et même très-vive.

N.° LXXI. Puisque je suis entré tout naturellement, et presque sans m’en appercevoir, dans l’explication des phénomènes, je suis fort aise d’avoir ici non-seulement indiqué, mais compris en peu de mots tout ce que je me propose de développer dans un ou plusieurs Mémoires qui suivront celui-ci, en remontant aux loix premières. Cependant poursuivons le récit des faits.

N.° LXXII. Ainsi le disque, en vertu de la capacité si considerablement augmentée par sa position sur le plan, n’est pas seulement en état de recevoir une dose extraordinaire d’électricité, quand on emploie des moyens efficaces pour la lui communiquer; mais encore il peut en recevoir une assez grande quantité, quoiqu’on fasse usage que d’une petite force, en le touchant, par exemple, avec le crochet d’une bouteille de Leyde, chargée très-foiblement. Or, c’est un second avantage réel et très-considérables de l’espèce d’isolement imparfait et très-imparfait dont il s’agit, sur l’isolement parfait.

N.° LXXIII. Quand le disque se trouve parfaitement isolé, pour y porter l’électricité au plus haut degré, il faut faire usage ou d’une excellente machine, ou d’un électrophore, ou d’une bouteille de Leyde chargée très- fortement, ou de tout autre corps déjà électrisé au plus haut point de tension. Si vous vous contentez de le toucher avec le bouton d’une bouteille de Leyde, qui n’ait que la charge suffisante pour lancer l’étincelle à 2 ou 3 lignes de distance, pour fair monter l’électromètre jusqu’à 10 degrés, je suppose, le disque recevra au plus une électricité de force égale, et ce sera beaucoup s’il porte l’électromètre au même degré, s’il vous donne l’étincelle à la distance de 2 ou 3 lignes. Eh bien, je vous offre le moyen aussi simple, aussi comode, qu’il est surprenant et inespéré, d’en obtenir des étincelles beaucoup plus fortes. Pour cela, vous n’avez qu’à coucher sur un des plans dont nous avons parlé tant de fois, et le toucher avec le crochet de la bouteille, dont la charge est si foible

Il ne sera pas inutile d’observer ici qu’une bouteille de Leyde, quoique petite, ayant une très-grande capacité, il faut une grande dose d’électricité pour y porter même cette foible charge dont nous parlons. En effet, il faut, pour en venir à bout, faire faire bien plus de tours à la machine qu’il n’en faut pour électriser un simple conducteur beaucoup plus grande que la bouteille. Dans mon Mémoire déjà cité sur la capacité des conducteurs

Vedasi N. XLVII (A) di questo volume. [Nota della Comm.].

, j’ai fait voir qu’un tableau ou une bouteille ayant seize pouces quarrés de surface armée au plus, a une capacité presque égale à celle d’un conducteur, dont la surface est de 1200 pouces quarrés, et la longueur de 100 pieds. Il ne faut donc pas s’étonner que d’une bouteille foiblement chargée on puisse tirer une bonne dose d’électricité, puisque, pour former une si foible charge, il en faut tant, attendu sa prodigieuse capacité. Cette bonne dose d’électricité que la bouteille peut fournir, le disque est en état de la recevoir, toutes les fois qu’une position favorable lui donne une capacité aussi grande que celle de la bouteille. Et d’où vient, dans le fait, la capacité extra- ordinaire de la bouteille? De ce qu’autant le fluide électrique s’accumule sur une de ces faces, autant l’autre en perd, et réciproquement; par-là l’électricité se trouve contrebalancée; elle n’y déploye que peu de force ou de tension. Eh bien, la même compensation, le même balan- cement a lieu dans notre disque électrisé et dans le plan sur lequel il pose (LXX.). Qu’en résulte-t-il? c’est que la bouteille verse autant d’électricité dans le disque posé favorablement, qu’elle en verseroit dans une autre bouteille, ou dans un conducteur d’une centaine de pieds de long, pour s’y mettre à un égal degré de tension. Or, si ce vaste conducteur venoit ensuite à être restreint dans sa capacité, pour être réduit à une moindre surface (par exemple, si, con- sistant dans une longue chaîne, on l’amonceloit dans un petit vase, ou si on l’entortilloit autour d’un dévidoir; si, étant composé de cylindres creux, on les faisoit rentrer l’un dans l’autre, comme ceux d’une lunette d’approche), il est évident qu’avec la dose d’électricité qu’il pos- sède, il auroit une tension d’autant plus grande, qua sa capacité seroit devenue moindre. Il est aisé d’appliquer ceci à notre disque, posé d’abord, levé ensuite, s’il est vrai, comme on n’en peut pas douter, qu’il ait dans cette position une capacité extraordinaire losqu’on l’éloigne du plan. Oui, il retourne à sa capacité naturelle et étroite; et voilà pourquoi l’élec- tricité qu’il possédoit auparavant, parvient alors à une plus grande tension, la compensation et l’espèce d’équilibre qu’elle trouvoit dans le plan n’ayant plus lieu.

; vous vous appercevrez qu’elle lui donne une bonne partie de sa charge; qu’il s’approprie une quantité prodigieuse d’électricité, et qu’il la retient, ne faisant qu’un effort très-petit et presque insensible pour s’en décharger (comme il est aisé de le conclure de ce qu’il n’imprime pas de mou- vement sensible à un électromètre extrêmement mobile), grace à la capacité extraordinaire que lui procure cette position favorable (LXIX. LXX.): vous vous appercevrez, dis-je, de ce que je viens de dire, lorsque, soulevant le disque de dessus le plan, et en le réduisant par-là même à son peu de capa- cité naturelle, vous verrez l’électromètre se porter au plus haut degré, l’étin- celle provoquée s’élancer à plusieurs pouces de distance, et peut-être même des jets spontanés éclater dans l’air.

N.° LXXIV. Cela va jusqu’au point, que lors même qu’on se sert d’une bouteille chargée si foiblement, qu’elle n’est point en état de donner une étincelle visible, et qu’on croiroit l’avoir entièrement épuisée, en la déchar- geant deux ou trois fois avec l’arc conducteur, en la touchant plusieurs fois avec les deux mains, pour la dépouiller entièrement de ce qu’on appelle un restant de charge; toutefois, si elle conserve encore assez de force seulement pour attirer un fil mince (ce qui arrive à une bouteille bien disposée et qu’on a bien chargée d’abord, malgré la décharge qu’on croiroit complète, malgré les attouchements réitérés, même après des heures et des journées entières), elle sera encore en état de verser dans le disque couché sur le plan, une quan- tité d’électricité suffisante pour le faire étinceler sensiblement, quand on viendra à le lever.

N.° LXXV. Et me voila parvenu à retirer des expériences que j’ai faites, un avantage qu’on ne doit pas compter pour peu de chose. Qu’on me donne une machine électrique si mal en ordre, un électromètre si mauvais, qu’on suppose des circonstances si peu favorables, qu’il ne soit pas possible de porter l’électricité au point de fournir des étincelles: dans cet état de choses, si je parviens seulement à l’exciter assez pour qu’un fil très-mobile en soit altéré, je n’en demande pas davantage; en dirigeant une action si foible, en sorte que l’électricité continue pendant quelque temps de passer et de s’accumuler dans le disque posé sur un plan convenable, j’obtiendrai de lui, en le sou- levant à l’ordinaire, une étincelle suffisamment forte pour allumer ma lampe ou accendilume à air inflammable

Tout le monde connoît actuellement le pistolet ou le canon à air inflammable: rien de plus commun. II n’en est pas de même de la lampe, quoiqu’on en ait vu différentes par-ci par-là. J’ai dit un mot de cette invention dans ma troisième Lettre à M. le Marquis CA- STELLI du 25 Mai 1777, publiée quelque temps après dans le Choix d’Opuscules intéressants. Après avoir fait l’essai de quelques-unes de ces lampes de différentes espèces, plus ou moins curieuses, mais rien de plus, je m’arrêtait à celle qui réuni à l’agrément, l’avantage de pouvoir servir d’accendilume très-comode, en l’accompagnant d’un petit électrophore. J’eus ensuite occasion d’en faire connoître les effets, quoique d’une manière assez vague, à un grand nombre de personnes nationales et étrangères, parmi lesquelles je dois nommer avec distinction M. de SAUSSURE, qui passa par Côme cet été là. Etant allé faire un tour en Suisse l’automme suivant, je communiquai l’idée de ma machine un peu perfectionnée, et j’en laissai un modèle tel quel, à plusieurs des Physiciens et Naturalistes si communs dans cette contrée. Je ne manquai pas non plus de la communiquer à Strasbourg, en particulier à M. BARBIER de Tinan, grand Amateur de la Physique, qu’il cultive avec succès; homme connu avantageusement par d’ex- cellentes productions, avec qui j’ai forme une liaison et une correspondance des plus étroites, et à qui je dois la traduction françoise de mes Lettres sur l’Air inflammable. Il fut le premier qui, d’après mon exemple, construisit une lampe a air inflammable, faisant l’office d’accen- dilume, et il eut la bonté de m’en faire passer la description dans une de ses Lettres inté- ressantes. Un certain Journal, qui me tomba sous les mains il y a quelques mois, fait mention d’un Ouvrage imprimé précisément à Strasbourg sur la construction de différentes lampes à air inflammable. N’ayant point vu cet Ouvrage, je ne peux en juger; tout ce que je sais, c’est que M. BARBIER n’en est point l’Auteur, puisqu’il ne m’en a jamais parlé. Quant à mon accendilume, il étoit déja plus simple que celui de M. BARBIER, lorsqu’avant qu’il fût question du sien, j’en fabriquai plusieurs pour moi et pour mes amis, et que j’en fis passer un (il y a deux ans) à Milord Prince de Cowper

In Roz. Obs. trovasi: « Kowper ». [Nota della Comm.].

, qui l’envoya à Londres, après en avoir fait faire un pour lui; mais depuis, je l’ai rendu plus simple encore, et d’un service très-comode. J’en donnerai la description conjointement avec celle de mon nouvel eudiomètre, perfectionné également, et de quelques autres instruments analogues à ceux-ci, dans une deuxième partie de mes Lettres sur l’Air inflammable, pour laquelle j’ai déjà les matériaux prêts, au moins en bonne partie.

, et pour d’autres expériences curieuses, qui me seroient, sans ce moyen, impossible dans l’exécution.

N.° LXXVI. Puisqu’on obtient un si grand effet d’une si petite cause; puisqu’une action électrique au-dessus de la médiocre, suffit pour verser dans le disque couché sur le plan, autant d’électricité que pourroit lui en commu- niquer l’action la plus forte, en le supposant absolument isolé, on conçoit qu’il est inutile d’appliquer une puissante force électrique au disque placé de cette manière; tout ce qui seroit au-delà d’une certaine tension, surmon- teroit la résistance du plan, qui n’est pas imperméable, étant seulement un déférent imparfait, ou étant tout au plus tant soit peu cohibent, entreroit dans ce plan, et s’y perdroit.

N.° LXXVII. Ainsi, à mesure que le plan sera moins cohibent, ou pour mieux dire un déférent moins imparfait, moindre aussi sera la force électrique qu’on pourra employer avec avantage sur le disque posé sur ce plan, pour y accumuler une dose d’électricité beaucoup plus grande que celle qu’on lui communiqueroit avec la petite tension donnée. Si, au lieu de se trouver dans la situation où nous le supposons, il venoit à être isolé parfaitement, observons ce qui arrive quand le plan est excellent, par exemple quand c’est un disque de bois bien vernissé, une belle toile cirée, une table d’albâtre ou d’autre marbre qui soit vieux et dur. Si on électrise le disque de métal posé sur un de ces plans, avec le bouton d’une bouteille fortement chargée, une bonne partie de cette charge est en pure perte; elle entre forcément, et se répand dans l’intérieur du plan même: néanmoins le disque reçoit et conserve une grande quantité d’électricité, qui ne fait pas grand effort pour passer outre, par la raison que sa position favorable augmente de beaucoup sa capa- cité (LXIX. et suiv.). Or, si le disque reçoit et conserve tant d’électricité, malgré que la charge surabondante de la bouteille se porte et se perde dans l’intérieur du plan qui la soutient, ainsi que nous venons de le dire, un tel excès de charge sera donc inutile, et ce sera la même chose pour lui; je veux dire qu’on ne l’électrisera pas moins fortement, en ne chargeant que médio- crement la bouteille avec laquelle on le touche, ou même bien foiblement, de manière en un mot que sa charge n’ait pas un degré de tension assez forte pour vaincre la résistance du plan demi-cohibent.

N.° LXXVIII. Mais quelle sera la charge, la tension qu’il faut employer? Celle qui suffit à peine pour faire donner une petite étincelle au crochet de la bouteille, quand on le touche. Tout ce qui iroit au-delà seroit superflu; et remarquez qu’il n’en faut même tant, que dans le cas où le plan qui porte le disque est un des meilleurs; autrement il en faut bien moins: je veux dire que si le plan n’est que d’une moyenne qualité, tel qu’un mur sec, du bois enduit de plâtre ou simplement sec, une toile peinte qui ne soit pas bien vieille, etc.; en pareil cas ce sera assez d’une charge de la bouteille, qui, n’étant pas assez forte pour donner des étincelles, ne se manifeste que par l’agitation d’un électromètre très-sensible. On emploieroit en pure perte une plus forte charge, une plus grande tension d’électricité, parce qu’elle passeroit du disque dans le plan, et iroit se perdre. Cette foible charge dont je viens de parler, suffira pour verser dans le disque posé sur le plan, une dose d’électricité capable de lui faire donner une bonne étincelle, dès qu’on l’aura levé.

N.° LXXIX. Comme il est inutile d’employer une très-forte électricité, lors même qu’on opère sur les meilleurs plans, à plus forte raison sur ceux qui ne sont pas aussi bons, puisqu’une force au-dessous de la médiocre suffit pour les premiers (LXXV. et suiv.), et une beaucoup plus petite pour les autre (LXXVIII.), et cela pour obtenir le plus grande effet qu’on peut attendre des uns et des autres. Lorsqu’on ne voudra faire usage que d’une pareille action très-foible, telle que celle d’une bouteille incapable de donner la moindre étincelle, on pourra alors se servir indifféremment d’un de ces plans moins bons ou d’un des meilleurs. Le mur, le bois nu, moyennement sec, retien- dront la même dose d’électricité dans le disque, qui leur sera appliquée con- venablement, que le bois bien vernissé, puisqu’une si foible tension ne sera pas capable de vaincre la résistance de ce mur, de ce bois, pour peu qu’ils en aient. Il n’y aura de différence que dans le plus ou les moins de temps où les uns et les autres pourront concentrer dans le disque une dose d’électri- cité supposée égale. A cet égard, les meilleurs plans, c’est-à-dire, les plus cohibents, l’emportent sans difficulté.

N.° LXXX. On voit, par ce qui a été dit jusqu’ici, qu’en prenant même les plans que j’appelle les moins bons, ceux qui, s’il ne sont pas dans la classe des déférents imparfaits, en approchent beaucoup plus que de celle des cohi- bents, ils remplissent assez bien le but qu’on se propose. Quand on veut, avec une très-petite action, verser et accumuler une dose convenable d’électri- cité dans le disque qu’on leur applique selon son plan, posez ce disque, après l’avoir bien électrisé, sur un de ces plans, sur une table de bois, qui ne soit ni bien vernissé, ni absolument sec, sur un cuir un peu humide, sur une toile récemment cirée, sur une couverture qui ne soit ni de soie, ni bien sèche: vous verrez qu’il ne conservera que pendant peu de secondes un petit reste d’électricité; et encore moins résistera-t-il à l’épreuve des attouchements, dont un seul fait avec le bout du doigt le désélectrisera sur-le-champ. Mais si, après avoir posé le disque, vous l’électrisez avec le bouton d’une bouteille chargée foiblement et d’une manière imperceptible, et que vous le leviez aussi-tôt, vous obtiendrez dans ce cas-la même une petite étincelle.

N.° LXXXI. Mais reprenons nos meilleurs plans, les déférents imparfaits, ou, pour mieux dire, les demi-cohibents. Ceux-ci peuvent soutenir une tension d’électricité plus grande, il est vrai, mais pas de beaucoup (LXXVI. et suiv.); et cependant avec une pareille tension, quoique très-foible, avec la charge très-modique d’une bouteille, on donne au disque posé sur un de ces plans, et il retient dans son sein autant d’électricité qu’on pourroit lui en donner et qu’il pourroit en retenir, au moyen d’un conducteur électrisé, au plus haut dégré, d’une bouteille excessivement chargée, en supposant qu’on le fit changer de position, qu’on le tînt par exemple suspendu en l’air avec des cordons de soie, ou isolé parfaitement d’une autre manière quelconque (LXXIII.). C’est ce qui nous a fait dire qu’il n’étoit pas besoin d’employer une action électrique au-dessus de la médiocre (LXXV. et suiv.). Or, j’ajoute maintenant que le surplus ne seroit pas seulement inutile, mais qu’il pourroit être préju- diciable à un certain égard, parce que des effets bien différents venant à se confondre l’un avec l’autre, cela pourroit rendre équivoque le résultat des expériences. Effectivement, comme ces sortes de plans choisis parmi les meil- leurs participent à la nature des cohibents (XXXII. XXXIII.), ils donneroient lieu immancablement aux phénomènes de l’électrophore (XXVI.); phéno- mènes pourtant que nous voulons écarter absolument de ceux d’un autre genre dont il s’agit maintenant, et que nous nous proposons d’examiner ici particulièrement. Pour éviter un pareil inconvénient, il faut avoir le plus grand soin, je ne dis pas de ne point mettre le disque sur des plans un peu cohibents, puisque ce sont au contraire les meilleurs dont on puisse se servir (XXXII. XXXIV.); mais bien de ne jamais appliquer au disque posé, une force électrique qui excède sa capacité, et qui ait assez de tension pour se transmettre et s’attacher à la surface du plan qui le porte, une électricité qui se manifeste par de vives étincelles; de n’employer qu’une électricité foible, languissante, à peine suffisante pour attirer un fil léger, ou tout au plus pour jetter une étincelle bien petite.

N.° LXXXII. En prenant de pareilles précaution, on pourra se servir avec avantage, même de plans enduits de cire d’Espagne ou d’une autre matière isolante, d’un plateau ordinaire d’électrophore, pourvu que sa couche résineuse ne soit pas épaisse, et on n’aura point à craindre que le disque placé sur un tel support, fort électrisé, ne s’imprime à la face isolante (XXVI.). D’un autre côté, on aura l’avantage très-considérable, que le disque conser- vera l’électricité bien plus long-temps que si on l’électrisoit dans toute autre position (XLII.).

N.° LXXXIII. J’ai annoncé quelques expériences curieuses, qu'on peut faire commodément avec notre appareil, comme par exemple celle de décharger mon pistolet et d’allumer ma lampe à air inflammable, etc. (LXXV.). Or, il ne sera point hors de propos que j’indique la manière la plus commode et la plus facile de faire ces expériences et autres semblables, de les réitérer un grand nombre de fois et sans beaucoup de peine. M. CAVALLO nous a enseigné une méthode qui lui est particulière, de préparer les bouteilles de Leyde de manière à conserver leur charge pendant un temps considérable, même en les portant dans la poche

Voici la construction de cette bouteille. Outre l’armure intérieure et extérieur dont on la revêt comme les autres bouteilles de son espèce, elle porte mastiqué à son col un tube de verre ouvert par les deus bouts. qui s’avance dans la bouteille, et qui a un petit fil métallique attaché à volonté à son extrémité inférieure, lequel touche l’ar- mure intérieure. Le fil de. métal appartenant à cette bouteille, surmonté de son bouton, est cimenté également dans un autre tube de verre à peu-près deus fois plus long et plus mince que le premier tube mastiqué dans le col de la bouteille, afin d’y pouvoir entrer. Ce fil de métal est cimenté en sorte qu’il n’y ait que son bouton qui déborde à une des extrémités du tube, et qu’il sorte lui-même un tant soit peu par l’autre extrémité On peut, en sou- tenant cc dernier tube par son milieu, le tenir en dedans ou en dehors de l’autre tube mastiqué dans le col de la bouteille, de façon à toucher le fil métallique attaché à l’extrémité inférieure de ce dernier, et cela sans décharger la bouteille, si elle se trouve chargée. J’ai conservé une semblable bouteille chargée pendant six semaines entières, et il y a toute apparence qu’on la conserveroit plus long-temps, si on vouloit. Un électrisant industrieux qui commence à faire des expériences, peut se servir d’une bouteille de cette espèce, pour produire diffé- rents effets fort agréables. Traité Sur l'Electricité, par M. CAVALLO, part. IV, chap. I, traduit de l’Anglois. Florence, 1779.

. Une bouteille préparée selon cette méthode, et chargée, si elle est un peu grande, peut être considérée comme un magasin d’électricité; elle peut conserver, pourvu qu’on en retire le petit tube de verre (celui à tra- vers lequel passe le fil de métal, qui, par une de ses extrémités, va toucher l’armure intérieure, et dont l’autre extrémité saillante hors du tube se termine en un petit bouton), pourvu encore qu’on la laisse en repos la plus part du temps, et qu’on ait soin de la garantir de l’humidité, elle peut, dis-je, con- server une charge passablement forte pendant toute une semaine, et une foible charge beaucoup plus long-temps. Mais quoi ! par le moyen que j’indique, ce foible reste de charge, dont la foiblesse va peut-être jusqu’à ne pouvoir donner une étincelle visible, sera plus que suffisant pour la faire donner bonne au disque, toutes les fois que replaçant dans le col de la bouteille le petit tube avec son fil de métal, je viendrai à toucher avec le bouton de celui-ci mon disque posé convenablement, et que je le souleverai ensuite en l’air. C’est assez que la charge de la bouteille ne soit pas entièrement dissipée et réduite absolument à rien; et il se passera bien du temps avant que cela arrive à une bouteille avec les précautions qu’on vient de prescrire. Supposons, et la sup- position n’est pas outrée, qu’elle soit en état de conserver la charge qu’on lui a donnée, au point de donner encore une étincelle visible au bout de quinze jours; elle retiendra certainement pendant plusieurs mois, et peut-être pendant: un an entier, assez de charge, au moins pour attirer un fil léger. Il n’en faut pas davantage pour le but que nous nous proposons de faire étinceler le disque, en nous y prenant de la manière qu’on a expliquée.

N.° LXXXIV. Mais au lieu d’appliquer immédiatement à notre disque le bouton de la grande bouteille qui sert de magasin, il sera à propos de se pourvoir d’une autre bouteille armée très-petite, et de faire toucher son crochet ou son bouton à celui de la grande bouteille, pour lui donner une charge pro- portionnée à sa capacité, qui est bien moindre, à cause de son extrême peti- tesse; puis de toucher avec ce même crochet ou bouton le disque comme il doit l’être: par ce moyen, quelque foible que soit la charge de la petite bou- teille, et toute incapable qu’elle est par elle-même de donner des étincelles, on donnera au disque une dose d’électricité assez forte, pour qu’il lance une bonne étincelle, quand on viendra à le lever; et cela non pas une fois seulement, mais plusieurs fois de suite, pourvu qu’on touche le disque à chaque fois qu’on le remet sur le plan, avec le crochet ou bouton de la petite bouteille, sans qu’il soit besoin de le faire toucher à celui de la bouteille qui sert de ma- gasin. Après qu’on aura, en réitérant ce jeu, fait donner au disque dix ou douze étincelles plus ou moins, selon que la petite bouteille aura plus ou moins de capacité, selon que sa charge sera plus ou moins forte; quand cette charge sera entièrement épuissée, il ne sera question que de la faire toucher une autre fois par son bouton à celui de la grande bouteille, pour recommencer, si on veut, à faire étinceler le disque un pareil nombre de fois.

N.° LXXXV. M. INGENHOUZE emploie un moyen tout semblable. Il se sert d’une très-grande bouteille préparée à la manière de M. CAVALLO, qui conserve sa charge très-long-temps, et d’une autre bouteille ordinaire de Leyde d’une grandeur convenable, qu’il charge aux dépens de la première, toutes les fois qu’il lui prend envie de faire certaines expériences curieuses, comme par exemple d’allumer une bougie avec l’étincelle électrique; ce qu’il obtient, en déchargeant cette moyenne bouteille à l’aide d’un arc conducteur, qui a une de ses extrémités arrondies enveloppée d’un flocon de coton sau- poudré de résine pulvérisée

Moyen facile d’allumer une bougie avec une étincelle électrique très-modérée. Lu le 7 Juillet 1779. L’Auteur a eu la bonté de m’envoyer cet Ouvrage, avec un autre qui a pour titre: Expériences concernant l’Electrophore.

. Cette matière prend aisément feu en même temps que le coton, au moyen d’une médiocre explosion, et le coton enflammé allume la bougie. On doit pourtant comprendre que si la grande bouteille n’a pas été bien chargée dans l’origine, ou s’il y a déja du temps qu’on l’a chargée (il ne faut quelquefois que peu de jours pour faire évanouir la plus grande partie de la charge, quoiqu’on ait préparé la bouteille avec tout le soin imaginable); et sur-tout si on ne l’a pas gardée comme il faut, elle ne donnera plus immédiatement par elle-même, loin qu’elle puisse mettre la petite bouteille en état de donner l’explosion de la force requise; bientôt même on n’aura plus ni secousse, ni étincelle visible. Je dis bientôt, c’est-a- dire, au bout de quelques semaines.

N.° LXXXVI. Il n’en sera pas de même, si l’on y joint mon appareil, consistant en un simple disque de métal posé sur un plan bien conditionné, tel qu’un carreau de marbre bien poli, un mur sec et lisse, un disque de bois également sec et bien net, ou mieux encore vernissé ou bien enduit de cire d’Espagne, une toile cirée ou une vieille toile peinte, un satin, une serge, un camelot, ou enfin tout autre déférent imparfait, ou imparfait cohibent, et même, si vous voulez, un cohibent parfait, mais dont il n’y ait qu’une couche bien mince étendue sur un déférent. Quand l’électricité est foible dans la grande bouteille, au point de ne montrer qu’une très-légère tension, quand elle y est pour ainsi dire muette, et qu’elle paroit telle à plus forte raison dans la petite bouteille qu’on fait toucher à la grande, afin d’en titer la portion de charge convenable, se seroit-on jamais imaginé qu’elle pût suffire encore pour électriser mon disque à différentes reprises, de manière à lui faire donner des étincelles passablement fortes, autant qu’il le faut pour faire prendre feu à mon pistolet, pour allumer ma lampe à air inflammable, pour animer vigoureusement un électrophore qui est sans action, pour charger une autre petite bouteille

Voici la manière de donner une forte charge à une petite bouteille avec une grande foiblement chargée. Qu’on touche avec le bouton de celle-ci notre disque de métal couché à sa manière accoutumée, et qu’on le lève aussi-tôt, en le tenant isolé: il aura pour lors un degré de tension d’électricité suffisant pour lancer une étincelle passable au crochet de la petite bouteille, quoique la grande avec laquelle on l’a touché, eût à peine la force d’attirer un fil. Après avoir reporté le disque sur le plan, qu’on le touche encore comme la première fois avec le bouton de la grande bouteille, et l’ayant levé de nouveau, qu’on l’approche une seconde fois du crochet de la petite bouteille, pour lui donner une étincelle: en recommençant le même jeu vingt, trente, quarante fois, la petite bouteille, au moyen de ces vingt, trente, quarante étincelles, se trouvera chargée au point de faire elle-même son explosion avec une vive étincelle. Si, au lieu de présenter le disque levé au crochet d’une petite bouteille, vous le présentez de côté à la face résineuse d’un électrophore, en parcourant plusieurs de ses point, et si vous répétez la même opération un certain nombre de fois tout de suite, vous l’aurez bientôt animé. Pour faire cette expérience commodément, vous pourrez vous servir du disque même de l’électrophore que vous voulez animer, et de son plateau: vous toucherez avec le bouton de la grande bouteille le disque, tandis qu’il couvre la face résineuse; et aprés l’avoir levé, vous le ferez toucher ou avec son rebord à cette même face résineuse, puis l’ayant posé de rechef sur le plan, et l’ayant touché encore avec le crochet de la grande bouteille, vous le leverez, vous le ferez courir comme ci-devant, en rasant avec son rebord la surface résineuse, et vous réitérez tout cela un certain nombre de fois.

, etc.; se seroit-on imaginé, dis-je, avant les expériences que j’ai rapportées dans ce Mémoire, que la plus petite tension de charge restante dans la grande bouteille, quoiqu’elle se divise encore pour se par- tager entre le grande et la petite bouteille, et qu’elle se sous-divise en passant de celle ci au disque couché, fût en état de fournir une vive étincelle, non pas une, mais plusieurs? Voilà pourtant ce qui arrive constamment, tant que l’électricité de la grande bouteille n’est pas entièrement épuisée, tant qu’il lui en reste une ombre, pour ainsi dire une idée, et il lui en restera certainement tant soit peu après plusieurs mois, si, au bout de quinze jours, elle se mani- feste par une étincelle et par une secousse sensible.

N.° LXXXVII

Qui, l'indicazione del N.° del paragrafo, che per errore è stata omessa in Roz. Obs., è data invece da Cart. Volt. I 19. [Nota della Commissione].

. Quand je n’ai besoin que d’une ou de peu d’étincelles, je préfère de faire passer l’électricité de la bouteille qui sert de magasin dans une très-petite bouteille, ou dans un tube qui n’a pas plus de 2 ou 3 pouces de surface armée. Je suis dans l’usage de donner à ce tube la forme d’un doigtier; je le place sur l’index; je lui fais toucher par le bout ou par sa face extérieure (qui est armée d’une feuille de métal à la manière des autres bou- teilles de Leyde) le bouton de la grande bouteille, et le fais ensuite toucher au disque couché à son ordinaire, et il s’électrise aussi-tôt autant que j’ai besoin qu’elle le soit. Le doigtier, à chaque fois qu’il a touché le bouton de la grande bouteille, peut faire donner quatre, six ou huit étincelles au disque, en le touchant autant de fois pendant qu’il est posé, et en le tenant autant de fois; après quoi il faut ranimer le doigtier, en le reportant au bouton de la grande bouteille, et ainsi de suite. Cependant il y a cet avantage, qu’on ne tire chaque fois du magasin qu’une petite charge d’électricité, d’amant plus petite, que la capacité du doigtier est moindre.