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SUITE DU MÉMOIRE DE M. DE VOLTA

SUR LES CONDUCTEURS ÉLECTRIQUES.

(da Roz. Obs. 1783. T. XXIII, pg. 81).

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N.° LXXXVIII. Mais il s’en faut bien que des expériences uniquement curieuses et amusantes, soient les seules applications qu’on puisse faire d’un moyen si commode et si facile d’agrandir en quelque sorte l’électricité, ou de rendre sensible et agissante celle qui autrement resteroit insensible et sans action. Il se présente des emplois et des applications bien plus utiles, qu’on peut faire de notre appareil, que j’appellerai dorénavant condensateur de l’électricité; emplois et applications qui peuvent conduire à de nouvelles et importantes decouvertes. Je ne parle point de l’avantage qu’il nous pro- cure de rendre manifeste l’électricité originaire dans un plus grand nombre de corps, et par une méthode plus facile; dans les corps, dis-je, dans lesquels il nous eût été impossible de la découvrir, à nous en tenir aux moyens ordi- naires, dans lesquels même nous ne l’eussions pas soupçonnée

Voyez la note du No. XXXIII.

. Je n’in- siste point sur ce qu’en nous faisant appercevoir comment tous les déférents opposent quelque résistance, apportent un certain retard au passage du fluide électrique, sans en excepter même les métaux, il nous offre les moyens de déterminer au juste quels sont les plus et quels sont les moins résistants, et dans quelles circonstances ils sont tels. Je ne ferai pas valoir l’idée que ces dernières experiences m’ont donnée d’un hygromètre électrique extrê- mement sensible

Je vais donner une idée de cet hygromètre. Un carreau d’ivoire sert de plan, sur lequel on applique à l’ordinaire un disque de métal, qu’on électrise dans cette position avec le bouton d’une bouteille chargée mediocrement. L’ivoire, qui est, par sa nature, un conducteur im- parfait, force une quantité d’électricité plus ou moins grande, selon qu’il est plus ou moins sec, de se concentrer dans le disque. Comme il est très-sensible à l’humidité, on voit que les signes d’électricité qu’il laissera donner au disque, feront en raison inverse de l’humidité domi- nante. Qu’à ce disque soit donc annexé un électromètre, lorsque vous touchez le bouton de la petite bouteille chargée le disque qui pose sur le carreau d’ivoire, il en résultera une tension à peine sensible de 2 ou 3 degrés, et moindre même, si le carreau qui sert de support est humide. Cependant elle deviendra toujours plus que sensible, quand on levera le disque.

Deux choses sont d’une nécessité indispensable pour cette expérience. Premièrement, il faut que la charge de la bouteille ait au moins toute la tension que le disque de métal peut avoir, tandis qu’il pose sur le carreau d’ivoire, parce que si elle ne l’a pas, elle ne pourra pas la donner. Si elle se trouve plus grande, cela n’en sera que mieux, parce que le surplus se déchar- gera en passant à travers l’ivoire, et le disque ne conservera que la dose d’électricité qu’il peut contenir dans sa position actuelle. En second lieu, après avoir électrisé le disque, il faut retirer promptement le bouton de la petite bouteille, parce que le moindre délai occasionneroit à ce disque une perte considérable.

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Ce qui est trop important pour que je puisse l’omettre, c’est le moyen extraordinairement aisé que notre appareil nous fournit d’exa- miner l’électricité atmosphérique, et de rendre celle même d’un ciel serein sensible à toute heure, au point de se manifester par des étincelles.

N.° LXXXIX. Personne n’ignore qu’il y a déjà long-temps qu’on fait des observations sur cette matière, sur l’électricité d’un ciel serein; mais quels appareils n’a-t-il pas fallu employer pour la rendre sensible, et encore jusqu’à quel point a-t-on réussi? A peine y est-on parvenu avec les conducteurs de la foudre les plus élevés, ou au moins, quand ils ne sont pas fort élevés, faut-il qu’ils soient garnis d’un fil de métal, qui fasse un long trajet dans l’air: encore par-là n’obtient-on pas toujours les signes électriques; et quand on les obtient, ils sont la plupart du temps si foibles, qu’ils se manifestent à grande peine par le mouvement d’un électromètre très sensible, très-rarement par une foible étincelle

Voyez l’Opuscule du P. BECCARIA sur l’électricité d’un ciel serein.

. On obtient quelque chose de plus avec les cerf-volants ou aiglons électriques, pourvu qu’ils soient bien faits, et qu’on les fasse monter à une hauteur prodigieuse

Consultez les Transactions Angloises et l’ouvrage déjà cité de M. CAVALLO.

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Par leur moyen, on tire du ciel, même lorsqu’il est serein, une électricité assez sensible: ils ne nous permettent pas de douter qu’il ne règne en tout temps dans la région supérieure de l’atmosphère une élec- tricité douce, tant que le ciel est calme et serein, et toujours dans ce cas, d’une même espèce, toujours positive. Mais cette douce électricité, qui accompagne toujours un ciel serein, a-t-elle une période constante? et cette période, quelle est-elle? a-t-elle quelqu’influence? et comment influe-t-elle sur les météores qui contiennent une électricité plus forte et bruyante, variable en outre, étant quelquefois positive, quelquefois négative, telle qu’elle se manifeste dans les nuées grosses de pluie, encore mieux dans celles chargées de neige, et par-dessus tout, dans les nuages orageux? Est-elle, je reviens à l’électricité du ciel serein, est-elle le premier principe, le principal moteur de ces météores? y contribue-t-elle peu ou beaucoup? on est encore à le savoir. Beaucoup de Physiciens se sont occupés à chercher la solution de ces problèmes: ils ont beaucoup imaginé; mais qu’ont-ils prouvé? On peut cependant se flatter de l’espérance qu’on parviendra à savoir quelque chose de plus, à faire de meilleures inductions, pourvu que les observations con- cernant la Météorologie électrique se multiplient, pourvu qu’elles deviennent familières et journalières, je ne dis pas à un petit nombre de bons Observateurs, mais à tout Electricien médiocre. Or, c’est ce que nous avons lieu de croire qui arrivera, après avoir trouvé un moyen si facile de rendre sensible en tout temps la plus foible électricité atmosphérique, sans être obliges d’avoir recours à des cerf-volants, d’un service toujours incommode et souvent impossible, en faisant simplement usage d’un conducteur ordinaire, fixe ou mobile, comme on l’aimera mieux, qui ne demande pas à être fort élevé, et qui ne peut pas être fort dispendieux à cause de son extrême simplicité.

N.° XC. Nous avons dit (LXXXVIII.) que ce moyen nous est fourni par notre appareil, consistant en un disque de métal posé sur un plan. Ce plan, il est vrai, tel que les expériences le requièrent, doit être un plan choisi parmi les meilleurs, tel qu’un plat de bois bien vernissé et bien sec, ou mieux un plateau d’électrophore, dont la couche résineuse soit fort mince, et qui soit dénué absolument d’électricité. Que le disque de métal posé sur l’un de ces plans, touche le fil conducteur de l’électricité atmosphérique, c’est assez pour qu’il en tire et qu’il reçoive une quantité suffisante d’électricité, sans en excepter le cas où ce fil ne donne pas le moindre signe par lui-même, où il remue point le fil le plus léger. Si vous me demandez comment cela se fait, je vous répondrai que le fil conducteur n’est pas absolument sans électricité, comme il le paroit (si cela étoit, ce seroit en vain qu’on auroit recours à notre condensateur), mais qu’il la possède dans un degré trop foible pour être apperçue; que cette électricité, dont le degré de tension est imper- ceptible, passe petit à petit, par voie de communication, du conducteur au disque de métal, auquel sa position favorable sur un plan bien conditionné, donne une capacité extraordinaire (LXIX. et suiv.). Ainsi, lorsqu’on levera le disque, et qu’on le réduira par là à son peu de capacité naturelle, l’électri- cité qu’on lui aura communiqué se déploiera avec une tension d’autant plus grande, que sa capacité sera devenue plus petite en comparaison de ce qu’elle étoit auparavant. On ne doit donc pas s’étonner que le disque imprime alors un mouvement sensible à l’électromètre, qu’il donne même parfois quelque petite étincelle.

N.° XCI. Il faut cependant remarquer que, lorsque l’électricité atmosphé- rique est tout-a-fait imperceptible dans un conducteur simple, il ne faut pas se contenter de lui faire toucher le disque un instant seulement. Il faut les laisser appliqués l’un à l’autre, l’espace de six, huit minutes ou plus, selon les circonstances, si on veut tirer parti du disque, et cela par la raison (XC.) qu’il ne prend que petit à petit la dose d’électricité qu’il lui faut pour le porter à une tension égale à celle du conducteur qui la reçoit de l’air environnant; dose qui n’est pas absolument petite, quoique sa tension soit extrêmement foible et imperceptible, à cause de la grande capacité dont le disque jouit dans une position si favorable (LXIX.). Il est inutile d’observer que le plan sur lequel pose le disque doit être des plus excellens, sans quoi il faudrait le tenir chaud pendant l’expérience, pour lui faire conserver l’électricité, qu’il perdroit autrement à mesure qu’il la recevroit.

N.° XCII. En opérant de cette manière, il n’y aura point de jour dans l’année, point d’heure dans le jour, où avec un conducteur élevé seulement à une hauteur raisonnable, nous ne puissions avoir des signes plus ou moins sensibles de l’électricité atmosphérique dominante. Pluie, vent, brouillard, temps serein, tout cela fera donner, sinon immédiatement au conducteur, du moins par son moyen au condensateur, quelque petite étincelle, s’il n’y a rien de plus. Pour moi, je peux dire que, dans le grand nombre d’epreuves que j’ai faites depuis plusieurs mois, je n’ai jamais manqué d’obtenir de pareils signes, quoique le conducteur dont je me suis servi ne soit ni bien élevé, ni fort en ordre, quoiqu’il ne donne jamais aucun signe par lui-même, à moins qu’il ne passe au-dessus de lui de gros nuages obscurs et orageux, ou qu’il ne tombe tout-à-coup une pluie très-abondate: il n’y a point d’heure, dis-je, où je n’aie eu des signes électriques très-marqués, toutes les fois que j’ai eu recours à mon appareil. Je me propose de faire aussi l’épreuve de l’électromètre pour la pluie, imaginé et décrit par le même M. Ca- vallo, que j’ai eu occasion de citer plusieurs fois

Dans l’Ouvrage cité, part. 2, chap. 3.

, et je ne doute point que je m’obtienne de petits mouvements d’un fil très-léger. L’instrument dont cet habile Electricien se sert habituellement pour découvrir l’état de l’électricité atmosphérique, est une longue baguette à pêcheur, au haut de laquelle il a isolé un petit morceau de liège et attaché deux fils pendants, qui portent de petites boules de sureau

Voyez la description qu’il en donne au même endroit.

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Au lieu de cela, je veux isoler la baguette par le pied, et de son extrémité je ferai descendre par toute sa lon- gueur un fil de fer bien mince, jusqu’à l’endroit de l’isolement, d’où, en se repliant en dehors, il viendra toucher mon disque, posé comme à l’ordinaire sur son plan chéri. Avec un appareil si simple et portatif, je me promets d’ob- tenir des signes électriques, même dans les plus beaux jours

Ayant, dans ce dernierss temps, fait l’épreuve d’une baguette préparée selon cette méthode, j’ai eu la satisfaction de voir l’événement répondre à mon attente. Toutes les fois que je l’ai exposée au dehors d’une fenêtre à l’un des étages supérieurs de la maison, en la retenant avec trois ou quatre cordons de soie attachés à autant de clous, j’en ai toujours obtenu des signes électriques non équivoques, avec le secours bien entendu de mon condensateur, sans lequel je n’en ai jamais pu avoir, ou presque jamais. Je ne dois pas omettre ici que, dans le petit nombre de jour où je me suis attaché à examiner l’électricité de l’atmosphère à l’aide de mon appareil, il n’y en a eu aucun où je l’aie tenté sans succès. M. Canton et d’autres Phy- siciens assurent qu’ils ont obtenu des signes électriques plus forts qu’à l’ordinaire, dans le temps de quelque aurore boréale. Mais il y a d’autres Physiciens qui doutent que l’électricité influe sur ces météores; quelques uns même le nient formellement, entr’autres M. Cavallo et le célébre Abbé ***. J’en doutois très-fort moi-même: mais aujourd’hui je regarde la chose comme certaine, et je puis dire l’avoir vue et touchée pour ainsi dire avec la main. Dans cette belle aurore qui parut la nuit du 28 au 29 de Juillet de l’année 1780, au moment où s’élevant peu-à-peu de l’horizon, elle parvint au zénith, entre les quatre et cinq heures d’Italie, répandant de toutes parts une lumière rougeâtre dans un ciel serein d’ailleurs et venteux; on obtint d’un conducteur atmosphérique ordinaire, à l’aide de mon condensateur, plusieurs belles petites étincelles claires et pétillantes; au lieu que dans les autres temps sereins, à quelque heure que ce soit du jour ou de la nuit, le conducteur, même en y joignant le condensateur, ne donne pas d’étincelle, ou il n’en donne qu’une très-petite, les signes d’électricité se réduisant le plus souvent à la petite agitation d’un pendule très-léger. Ce n’est pas moi qui fis l’observation dans la nuit éclairée par la belle aurore boréale dont je viens de parler; mais un Chanoine de mes amis, M. Gattoni, avec qui je fais souvent des expériences, et qui a chez lui le conducteur dont j’ai fait mention. Comme ce conducteur n’est ni fort élevé, ni dans une position bien avan- tageuse, il est rare que, sans le condensateur, il donne des signes électriques, à moins que ce ne soit dons un orage, ou dans une pluie extraordinairement forte.

; signes que M. Cavallo ne peut pas se procurer aisément avec le sien, à moins que le ciel ne soit couvert de nuées bien noires, ou que l’air ne soit obscurci par quelque brouillard épais.

N.° XCIII. Je me flatte que M. Cavallo, aussi-bien que les autres Phy- siciens électrisants, sur-tout ceux qui font une étude particulière de la Météo- rologie, me sauront très-bon gré de leur avoir offert, dans mon appareil con- densateur, un moyen qui facilite prodigieusement les experiences concernant l’électricité atmosphérique, dans le cas où elle est trop foible pour se mani- fester dans le conducteur simple, et qu’ils s’en serviront pour pousser plus loin que jamais les recherches sur cette branche de la Physique, aussi belle qu’elle est importante. Dans un champ si fécond et si peu cultivé encore, qui peut dire quelles découvertes nous y attendent, quels et combien grands sont les avantages qu’on peut en retirer avec le temps? Si, de tout ce que j’ai fait et rapporté dans cet Ecrit, j’en recueille un seul fruit, celui d’animer un grand nombre de personnes à faire de semblables recherches, je ne demande rien de plus; je suis bien payé; je suis abondamment dédommage de tous mes travaux.

N.° XCIV. Le succès que j’avois eu avec mon appareil exposé à l’électri- cité naturelle de l’atmosphère, me fit naître la pensée de l’exposer pareil- lement à l’air vaporeux électrisé artificiellement. Pour cet effet, dans une salle que j’avois remplie abondamment d’une fumée épaisse, et où j’avois fait jouer pendant un certain temps la machine électrique, je plaçai un vaste conducteur isolé. Environné de toutes parts de vapeurs électrisées, il me don- noit quelques signes, mais pas une seule étincelle. J’établis donc une commu- nication entre se conducteur et le disque posé à l’ordinaire, au moyen d'un fil de fer pendant de l’un sur l’autre; et au bout de quelques minutes, ayant retiré le disque du contact avec le fil, en le soulevant du plan sur lequel il posoit, je le trouvai électrisé, au point de me donner une étincelle d’une force médiocre. L’expérience me réussit plusieurs fois de suite, en remettant le disque sur le plan et en contact avec le fil, tant que l’air et les vapeurs répandus dans la salle perdirent enfin absolument toute leur électricité.

N.° XCV. Je me propose de tenter, si je pourrai une bonne fois obtenir quelque signe d’électricité des vapeurs également artificielles, mais naturel- lement électrisées; en obtenir, dis-je, quelque signe d’électricité, soit pendant qu’elles sont fort épaisses et qu’elles montent avec rapidité; soit dans le temps où se raréfiant, elles cessent d’être visibles; soit enfin lorsque se condensant, elles redeviennent sensibles. Je peux également soumettre à l’épreuve les corps eux-mêmes, dont les vapeurs s’exhalent. Enfin, la condensation et la raré- faction de l’air, ses mouvements impétueux, le froid et la chaleur excités artificiellement, généralement tout ce qui peut imiter, de quelque manière que se soit et en petit, les changements qui se font en grand dans les vastes champs de l’atmosphère: voila les phénomènes que j’examinerai avec tout le soin possible, pour tâcher de découvrir si jamais ils sont accompagnés de quelque degré d’électricité. Je n’ignore pas que beaucoup de Physiciens ont déjà fait des essais de ce genre, qui ont été infructueux. J’ai fait moi-même diffé- rentes tentatives, qui n’ont pas eu plus de succès. Mais il est possible que ce manque de succès soit venu, non pas de ce que l’électricité n’ait aucune part aux phénomènes dont il s’agit, mais de ce qu’elle y est extrêmement foible et imperceptible. Si ce soupçon étoit fonde, je me tiendrois assuré du succès, ne doutant pas que mon appareil condensateur ne remédiât à un pareil défaut.

N.° XCVI. Je hasarderai même une réflexion, qui a peut-être échappé à plusieurs de ceux qui ont tenté de semblables épreuves. Le conducteur qu’on destine à donner des signes d’électricité, au cas qu’on parvienne à l’exciter, ne doit pas être entièrement plongé dans l’air vaporeux qu’on veut soumettre à l’examen, relativement à son état actuel d’électricité; dans cet air, dis-je, échauffé ou agité, ou altéré en quelque manière que ce soit par des moyens artificiels; mais il doit s’étendre beaucoup hors de ce champ d’air, et aboutir à une autre champ absolument dégagé de ces vapeurs, et d’une constitution, d’une température toute différente. Il faut pour cela un fil de métal suffi- samment long, et tel à pouvoir établir une communication entre deux portions d’atmosphère inégalement électrisées, afin que la force, qui tend à y rétablir l’équilibre, détermine le feu électrique à se porter d’un bout à l’autre du fil de métal, et qu’ainsi les signes électriques puissent se manifester. Cela est clair pour quiconque a une idée de l’action des atmosphères électriques, et bien prouvé par les expériences faites avec les conducteurs ordinaires de l’électri- cité atmosphérique, sur-tout avec les cerfs-volants, puisque, au cas qu’ils ne soient pas fort élevés les uns comme les autres, il suffit qu’ils fassent un très- long trajet dans l’air, pour qu’ils donnent des signes bien marqués d'électri- cité. Or, si la longueur du fil conducteur importe tant, soit qu’il s’élève ver- ticalement dans l’air, soit qu’il s’étende dans une direction oblique à l’horizon, ne peut-on pas raisonnablement présumer que ce sera la même chose, du moins à-peu-près, que le fil soit tendu horizontalement, pourvu qu’il ait ses deux extrémités placées dans des champs d’air d’une constitution, d’une tempé- rature toute différente?

N.° XCVII. Mais laissons, pour le présent, des vues qui nous éloignent trop de l’objet que nous nous sommes proposé de traiter dans cet Ecrit; laissons des expériences dont le succès est encore incertain, pour nous occuper encore un moment de quelques autres, qui ne sont pas douteuses, qu’on peut déduire des précédentes par une induction fondée, qu’on a d’ailleurs vérifiées par les faits, et qui serviront à résoudre le reste des problèmes avancés au commencement. Puisqu’un disque de métal tire un si grand avantage d’être posé à plat sur des corps demi-déférents et demi-cohibents, que sa capacité devenue considérablement plus grande que celle dont il jouit dans l’état d’isolement (LXIX. et suiv.), le met dans le cas d’accumuler dans son sein une bonne dose d’électricité, quelque moyen qu’on emploie pour la lui com- muniquer, une machine tout-à-fait mauvaise (LXXV.), une bouteille chargée très-foiblement (LXXIV.), un conducteur de l’électricité atmosphérique, qui paroît n’avoir aucune action (LXXXVIII. et suiv.), jusqu’à l’air vaporeux et électrisé d’une salle (XCIV.); d’après tout cela, on devoit bien présumer qu’on pourroit aisément l’accumuler dans ce même disque, en l’y excitant par le frottement. C’est ce que j’ai prédit à ceux qui m’ont aidé plus d’une fois dans ces expériences, comme dans les autres

Deux jeunes Etudiants de l'Université de Padoue, M. l'Abbé Carnevali de Crémone, et M. l'Abbé Majori de Borgomanero.

; et l’événement a parfai- tement justifié ma prédiction. Le disque de métal se trouvant absolument isolé, si on le frotte avec un morceau de pelisse, ou de velours, s’électrise toujours un peu, mais si peu pour l’ordinaire, qu'à peine peut-on en tirer une très- foible étincelle: mais si ce même disque repose sur un beau plan de marbre ou de bois bien vernissé, sur une bonne toile cirée, sur une couche de résine peu épaisse, et qu’on le frotte, comme dans le premier cas, avec un morceau de velours ou de pelisse, il vous lancera une étincelle bien plus forte lorsque vous le souleverez. Au lieu de le frotter, je préfère de le frapper fortement et plusieurs fois avec une bande de velours, de pelisse, de flanelle neuve ou autre étoffe semblable, cousue à l’extrémité d’une bande bien plus longue de cuir fort. Quand le disque n’est pas bien grand, vingt ou trente coups suffisent pour l’électriser, quelquefois au point qu'en le levant tout de suite après, on voit l’électricité s’élancer en dehors en jets spontanés.

N.° XCVIII. II y a plus; il n’est pas même nécessaire, pour exciter l’élec- tricité dans le disque, de le frotter ou de le frapper avec une étoffe tissue de poils ou de soie, matières reconnues pour idio-électriques, quoique, pour peu qu’elles soient humides, ce soit de très-mauvais idio-électriques; en frappant le disque posé sur le plan avec cette même bande de cuir nu, avec un morceau d’étoffe, mieux que tout cela avec le feutre, en supposant que ces corps ne soient pas très-secs, et qu’on doive conséquemment les regarder comme de vrais déférents, quoiqu’imparfaits, ou l’électrise assez fortement pour lui faire donner une étincelle passable, tandis que, par le même moyen, on n’ex- citeroit pas assez l’électricité dans le disque pour lui faire attirer un fil léger, s’il étoit parfaitement isolé. Je suis parvenu bien des fois, en frottant ou en frappant le disque avec la main nue, à l’électriser suffisamment pour mouvoir un électromètre sensible; ce qui fait voir, pour le dire en passant, que notre peau n’est pas un conducteur parfait, mais bien un corps un peu cohibent et idio-électrique dans un certain degré. On pourra peut-être découvrir, par un semblable moyen, qu’il n’y a pas jusqu’aux métaux qui ne soient tant soit peu idio-électriques: et c’est qui arrivera, si on parvient à faire donner quelques signes d’électricité à notre disque de métal, en le frappant avec un autre métal. Cet événement ne devroit pas nous surprendre, d’après ce que j’ai démontré, qu’ils opposent eux-mêmes quelque résistance à la sortie du fluide électrique, et qu’ils le retardent sensiblement (XXVIII. XXIX. et suiv).

N.° XCIX. Eh bien, puisque nous venons de voir qu’on électrise le disque posé sur le plan en le frappant avec la main nue, on ne sera donc pas surpris de voir la même chose arriver, et quelque chose même de plus, en se servant de la main revêtue d’un gant de peau, de pelisse ou de soie; moyen des plus faciles et des plus commodes pour faire une si belle expérience. Mais le moyen le plus simple et le plus curieux tout-à-la-fois, celui dont je me sers bien sou- vent, c'est de frapper le disque avec une aile de son chapeau qu’on a toujours avec soi. J’obtiens par ce moyen, quand je veux, une étincelle plus que suf- fisante pour faire prendre feu à mon pistolet, à mon accendilume à air inflam- mable, souvent même une étincelle qui s’élance à un bon pouce de distance.

N.° C. Nous avons supposé jusqu’ici, que les expériences dont nous avons parlé, se faisoient avec un disque de métal posé à plat sur des déférents ou très-imparfaits, ou couverts d’une couche isolante bien mince. Or, il nous reste à voir ce qui doit arriver, en substituant à ce disque un autre disque, qui ne soit lui-même que peu déférent, ou qui soit demi-cohibent. Je dis donc qu’en supposant le disque tel, les effets que nous avons décrits auront lieu, les mêmes phénomènes se feront appercevoir, soit que ce disque pose sur des déférents imparfaits comme lui, soit qu’on le place sur des conducteurs parfaits, tels que les conducteurs métalliques; car enfin tout dépend de cette petite résistance, qui s’oppose au passage de l’électricité d’une première sur- face à une seconde qui la touche, de la surface du disque électrisé à celle du plan qui ne l’est pas; résistance qui s’oppose à un tel passage, sans empêcher pour cela l’action de l’atmosphère électrique, qui s’emploie efficacement à mettre en action le feu contenu dans l’intérieur du plan non électrisé (LXX.); résistance, petite il est vrai, mais pourtant insurmontable pour la très-foible tension qui reste, en vertu d’un pareil contact, dans celui des deux plans qui est réellement électrisé. Or, il est aisé de concevoir que la résistance sera la même, que le retard occasionné au fluide électrique sera aussi le même, quel que soit celui des deux qui se trouve être un déférent imparfait, le disque pose sur le plan, ou le plan sur lequel pose le disque; que s’ils le sont tous les deux, c’est encore la même chose, par rapport aux effets qu’on en attend. Il n’y aura pas de difference non plus, soit que l’une des deux surfaces, soit que les deux ensemble se trouvent recouvertes d’une couche cohibente peu épaisse. Ce sera toute autre chose si cette couche cohibente a beaucoup d’epaisseur, puisque cette interposition anéantit absolument, ou au moins diminue, à proportion de son épaisseur, l’effet de l’atmosphère électrique que nous avons indiqué, qui est d’émouvoir le feu, etc..

N.° CI. Concluons qu’on peut faire toutes les expériences décrites dans le cours de ce Mémoire, en employant notre appareil ordinaire dans un ordre renversé, et qu’elles auront un égal succès. On ne trouve ni toujours, ni par-tout où on se trouve, une table de marbre d’une excellente qualité, ou de bois sec, tel qu’il le faut, un plan bien vernissé. J’ajouterai que par-là, elles de- viennent beaucoup plus faciles et plus commodes. On n’a pas toujours sous la main non plus une bonne toile cirée, une étoffe de soie ou de poil; bien souvent d’ailleurs le temps et le lieu, en rendant ces corps humides, les mettent par-là hors d’état de servir. En pareil cas, on ne peut tirer aucun parti du disque de métal ordinaire. Ayez donc à la place de ce disque un carreau de marbre d’une qualité éprouvée, bien taillé et poli, préservé de l’humidité avec le plus grand soin, nu à sa face inférieure destinée au contact (cependant si cette face est vernissée, l’expérience réussira beaucoup mieux; vous ne serez presque jamais obligé de chauffer le carreau, et il ne sera plus nécessaire de le préserver de l’humidité avec tant de soin), et dans tout le reste, revêtu d’une feuille de métal. Cette surface métallique sert pour en tirer plus faci- lement l’étincelle, qui, sans elle, ou ne se manifesteroit point du tout, ou seroit foible et languissante. Si vous n’avez pas la commodité de vous procurer du marbre, vous pourrez vous faire un plateau de bois sembleblement revêtu d’une feuille d’étain, ou argenté en dessus et bien vernissé en dessous, ou enduit de cire d’Espagne, ou couvert d’un morceau d’étoffe de soie en deux ou trois doubles, en cas qu’elle soit trop fine. Vous pourrez poser ce carreau de marbre, ce plateau de bois sur un plan quelconque, même de métal, sur une table unie ou raboteuse, sur un siège, sur un livre, sur le plancher même de votre appartement. Pourvu que vous les appliquiez exactement, soyez sûr que les expériences vous réussiront de cette manière comme de l’autre, ni plus, ni moins. Vous remarquerez pourtant ici que, si vous ne faites toucher votre plateau électrisé par sa surface à demi-isolante au plan déférent, qu’en un petit nombre de points, il perd en peu de temps toute ou presque toute son électricité; mais qu’au contraire, si vous le posez tout-à-plat, il la conserve avec ténacité pendant très-long-temps; qu’il en conserve encore un bon reste, après avoir été touché quelquefois avec le doigt ou autre corps semblable, quoique ces attouchements aient été continués ou répétés jusqu’à un certain point. Vous verrez qu’en l’électrisant dans le temps même qu’il pose sur le plan, avec une bien pauvre machine, ou avec une bouteille chargée très- foiblement, de manière à attirer à peine un fil léger; vous verrez, dis-je, le plateau posé se charger d’une assez bonne dose d’électricité, pour donner une vive étincelle, quand vous le leverez. Vous éprouverez enfin, autant de fois que vous voudrez l’électriser, en le frappant selon ce qui a été dit (XCVII. et suiv.), combien il est plus avantageux qu’il soit posé sur le plan au moment où vous l’électrisez, que s’il étoit isolé dans l’air. Dites-moi maintenant, si l’effet n’est pas le même, absolument le même, en employant, au lieu du disque de métal, le plateau de bois argenté en dessus, et bien vernissé en dessous; et si les expériences ne deviennent point par-là beaucoup plus commodes dans l’exécution, ayant la liberté de le poser indifféremment sur tel plan qu’on voudra. Dans le fait, que nous faut-il de plus pour l’expérience du pistolet et de l’accendilume électrique pour plusieurs autres, qui ne demandent qu’une seule étincelle? Rien autre chose qu’une petite bouteille qu’on peut porter dans la poche, de la façon de celles de M. Cavallo (cette bouteille, moyennant l’artifice que j’emploie, me sert bien plus long-temps qu’à lui et à M. Ingen- houze), et le plateau de bois ou de marbre décrit ci-dessus; car, pour ce qui est d’un plan quelconque, conducteur parfait ou imparfait, je le trouve par- tout. Voilà tout l’appareil, plus simple encore que le plus simple électrophore. Je dirai plus; je peux me passer de la petite bouteille, et me borner au pla- teau, puisque, posé sur un plan quelconque, et frappé pendant une demi- minute à coups redoublés avec une des ailes de mon chapeau, il me donnera une moyenne étincelle, et quelquefois même une très-forte (XCVIII. XCIX.), aussitôt que je le leverai.

N.° CII. Je crois, en finissant, devoir avertir encore une fois, que le plateau enduit de cire d’Espagne, ou revêtu d’un autre vrai cohibent, est bien le meilleur, quand il s’agit de rendre sensible une électricité, qui, sans cet appareil, seroit imperceptible, ou du moins très-foible, nommément pour examiner l’électricité atmosphérique d’un ciel serein

Le micro-électrophore dont je me sers plus communément aujourd’hui, est composé d’un carreau de marbre et d’un plateau de laiton, travaillés l’un sur l’autre, afin que le contact soit plus parfait; et tel qu’il en fasse pour ainsi dire deux plans de cohésion. Comme je n’ai pas rencontré un marbre de la meilleure qualité, pour n’être pas obligé de le faire sécher, ni de le chauffer au feu ou au soleil, je lui ai fait donner une couche de bon vernis copal: peut- être la laque conviendrait-elle encore mieux. J’ai choisi le marbre par préférence au bois, qu’on ne peut pas travailler aussi bien, et qui de plus est sujet à se courber

Quanto segue in nota, manca in Cart. Volt. I 19 [Nota della Comm.].

. En travaillant de même deux lames de métal, et en vernissant bien la face de l’une de ces lames ou même de toutes les deux, je pense qu’on feroit un condensateur meilleur et plus commode que tout autre.

; mais que, pour peu que l’élec- tricité soit forte, au point seulement de donner quelques petites étincelles, il sera aisé qu’elle fasse naître les véritables effets de l’électrophore, capables de jetter quelque confusion et des doutes dans des expériences aussi déli- cates, et dont le but est de faire de nouvelles recherches.
Ainsi, toutes les fois qu’on est obligé d’avoir recours au condensateur pour avoir des signes sensibles de l’électricité atmosphérique, il faut bien s’assurer qu’il n’y en a pas du tout qui soit imprimée à la face vernissée, ou enduite de résine, et l’en purger absolument, s’il y en a. Il ne faut pas appliquer le micro-électroscope au fil conducteur, si ce dernier donne de lui-même des signes d’une force passable, et tels qu’ils fassent connaître non-seulement l’existence, mais en- core l’espèce de l’électricité qu’il possède, s’il fait paroitre quelque petite étincelle. Et à quoi bon recourir alors au condensateur, puisqu’un électro- mètre ordinaire suffit? Notre appareil est réservé pour les cas où, s’en tenant aux moyens ordinaires, l’électricité demeureroit imperceptible, et pour ceux ou il seroit impossible de distinguer son espèce.

N.° CIII. Je crois avoir apporté des preuves suffisantes, et un assez bon nombre d’expériences, pour démontrer jusqu'à l’évidence les avantages dont jouit un conducteur, quel qu’il soit, quand on l’applique bien, et qu’on le fait toucher à plat à un autre déférents, pourvu que l’un ou l’autre, ou tous les deux ensemble soient de nature à opposer une certaine résistance au passage du fluide Electrique, soit que cette résistance vienne de leur nature et de leur constitution, et c’est le cas de tout déférent imparfait, tel que le marbre, le bois sec, etc.; soit qu’on doive l’attribuer à une couche légère de matière cohibente. Nous avons, je ne dirai pas clairement expliqué (c’est ce que je ferai ailleurs), mais indiqué seulement comment, à la faveur d’une certaine position, la capacité du conducteur électrisé vient à s’agrandir prodigieu- sement, en raison de la diminution de ce que j’appelle tension d’électricité (c’est proprement l’effort qu’elle fait pour s’étendre); effort qu’on doit at- tribuer à une sorte de compensation ou de balancement qui se fait alors, le feu naturel éprouvant dans l’intérieur du plan déferent qui sert de support, une agitation différente, selon les différents cas; c’est-a-dire, fuyant. le con- ducteur, quand il en a plus que sa dose naturelle, s’il est électrisé par excès; ou se pourtant vers lui, s’il en a moins, s’il est électrisé par défaut, sans passer néanmoins réellement, ni se communiquer de l’un à l’autre, car il est retardé, sinon absolument arrêté, par la dureté ou l’inertie du déférent imparfait

Une expérience que j’ai déjà indiquée plus d’une fois, et que je peux actuellement présenter dans un jour bien plus favorable, servira admirablement à éclaircir ce que nous disons ici. Qu’on pose le plateau de marbre ou de bois préparé convenablement sur un chan- delier parfaitement isolant, et qu’on place sur ce plateau le disque de métal; pendant qu’on électrise le dernier dans cette position, qu’on touche avec le doigt ou toute autre chose qu’on voudra, le bord ou le dessous du plateau, en sorte qu’il cesse d’être isolé; ayant fini d’électriser, qu’on retire d’abord le doigt du plateau, qu’on lève ensuite à l’ordinaire le disque de métal, il donnera, comme de coutume, les signes d’une vigoureuse électricité, quoiqu’on n’ait employé pour l’électriser qu’une bouteille chargée très-mesquinement, ou un autre agent foible. Selon moi, la raison pour laquelle le disque reposant sur le plateau, a pu se charger d’une dose aussi forte d’électricité (je suppose, pour me renfermer dans un seul cas, que cette électricité est positive; rien n’est plus aisé que de faire l’application des mêmes principes, au cas où elle seroit négative); la raison, c’est qu’on a donné lieu à une sorte de compensation ou équilibre acci- dentel, moyennant que le feu naturel s’est raréfié dans le plateau, dont il en est sorti une assez grande quantité par le doigt et à travers le corps de la personne non isolée qui le touchoit. Et que la chose soit ainsi, nous en trouvons un indice bien manifeste dans ce plateau; puisqu’en l’examinant, on trouve qu’il est électrisé par défaut, et à-peu-près autant que le disque supérieur l’est par excès. Mais on en a une preuve complète, si on répète l’expérience, sans toucher le plateau en aucune manière, c’est-à-dire, en le laissant dans son parfait isolement. En ce cas, comme par défaut de communication le feu naturel contenu dans le plateau ne trouve point où se jetter, il ne peut y avoir aucune espèce de compensation à l’électricité par excès, qui réside dans le disque de métal posé sur le plateau; conséquemment la tension ne peut en aucune manière diminuer dans le disque, qui ne peut donc point acquérir une nouvelle capacité, plus grande qu’à l’ordinaire. On ne peut certainement desirer une expérience plus directe que celle-ci, pour convaincre toute personne, quelle qu’elle soit, de la vérité de ce grand paradoxe, que j’ai entrepris de démontrer; savoir qu’une certaine espèce d’isolement imparfait, même très- imparfait, est beaucoup plus favorable pour accumuler et conserver l’électricité dans un con- ducteur, que ne l’est l’isolement le plus parfait. Effectivement, dans le dernier cas, quand notre disque de métal se trouve isolé très-imparfaitement, quand il pose sur un plateau de marbre ou de bois qui communique avec la terre, il fait des merveilles; touché avec le doigt, avec une clef ou autre conducteur, il conserve encore, malgré ces attouchements, une dose passable d’électricité; il en reçoit une très-forte d’une bouteille chargée fort mesquinement, d’une ma- chine très foible, etc.. Enfin, on parvient à l’électriser fortement, en le frappant avec un morceau d’étoffe ou de feutre. Si on le pose au contraire sur le même plateau, mais parfaitement isolé, il ne jouit plus d’aucune de ces prérogatives. Qu’on ne me dise pas que le plateau de marbre est isolant par sa nature. J’ai suffisamment répondu à cela (XVI. XXXIII.), et l’expérience même dont nous parlons, suffit pour nous convaincre qu’il est bien éloigné de l’être parfai- tement. S’il l’étoit, comment le feu auroit-il jamais pu se retirer du plateau même, et s’y raréfier, je ne dis pas seulement dans les points de contact avec le doigt auquel il commu- niquoit, mais dans tous ses points également; puisq’il se trouve électrisé par défaut dans tous ses points, sans excepter aucuns, dessus, dessous, et tout-à-l’entour? Je dis que notre plan de bois ou de marbre est bien éloigné d’être un cohibent vrai et parfait; puisqu’un certain degré de cohibence, sur-tout à la surface, qui n’empêche pas que le feu électrique n’ait une mobilité suffisante dans l’intérieur du corps, est précisément ce qu’il faut: comme il paroît par les explications que nous avons données en différants endroits, et même par toute la suite de cette longue Dissertation

Tutta questa nota manca in Cart. Volt. I 19 [Nota della Comm.].

.

, par ce peu de force cohibente qu’il rencontre à sa surface.
Comme la tension que le conducteur acquiert dans cette situation, tandis qu’on l’électrise même assez fortement, est extrêmement petite et presque imperceptible, on peut lui communiquer et accumuler dans son intérieur une grande quantité d’élec- tricité. Il obéit, dans cet état actuel de très-petite tension, à l’action qui la lui communique, toute foible qu’elle est. Mais cette électricité, qui dort eu quelque sorte dans le conducteur posé, qui y est pour ainsi dire stagnante, languissante et sans action; cette même électricité s’élève et s’élance à une beaucoup plus grande tension, à mesure qu’en éloignant le conducteur de cette ample communication, on empêche la compensation, le balancement dont nous avons parlé, et qu’on restreint par-là même sa capacité; elle s’élève, dis-je, et s’élance quelquefois si haut, qu’incapable de contenir une si grande abon- dance d’électricité, dont il se trouve comme surchargé, le conducteur jette des étincelles et des flocons de lumière dans l’air. Un électromètre qu’on lui adapte fait voir à l’oeil même la vérité de ce que je dis, et le porte à l’évi- dence; car nous le voyons se tenir à un degré fort bas, et faire à peine semblant de se mouvoir, tant que le conducteur électrisé demeure posé sur le plan: mais dès qu’on les sépare, à mesure qu’on l’en éloigne davantage, l’électro- mètre s’étend et s’élève de plus en plus, pour s’abaisser de nouveau, quand on remettra le conducteur sur le plan. L’effet est bien moindre, lorsqu’on présente le même conducteur ou disque de métal au même plan, mais à un angle, ou qu’on les fait toucher d’une manière quelconque, mais dans un petit nombre de points. En pareil cas, la tension indiquée par l’électromètre ne baisse pas beaucoup, et voilà pourquoi l’électricité force le passage à travers le déférent imparfait, qui sert de support, malgré son imperfection, surmontant la résistance que celui-ci lui oppose. L’électricité continuant de passer du disque dans le conducteur avec de petites étincelles bruyantes, avant qu’ils se touchent ainsi par un petit nombre de points, elle achève de se perdre dans le contact, s’il dure seulement pendant quelques moments. Quand on les approche au contraire, et qu’on les fait même toucher dans toute la surface plane, l’affoi- blissement considérable qu’éprouve la tension, dison-le encore une fois, affoi- blissement qu’indique mieux que toute autre chose l’abaissement de l’élec- tromètre, procure à notre disque cet avantage, que plusieurs minutes et quel- quefois plusieurs heures se passent avant que son électricité se trasmette au plan sur lequel il pose, pour peu que la surface de ce plan ait de résistance.

N.° CIV. Ce que nous avons dit, et les explications que nous avons données en plusieurs endroits de cet Ecrit (voyez en particulier les N.° LXIX. et suiv, jusqu’au N.° LXXIV.), et dont le numéro précédent n’est que la récapitulation, renferment la solution de tous les problèmes avancés dès le commencement, et la raison de tous les effets infiniment variés de ce genre. Si je n’écrivois que pour un petit nombre d’Electriciens habiles, et même pour ceux qui ne sont pas en très-grand nombre, pour ceux qui entendent à fond la doctrine des atmosphères électriques, je pourrois me dispenser de donner, comme je me propose de le faire, une seconde Dissertation, dont l’objet sera d’expliquer tous les phénomènes que j’ai exposés, et beaucoup d’autres qui sont analogues à ceux-ci, en remontant aux loix premières, à l’action une et simple du feu électrique, qui ayant une fois perdu son équilibre dans un corps, agite, même dans l’éloignement, le feu de tout autre corps plongé dans sa sphère d’acti- vité, en sorte qu’il se fait une certaine compensation de la perte d’équilibre dont nous parlons. Je pourrois, dis-je, me dispenser de traiter cette matière dans un autre Ecrit, de même que j’eusse pu me contenter de rapporter dans celui-ci les faits principaux, et les rapporter avec plus d’ordre et de precision, en évitant bien des répétitions. Mais quiconque se propose d’écrire, contracte par-la même l’obligation de satisfaire de son mieux des lecteurs de différents ordres: de tous ceux qui connoissent superficiellement la matière qu’il traite, il n’en est pas un seul qui ne croie avoir droit de prétendre à ce que tout soit clair et intelligible pour lui, sans quoi l’Auteur, selon lui, est obscur; il manque d’ordre dans ses idées; sur tout si ce dernier met en avant des expériences nouvelles, ou qui ne soient pas communes, il doit, sous peine de n’être point entendu par le grand nombre de ses Lecteurs, et d’être privé de la douce satisfaction de voir ses expériences répétées avec succès par beaucoup de Physiciens, et reçues de tous avec applaudissement; il doit, dis-je, n’épargner ni répétitions, ni descriptions prolixes, inutiles à la verité et fastidieuses pour un petit nombre de profonds connoisseurs, mais nécessaires et indispensables pour diriger les personnes moins habiles, et qui ont moins d’expérience; puisque ces derniers, voulant repeter les experiences aussi bien que les autres, il arrive souvent qu’ils les dégradent, par le mauvais succès qu’elles ont entre leurs mains, et qu’ils les décréditent, même dans l’esprit des autres. Je ne parle pas en vain; ce que je dis ne s’est que trop vérifié à l’occasion de mon électro- phore, au sujet de l’air inflammable des marais, de mon pistolet, etc.. Pour n’être pas descendu dans les plus petits détails concernant les expériences à faire avec l’un ou l’autre de ces instruments, expériences que je croyois pourtant avoir décrites suffisamment d’ailleurs, j’ai eu le désagrément de les voir réussir très-mal entre les mains de tant de personnes peu versées dans l’art de faire des expériences, ou bien de voir encore laisser de côté les plus belles, les plus surprenantes, et tout-à-la-fois les plus instructives, pour courir uni- quement après celles qui sont les moins importantes, et seulement pour la montre. On voudra donc bien me pardonner, si, pour empêcher que celles-ci n’aient le même sort, qu’elles ne soient mal entendues ou mal exécutées; je les ai détaillées si longuement, si j’ai tant insisté sur quelques circonstances particulières. On permettra encore que, dans une ou plusieurs Dissertations qui suivront celle-ci, je tente de déchirer le voile qui empêche les petits Elec- triciens de voir clair dans les loix des atmosphères électriques, et que je m’at- tache singulièrement à convaincre ceux qui répugnent à l’idée d’une action in distans; car telle est l’action de l’électricité, qui, du corps où elle réside, étend son pouvoir tout-à-l’entour, et se fait sentir à un autre corps placé seulement dans le voisinage du premier, en agitant son feu naturel, dont elle trouble l’équilibre; à les convaincre, dis-je, que l’électricité se fait sentir du corps électrisé à un autre qui ne l’est pas, d’une manière qui n’est point équivoque, et à une assez grande distance, sans qu’il passe rien de réel de l’un à l’autre, l’électricité restant intacte et en son entier dans le premier corps, quoique nous voyons ensuite sa tension croître sensiblement à mesure que le second corps en approche de plus près, et par une plus grande surface, tant qu’à la fin les deux corps se trouvant bien près, l’étincelle surmonte la résistance du milieu qui les sépare, et l’électricité passe tout de bon de l’un à l’autre. C’est cette étincelle, c’est ce passage de l’électricité que nous avons vu pouvoir être empêché jusques dans le contact, ou du moins être retarde considérablement, au cas que les deux surfaces qui se touchent soient planes et d’une bonne étendue, qu’elles soient aussi toutes deux des cohibents ou des déférents d’une grande imperfection, ou seulement l’une des deux. Vertu bien étonnante des atmosphères électriques ! principe le plus grand et le plus fécond qu’il y ait dans la théorie de l’électricité!

ADDITION.

Il y a plus de deux ans au moins que j’avois fait la plus grande partie de ce Mémoire, dont j’eus occasion peu de temps après de donner communica- tion à Mylord Prince de Cowper

In Roz. Obs. trovasi: « Kowpen » [Nota della Comm].

, qui le fit passer ensuite à la Société Royale de Londres, où il a été lu avant Pâques de la présente année 1782. Ce n’est que depuis ce temps-là que je me suis trouvé à portée de vérifier quelques- unes des experiences que j’ai annoncées N.° XCV, et que je n’ai jamais perdues de vue un instant, tendantes à découvrir si l’évaporation, les fumées, etc., produisent quelque électricité, et de quelle espèce est cette électricité, au cas qu’elle existe. Différentes occupations qui me sont survenues, un long voyage que j’ai fait, ont été la cause d’un délai, qui auroit été bien plus long encore, sans la rencontre heureuse de deux Physiciens d’un mérite distingué, qui d’après les premières ouvertures que je leur fis, me donnèrent à leur tour un nouvel aiguillon, et me proposèrent de faire, conjointement avec eux, les expériences que je vais exposer.

M. Lavoisier et M. de la Place, l’un et l’autre Membres de l’Académie des Sciences, sont les deux Savants dont je veux parler; ils conçurent comme moi l’espérance d’un heureux succès, dès que je leur eus montré les effets de mon condesateur, et expliqué la raison des phénomènes; en conséquence, M. Lavoisier en prépara un grand avec le plan de marbre blanc. Les premiers essais que nous fîmes, lui, M. de la Place et moi, sur l’évaporation de l’eau et celle de l’éther, n’eurent point de succès: mais le temps étoit trop mauvais, la salle trop petite, et par-tout chargée de vapeurs; et d’ailleurs l’appareil n’étoit pas trop bien en ordre. Mais M. de la Place et M. Lavoisier réus- sirent très-bien dans les mêmes tentatives, qu’ils réitèrènt à une maison de campagne de ce dernier, et cela nous donna envie de répéter et de multiplier les expériences. Nous eûmes un succès complet; l’évaporation de l’eau, la simple combustion des charbons, l’effervescence de la limaille de fer dans l’acide vitriolique affoibli, donnèrent des signes d’électricité très-manifestes.

Ces expériences se firent le 13 Avril, et voici de quelle manière. On isola dans un jardin découvert un grand carreau de métal, auquel étoit attaché un long fil de fer, qui se terminoit au contact du disque posé sur le plan de marbre, et on tenoit ce marbre toujours chaud et bien sec, au moyen de quelques charbons qu’on avoit mis dessous. Cela fait, nous mîmes sur le carreau isolé quelques réchauds pleins de charbons à demi-allumés, et nous lais- sâmes un vent léger qui souffloit alors, aider à la combustion pendant quelques minutes; après quoi, ayant retiré le disque du contact avec le fil de métal et avec le marbre, en levant à l’ordinaire par son manche isolant, on y apperçut les signes d’électricité qu’on attendoit. L’ayant approché du nouvel électromètre de M. Cavallo, ses deux fils pendants avec leurs petites boules, s’écartèrent considérablement. D’après l’examen qu’on fit de cette électricité, elle se trouva négative. On répéta l’expérience, en mettant sur le carreau isolé, à la place des réchauds, quatre vaisseaux, dans lesquels il y avoit de la limaille de fer et de l’eau, et en versant ensuite dans tous les quatre vaisseaux à la-fois autant d’huile de vitriol qu’il en falloit pour faire naître une effervescence furieuse. Au moment où le plus fort bouillonnement commençoit à s’appaiser, on examina le disque: non-seulement il fit mouvoir les fils de l’électromètre, mais il nous donna même une étincelle sensible. Autant les signes électriques furent vifs et distincts, en y employant l’ef- fervescence, autant furent-ils pour cette fois foibles et équivoques avec l’évaporation de l’eau, excitée tantôt en mettant des casseroles, avec de l’eau dedans, bouillir sur des réchauds posés comme ci-devant sur le carreau isolé, tantôt en versant de l’eau dans ces mêmes casseroles, après les avoir échauffées auparavant. Quelques jours après, nous répétâmes les expériences dans une grande salle, en les étendant aux autres effervescences que produisent l’air fixe et l’air nitreux, et elles réussirent bien: il n’y eut que l’évaporation de l’eau qui nous offrit des signes de la plus grande foiblesse, au point que nous eûmes bien de la peine à décider de quelle espèce étoit cette électricité; deux fois même sur trois, elle nous parut positive; mais il y a lieu de croire que c’étoit une erreur de notre part: pour moi, je n’en doute point. Quelques jours se passèrent encore, et M. le Roy, de l’Académie des Sciences, s’étant joint à nous, nous reprîmes les expériences: mais ni la combustion, ni l’évapo- ration de l’eau ne nous donnèrent aucuns signes sensibles; nous nous en prîmes à l’humidité de l’air, qui étoit fort grande, le temps étant pluvieux. L’éva- poration de l’air inflammable nous en offrit pourtant dans le moment de la plus vive effervescence; et si l’électricité ne fut du moins assez forte cette fois pour donner une étincelle, elle le fut du moins assez pour que nous puissions distinguer très-clairement son espèce, et voir qu’elle étoit négative.

Avant de quitter Paris (j’en partis le 23 Avril), me trouvant un jour dans le Laboratoire de M. Billaux, Amateur d’électricité et habile Machi- niste, je voulus lui montrer quelques expériences dans ce genre. Je pris une jarre de verre; et l’ayant suspendue avec un cordon de soie, je mis dedans les matières convenables pour la production de l’air inflammable. J’avois fait entrer dans cette même jarre un fil de fer, qui, par un bout touchoit la limaille, et par son autre bout communiquoit hors de la jarre avec l'électro- mètre très-sensible de M. Cavallo. Quand l’effervescence fut à son plus haut point, tellement que l’écume surmontoit les bords du vaisseau, l’électromètre donna des signes d’électricité, et elle étoit assez forte pour qu’on pût s’assurer qu’elle étoit négative.

Les expériences avec l’évaporation de l’eau, qui n’avoient pas trop bien réussi à Paris, eurent beaucoup plus de succès a Londres, quand il me fut venu dans la pensée de jetter de l’eau sur les charbons allumés qui étoient dans un réchaud isolé. L’inflammation rapide qui se fait en pareil cas, ne manque jamais d’électriser le réchaud négativement, de manière à donner des signés suffisamment sensibles avec l’électromètre seul, et quelquefois même des étincelles avec le condensateur, s’il est bien préparé. Les expériences dont je parle se firent chez M. Bennet, grand amateur d'électricité; M. Cavallo et M. Kirwan, Membres de la Société Royale, M. Walker, Professeur de Physique, étoient présents. Nous nous y servîmes pour appareil condensateur, d’un petit disque d’électrophore et d’un plateau, de bois, qui se trouva à point nommé demi-cohibent, ce qui est rare quand le bois n’est pas vernissé. Une autre fois, l’expérience réussit chez M. Cavallo, en isolant tout sim- plement un petit creuset, dans lequel nous avions jetté deux ou trois petits charbons allumés, et versant une cuillerée d’eau dessus. Un fil de fer qui touchoit les charbons, et qui s’étendoit jusqu’à l’électromètre, y porta une électricité sensible et toujours négative.

Voila les expériences que j’ai eu occasion de faire jusqu’à présent, au sujet desquelles il y a une chose que je ne dois pas omettre; c’est que, bien que nous n’ayons pas toujours eu besoin du condensateur (qui ne sert de rien quand il n’est pas bien en ordre, et peut nuire plutôt que de servir), pour avoir des signes non équivoques, l’électromètre très-sensible de M. Cavallo nous ayant suffi la plupart du temps, il faut pourtant convenir que c’est le condensateur qui nous a mis sur la voie de ces expériences, et que ce n’est que par son moyen que nous avons pu obtenir des signes d’une certaine force, et jusqu’à l’étincelle électrique. Je ne doute pas que de semblables expériences étant devenues si faciles, on ne les répète et on ne les pousse plus loin. Je n’ai fait qu’ouvrir le champ, et il reste encore beaucoup à faire. Si les corps, en se résolvant en vapeurs ou en un fluide élastique, se chargent de feu électrique aux dépens des autres corps, et les électrisent par la même négativement, les mêmes vapeurs venant ensuite à se condenser, ne chercheront elles pas à se decharger, et ne produiront-elles pas conséquemment des signes d’electri- cité positive? C’est une chose qui mérite singulièrement d’être constatée par l’expérience. J’ai imaginé différents moyens pour tâcher d’en venir à bout, et je ne manquerai pas de les éprouver le plutôt que je pourrai. Qu’il me soit permis, en attendant, de donner cours pour un moment aux idées que je roule dans mon esprit, concernant l’électricité atmosphérique.

Les expériences qui ont été faites jusqu’ici, et que nous avons rapportées, quoiqu’elles soient en petit nombre, concourent pourtant unanimement à nous montrer que les vapeurs de l’eau, et généralement toutes les parties d’un corps quelconque, qui se détachent en se volatilisant, emportent avec elles une certaine quantité de fluide électrique aux dépens des corps fixes qui restent, qu’elles électrisent par-là négativement, de même qu’elles les dépouillent d’une certaine quantité de feu élémentaire, et que par-là elles les refroidissent. On doit conclure de-là que les corps, en se résolvent en vapeurs, en prenant la nature aërienne, acquièrent une plus grande capacité, par rapport au fluide Electrique, tout de même qu’elles en acquièrent une plus grande, relativement au fluide, qui est la cause de la chaleur. Qui ne sera point frappé d’une si belle analogie, au moyen de laquelle l’électricité et les nouvelles idées sur la chaleur s’éclairent mutuellement? Je parle de la théorie de la chaleur cachée ou spécifique, comme on voudra l’appeller, dont Black et Wilke ont jetté les semences par leurs étonnantes decouvertes, et que M. Crawford a si fort avancée en dernier lieu, d’après les expériences du Docteur Irwine

In Roz. Obs. trovasi: « Trwine ». [Nota della Comm.].

. Suivant cette analogie, comme les vapeurs, lorsqu’elles se condensent et retournent en eau, et conséquemment à leur première capacité étroite, perdent la chaleur cachée, ou l’excès de feu qu’elles s'étoient approprié en se volati- lisant, elles se dechargeront aussi du fluide électrique qui les surcharge en pareil cas; et voilà l’origine de l’électricité par excès, qui domine toujours plus ou moins dans l’air, même lorsqu’il est serein, à la hauteur où les vapeurs commencent à se condenser; mais qui devient plus sensible dans les brouil- lards, où elles se condensent davantage et prennent la figure de gouttes; qui est très-forte enfin, lorsque les brouillards s’épaississent en nuées.

Jusqu’ici l’électricité de l’atmosphère sera toujours positive; mais dès qu’une fois une nuée sera devenue puissamment électrique en plus, elle aura une sphère d’activité tout-à l’entour d’elle, où une autre nuée ne pourra entrer que selon les loix connues des atmosphères; une grande partie du fluide élec- trique de cette seconde nuée ne se retire vers sa partie la plus éloignée de la première, et peut-être même en sortira-t-il, s’il rencontre d’autres nuées, des vapeurs, des éminences à la surface de la terre, propres à la recevoir, et voilà une nuée électrisée négativement, qui pourra à son tour, par l’influence de son atmosphère propre, occasionner une électricité positive dans une troisième nuée, etc.. Par-là, il est aisé de comprendre comment il peut arriver fréquem- ment qu’on ait des signes d’électricité négative dans les conducteurs atmosphé- riques, lorsque le ciel est extrêmement couvert, et comment, dans les orages spécialement où on voit plusieurs nuées flottantes et détachées se porter en bas, et tantôt ondoyer, tantôt courir les unes sous les autres, ou bien se trans- porter rapidement d’un endroit à l’autre; comment, dis-je, l’électricité change plusieurs fois, et souvent tout-a-coup, de positive qu’elle étoit, devient néga- tive, et reciproquement.

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