TRE LETTERE
A MARTINO VAN MARUM
SU PROPOSTE E DISCUSSIONI DI ESPERIENZE
Monsieur.
J’ai reçu, il y a plusieurs mois, votre obligeante lettre; mais je n’ai reçu
que dernièrement l’ouvrage imprimé contenant la description de cette éton-
nante Machine électrique, que vous avez fait construire. Je vous suis très-
obligé d’un tel présent, et je sens tout le prix de votre amitié. Avec quelle
satisfaction je passerais encore quelques jours chez vous ! Que je serois heureux
d’assister aux expériences frappantes et instructives, que vous ferez sans
cesse avec une telle machine!
Je ne vous dirai pas combien j’ai été frapé de celles que vous avez déja
faites, et de la quantité prodigieuse de fluide électrique, qui est mise en mou-
vement, et de tous les moyens employés pour empecher la dispersion de l’élec-
tricité. Je me prens la liberté seulement de vous engager à augmenter autant
que l’emplacement vous le permet le premier conducteur, en ajoutant plu-
sieurs autres pièces aux cinq représentées pl. II fig. 2. Vous obtiendrez par
là, sinon une étincelle plus longue, une qui sera plus large, et plus foudroyante,
à proportion qu’elle sera formée d’une plus grande quantité de fluide élec-
trique. Voulez-vous voir en effet, que votre conducteur est trop petit vû la
quantité étonnante de fluide que fournissent les deux plateaux? Un seul
tour, et même moins, suffit pour le charger au maximum. Faites-le donc
d’une telle capacité, qu’il faille trois à quatre tours des plateaux pour l’élec-
triser au plus haut degré. Je me suis occupé particulièrement de la capacité
des conducteurs électriques, et des effets que produit l’étincelle déchargée
avec un degré d’intensité donné, suivant la grandeur de cette capacité, dans
une lettre à Mr.
l’année 1778 ou 1779
Parmi les phénomènes nouveaux que vous avez obtenu à l’aide d’une
si grande force électrique, je fais un grand cas des ramifications que jette
l’étincelle représentée pl. III. Ces rameaux marquent visiblement la direction
du fluide électrique. Comme on avoit repandu des doutes sur cette direction,
en disant qu’on pourroit la supposer à l’opposite; et comme il s’est élevé
dans ces derniers tems une secte, qui prétend ressusciter les deux fluides élec-
triques antagonistes, qui se vont à la rencontre, et s’enflamment par ce choc,
j’avois imaginé quelques expériences, qui pûssent détruire cette duplicité de
torrents électriques, une entre autres paroissoit mettre la chose en plein
jour; cependant elle ne portoit pas avec soi cette evidence, que je trouve
dans ces rameaux, qui faisant tous un angle aigu vers la partie ou l’on sup-
pose que le fluide est dirigé, montrent que ces parcelles échappées lateralement
retiennent encore du mouvement commun à toute l’étincelle, et qu’on ne se
trompe par conséquent pas en n’admettant qu’un seul courant de fluide élec-
trique, et en lui assignant la direction que la théorie Franklinienne suppose.
Tous les électriciens
porté le dernier coup à l’hérésie des
Je dois à votre instigation vous proposer quelques expériences, que je
serois bien aise que vous fîtes. L’air électrisé je suis persuadé qu’il doit de-
venir rare à raison de la répulsion électrique qu’acquerront ses particules,
comme celles d’un flocon de lame ou de soye électrisé: j’ai même vu des
expériences, où l’air électrisé par une effusion copieuse du premier con-
ducteur garni de pointes, s’élevoit vers le haut de la chambre: des fils
de lin pendants de la muraille près de la voute, divergeoient après quelque
tems que l’air avoit été bien électrisé, beaucoup plus que d’autres fils pen-
dants de la même muraille vers le plancher, ou à la moitié de la hauteur de
la chambre. C’est chez Mr.
expérience, et j’en compris bientôt la cause, c’est-à-dire l’air rarefié par l’élec-
tricité qui monte. Mais Mr.
le fluide électrique lui-même qui surnageoit à l’air: quelle étrange supposition !
J’espère que vous ne trouverez pas étrange la mienne; et je vous invite à
la vérifier en remplissant un grand vase d’air fortement électrisé à l’aide de
votre grande machine, que vous peserez à une balance délicate: je ne doute
guère que
vous ne trouviez cet air plus leger qu’un volume égal d’air à la
même température, mais non électrisé. Lorsque des nuages électriques re-
pandent l’électricité dans l’air, et le rarefient par là, est-il étonnant que le
baromètre baisse. Avez-vous, Monsieur, des thermomètres (
tres)Je suis parvenu à rendre tel celui de
Vous
par les espaces l’action des atmospheres électriques.
L’effusion copieuse du fluide électrique dans l’air soutenue un certain
tems n’altereroit point sa qualité respirable? Il faut l’essayer avec un bon
Eudiometre.
L’évaporation de l’eau n’augmenteroit-elle pas au milieu de l’air élec-
trisé soit positivement, soit négativement? Un tel air n’en prendroit-il pas
une plus forte dose pour sa saturation? L’hygromètre à cheveux de M.
Saussure
Vous aurez vu dans un memoire de Mr.
électrique change en acide nitreux un mélange d’air dephlogistiqué et
d’air phlogistiqué dans la proportion si je me rappelle bien de 3. parties
du premier et de 5. du dernier. Vous pouvez faire cette expérience en
grand
Je voudrois aussi que vous imaginassiez un appareil pour frapper avec
une tempête d’étincelles électriques la vapeur de l’eau, et recueillir le fluide
élastique permanent ou espece d’air qui pourroit s’engendrer.
Il vous reste encore un vaste champ pour reduire à ses justes limites
l’influence de l’électricité sur l’économie animale et vegetale. Premièrement
celle des simples atmospheres électriques. En second lieu l’influence de l’air
électrisé reellement. 3
cement les corps organiques, sans fracas, et sans commotion. 4
sur ces mêmes corps des étincelles plus ou moins foudroyantes ecc. Partout
il faudra comparer les effets des deux électricités positive, et negative, d’une
électricité passagere, d’une qui opere à intervalles, d’une autre soutenue
constamment des heures et des jours entiers, les effets d’une alternative fre-
quente d’une espece d’électricité à l’autre ec. Votre appareil, Monsieur est
le meilleur qui existe pour toute ces expériences, vos connoissances, votre
adresse et votre ardeur font reconnoitre en vous les meilleurs dispositions
pour éclaircir une foule de questions, et perfectionner la theorie et la pra-
tique de l’électricité. Tous les électriciens, que dis-je? tous les physiciens, les
naturalistes, les medecins doivent vous exhorter à pousser loin vos recherches.
Je le fais avec plus de complaisance, et de confiance que tous les autres, moi
qui ai l’honneur de vous connoitre particuliérement, et d’étre avec un plus
grand dévouement et une estime distinguée.
Monsieur
Votre très-humble très-obeissant serviteur
à Pavie ce 8.
P. S. J’ai été toûjours incrédule sur l’expérience de Mr.
faire éclore des poulets par la seule electricité sans chaleurFerez-vous des
essays la dessus?
à Pavia ce 26
.................................................................
Parmi les expériences que je voudrois que vous fîtes avec votre grande
machine il y a celle de faire détonner le nitre fondu en y dirigeant l’aigrette
électrique: cette expérience de Mr.
door Teyler’s Tweede genootschap, Negende StukEn
voila une autre: la chaleur d’une grande aigrette est sensible sur un thermo-
mètre qu’on y plonge
Bosscha Corr. pag. 36, informava il V. dei risultati delle sue sperienze in proposito: questi risul-
tati si trovano riportati in Br. Bibl., T. V, pg. 159.
pouvez l’élever. Encore une autre.
Pour voir si le fluide électr. a quelque
acidité par lui-même, faire briller longtemps l’aigrette dans un recipient
d’air inflammable où l’on aura mis une liqueur alcaline ou de la teinture
de tur.
Votre très-humble, très-obéissant serviteur
A Mousieur
Monsieur le docteur
de Cabinet de Teyler
à Harlem.
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Monsieur
J’ai reçu la
Machine Electrique, et l’ai luë avec avidité. Ces expériences sur la fusion
et la calcination des différents métaux sont très-curieuses, et très-interes-
santes. Il y en a quelques autres, qui le sont encore davantage; et celles que
vous nous faites esperer dans peu, comme vous étant suggérées par des Phy-
siciens éclairés, l’emporteront sur toutes les autres. Je ne parle pas de celles
que je vous ai proposées moi, qui se reduisent à peu de chose, et aux quelles
vous avez deja repondu en partie par la lettre que vous m’avez fait l’honneur
de m’écrire dernierement, et que j’ai reçu il y a peu de jours; mais surement
vous avez continué vos expériences sur l’Electricité médicale, et vous avez
fini de détruire le Phanatisme qui regne là-dessus chez plusieurs Medecins
et Physiciens. Après avoir reduit à sa juste valeur l’Electricité qui guerit
(si tant est qu’elle guerisse aucune indisposition, dont je doute fort, excepté
quelques cas fort rares) vous vous serez sans doute appliqué à étudier l’élec-
tricité qui tuë, c’est-à-dire les effets que produit sur le corps des animaux
la decharge foudroyante de votre terrible Batterie électrique.
Ce n’est plus en petit, que vous imitez par celle-ci les effets de la foudre;
et il n’y a pas de gros animal, que vous ne puissiez terrasser. Or en plaçant
l’animal à votre gré, et dirigeant la décharge à travers l’une ou l’autre partie
de son corps, ou sur sa surface, en augmentant ou modérant cette décharge ecc.
vous avez eu sans doute de résultats nouveaux et inattendus, qui repandront
un nouveau jour sur l’action du fluide électrique, si non sur sa nature, et
sur l’économie même et les fonctions animales. Mais je vous laisse ce sujet,
et tant d’autres pour revenir aux expériences que je vous proposai l’année
passée. J’ajouterai donc ici, puisque vous le demandez, Monsieur, les reflexions,
que les résultats dont vous me faites part, m’ont fait naitre.
D’abord quant aux effets d’un conducteur beaucoup plus étendu que
celui, que vous avez adapté à votre Machine; je ne prétens pas que les étin-
celles doivent éclater à une plus grande distance, moins encore que l'Electro-
mètre s’éleve à un plus haut dégré; au contraire comme la dispersion de
l'électricité devient plus aisée je suis d’accord, que l’Electrometre s’éleve un
peu moins. Mais je soutiens, que avec la même
avec une intensité un peu moindre, l’étincelle qui part d’un conducteur beau-
coup plus grand faira plus d’effet sur le corps qu’il frappe, et qu’il traverse,
qu’il donnera une plus forte sécousse, qu’il fondra davantage une feuille
mince d’or, qu’il allumera plus aisément les corps combustibles ecc. ce qu’on
comprend très-bien en considerant que les effets produits par un torrent
électrique doivent être non seulement en raison de la
laquelle le fluide est lancé, mais aussi en raison de la
est lancé avec cette vitesse, quantité qui repond à la
qu’on decharge. Et qu’est-ce qui fait produire aux bouteilles de Leyde, aux
Batteries électriques de si grands effets, si ce n’est leur très-grande
Car ce n’est pas seulement l’
trometre les fait éclater ou decharger spontanément, dégré de beaucoup in-
férieur à celui qu’atteint l’électricité du premier conducteur. Or donc on
peut à force d’augmenter la grandeur d’un conducteur, le reduire à une capa-
cité égale à celle d’une bouteille de Leyde, comme j’ai demontré dans mon
Mémoire
par sa décharge des effets aussi grands que la bouteille de Leyde, et plus
grands encore, pouvant s’électriser à un plus haut degré de l’Electromètre,
que ne le peut celle-ci, vu qu’elle est sujette à éclater. Mais de quelle longueur
faut-il faire un conducteur cilyndrique du diametre d’un pouce environ,
pour qu’il ait une capacité égale à celle d’une bouteille d’un pied quarré de
garniture? J’avois calculé dans le mémoire cité ci-dessus 800. piés, mais
calculant d’après de nouvelles expériences que j’ai faites avec plus d’exacti-
tude, je trouve qu’il faut la longueur de plus de 1000. pieds.
L’expérience des Ballons aërostatiques devenus plus legers lorsque vous
les avez électrisés, est, on ne peut plus, jolie, et instructive en même tems;
quoique je ne pense pas qu’elle demontre directement, que l’air électrisé se
dilate. On a plus raison de dire, que c’est l’enveloppe même, cette pellicule
si souple, qui par la repulsion électrique s’étend au dehors et se gonfle, comme
se gonfle un faisceau de fils, un petit sac de toile, un bas de soye qu’on élec-
trise: gonflement qui surement ne vient pas de l’air dilaté en dedans, puis-
qu’il communique avec l’extérieur. Il est vrai, que sitôt que le ballon aérosta-
tique se gonfle, l’air contenu doit s’y dilater pour occuper un plus grand espace,
damment de l’enveloppe ou de toute autre circonstance, est capable de le
dilater, si ses particules acquierrent par l’électricité une plus grande force de
répulsion, une grande expansibilité, comme elles l’acquierrent par une augmen-
tation de chaleur; si non seulement les particules externes d’une masse d’air
électrisée acquierrent cette tendance à s’écarter, selon les loix des mouvements
électriques, mais aussi les particules internes: ce que je ne saurois pas bien
concevoir, vu que les mouvements électriques n’ont pas lieu dans ce qu’on
appelle le
mais seulement aux bords de cette cavité et à l’extérieur. Il est vrai que dans
les conducteurs aussi bien que dans les non-conducteurs solides l’électricité
reside dans les surfaces uniquement et l’action seule se fait sentir aux parties
internes, sans que le fluide électrique s’y condense ou s’y rarefie reellement;
tandis que l’électricité repandue dans l’air se partage à toutes ses parties.
Ce pourroit donc être là la cause que l’air se dilatât, interessant à cette dila-
tation toutes ses parties tant internes qu’externes. Mais si je puis concevoir
une telle action du fluide électrique accumulé dans l’air, analogue à l’action
du feu sur le même air, je ne puis de même me representer une semblable
dilatation produite par l’électricité
dose naturelle du fluide électrique. Il semble que par cette diminution, comme
par celle du feu, l’air dût se condenser et alors l’analogie se soutiendroit,
sans cela elle est en défaut dans un point principal. Je vous ai exposé, Mon-
sieur, toutes ces difficultés qui combattent mon idée favorite de la dilatation
de l’air par l’électricité, pour vous exciter à travailler à les détruire. L’expé-
rience seule de Mr.
suffire, mais elle est trop vague; je voudrois quelque chose de plus déterminé;
je voudrois peser à la balance et comparer le poids d’une masse d’air électrisé,
une fois positivement, une autre fois négativement, avec une masse pareille
d’air non électrisé.
N’avez-vous pas prouvé quelle est la plus grande distance à la quelle
se fait sentir l’électricité de votre grande machine? faisant impression sur
un de ces électroscopes si sensibles de Mr. Vous savez, qu’en élévant
cet Electroscope armé d’un petit conducteur fait d’un fil de fer long de deux
ou trois pieds, en l’élévant dis-je de la main sur sa tête en rase campagne, il
ne manque presque jamais de donner des signes d’électricité, même quand
l'air est serein. En repetant ces expériences de Mr.
dans l’idée d’ajouter à la pointe de ce petit conducteur une bougie allumée,
ou une allumette, pour soutirer de plus loin l’électricité de l’athmosphère, et
j’y reussis au de là de ce que j’avois esperé. Or je voudrois que vous détermi-
nassiez la distance à la quelle ce même électroscope peut soutirer l’électricité
de votre premier conducteur électrisé au plus haut point, en plaçant à ma
Pour mieux
representer les phenomènes d’un nuage électrique, et son action sur notre
Electroscope atmosphérique, vous pourriez faire sortir de la plus haute fenêtre
un bras portant un grand plateau sur une place ou une large cour; et au bas
de cette cour ou de cette place élever contre ce plateau fortement électrisé
l’électroscope surmonté du petit conducteur et de l’allumette brulante, jusqu’à
la hauteur necessaire pour avoir des signes. En otant la piece allumée, et
laissant à sa place une pointe très-fine, on verroit combien plus loin s’étend
la force conductrice de la flamme. Mais il seroit bon de prouver cette force
conductrice, et de la comparer avec celle des pointes pour soutirer l’électri-
cité de l’air seul électrisé. Ces expériences que je fais depuis peu sur l’électri-
cité de l’athmosphère l’air étant serein m’apprennent qu’elle est prodigieuse
cette force conductrice de la flamme, puisque le plus souvent les petites balles
de mon Electroscope divergent en pleine campagne de deux lignes; tandis
que sans me servir de l’allumette ou d’une autre flamme je ne puis obtenir
tout au plus qu’une demie ligne, et qu’en doublant ou triplant l’élevation
du conducteur je n’obtiens pas encore à beaucoup près des signes si marqués
qu’avec un petit conducteur aidé de la dite flamme. Ne pourriez-vous donc
pas porter en plein air votre grande machine et l’ayant fait jouer de maniere
à repandre l’électricité dans l’air (qui se dilatera et s’élevera à mesure, selon
mon aperçu) élever l’électroscope surmonté de son conducteur pointu, tantôt
avec l’addition du corps brulant et tantôt sans lui, pour marquer les diffé-
rences dans les signes qu’il donnera?
Je vous ai communiqué comment je viens de perfectionner l’Electroscope
athmosphérique portatif. Je vous fairai part dans un autre occasion de ce
que j’ai fait pour perfectionner et rendre
Je me flatte d’y être parvenu.
Je suis, Monsieur, avec les sentiments les plus distingués.
Votre très humble, très-obéissant serviteur.
à Pavie ce 15
Hollande.
A Monsieur
Monsieur
Teyler membre de diverses Académies
à Harlem.