Volta, Alessandro Tre lettere a Martino Van Marum 1786-1787 Pavia fr volta_3lettMM_824_fr_1787.xml 824.xml

TRE LETTERE A MARTINO VAN MARUM

SU PROPOSTE E DISCUSSIONI DI ESPERIENZE

Pavia 8 Marzo 1786 Pavia 26 Giugno 1786 Pavia 15 Giugno 1787

FONTI.

Stampate.

Bosscha Corr. pg. 9, 11, 17, 19, 26, 36.

Manoscritte.

Harlem. Soc. Holl. Sc. Cart. Volt.: F 39.

Osservazioni.

Titolo: Data: da Bosscha Corr.

Bosscha Corr., pag. 11: è una lettera in data 8 marzo 1786, colla quale il V. risponde ad altra lettera del Van Marum, in data 23 agosto 1785 (Bosscha Corr., pag. 9), facendo proposte di esperienze; si pubblica per intero.

Bosscha Corr., pag. 17: è la risposta del V. in data 26 giugno 1786 ad una lettera del Van Marum che non si conosce; si pubblica solo l’ultima parte pel suo interesse scientifico, rimandando l’intera lettera all’epistolario.

F 39: pubblicata in Bosscha Corr., pag. 36: è una lettera in data « 31 Août 1788 », nella quale il Van Marum riferisce al V. sull’esito di esperienze dal V. stesso pro- poste in precedente lettera; non si pubblica.

Bosscha Corr., pag. 26: è la risposta del V. in data 15 giugno 1787 ad altra lettera del Van Marum, in data 7 maggio 1787 (Bosscha Corr., pag. 19), nella quale il Van Marum dava relazione di sperienze fatte per suggerimento del V. nelle prece- denti lettere. In questa lettera, che si pubblica, il V. discute risultati presentati dal Van Morum e propone altre esperienze.

Gli autografi delle lettere del V. al Van Marum pubblicati in Bosscha Corr. sono con- servati ad Harlem, Soc. Holl. Sc.: la pubblicazione di queste lettere del V. viene ora fatta rispettando scrupolosamente le grafie presentate dalla fonte stampata.

Per ordine di tempo, troverebbe qui posto un’altra lettera del V. al Van Marum, in data 6 giugno 1787 (Bosscha Corr., pag. 25), che si rimanda all’epistolario.

Bosscha Corr. pg. 11.

Monsieur.

J’ai reçu, il y a plusieurs mois, votre obligeante lettre; mais je n’ai reçu que dernièrement l’ouvrage imprimé contenant la description de cette éton- nante Machine électrique, que vous avez fait construire. Je vous suis très- obligé d’un tel présent, et je sens tout le prix de votre amitié. Avec quelle satisfaction je passerais encore quelques jours chez vous ! Que je serois heureux d’assister aux expériences frappantes et instructives, que vous ferez sans cesse avec une telle machine!

Je ne vous dirai pas combien j’ai été frapé de celles que vous avez déja faites, et de la quantité prodigieuse de fluide électrique, qui est mise en mou- vement, et de tous les moyens employés pour empecher la dispersion de l’élec- tricité. Je me prens la liberté seulement de vous engager à augmenter autant que l’emplacement vous le permet le premier conducteur, en ajoutant plu- sieurs autres pièces aux cinq représentées pl. II fig. 2. Vous obtiendrez par là, sinon une étincelle plus longue, une qui sera plus large, et plus foudroyante, à proportion qu’elle sera formée d’une plus grande quantité de fluide élec- trique. Voulez-vous voir en effet, que votre conducteur est trop petit vû la quantité étonnante de fluide que fournissent les deux plateaux? Un seul tour, et même moins, suffit pour le charger au maximum. Faites-le donc d’une telle capacité, qu’il faille trois à quatre tours des plateaux pour l’élec- triser au plus haut degré. Je me suis occupé particulièrement de la capacité des conducteurs électriques, et des effets que produit l’étincelle déchargée avec un degré d’intensité donné, suivant la grandeur de cette capacité, dans une lettre à Mr. de Saussure, publieé dans le Journal de Physique pour l’année 1778 ou 1779

Vedasi N° XLVII (A) di questo volume. [Nota della Comm.]

.

Parmi les phénomènes nouveaux que vous avez obtenu à l’aide d’une si grande force électrique, je fais un grand cas des ramifications que jette l’étincelle représentée pl. III. Ces rameaux marquent visiblement la direction du fluide électrique. Comme on avoit repandu des doutes sur cette direction, en disant qu’on pourroit la supposer à l’opposite; et comme il s’est élevé dans ces derniers tems une secte, qui prétend ressusciter les deux fluides élec- triques antagonistes, qui se vont à la rencontre, et s’enflamment par ce choc, j’avois imaginé quelques expériences, qui pûssent détruire cette duplicité de torrents électriques, une entre autres paroissoit mettre la chose en plein jour; cependant elle ne portoit pas avec soi cette evidence, que je trouve dans ces rameaux, qui faisant tous un angle aigu vers la partie ou l’on sup- pose que le fluide est dirigé, montrent que ces parcelles échappées lateralement retiennent encore du mouvement commun à toute l’étincelle, et qu’on ne se trompe par conséquent pas en n’admettant qu’un seul courant de fluide élec- trique, et en lui assignant la direction que la théorie Franklinienne suppose. Tous les électriciens orthodoxes vous doivent donc savoir gré, Monsieur, d’avoir porté le dernier coup à l’hérésie des dualistes, aux nouveau partisans des du Fay, des Nollets et des Symmers.

Je dois à votre instigation vous proposer quelques expériences, que je serois bien aise que vous fîtes. L’air électrisé je suis persuadé qu’il doit de- venir rare à raison de la répulsion électrique qu’acquerront ses particules, comme celles d’un flocon de lame ou de soye électrisé: j’ai même vu des expériences, où l’air électrisé par une effusion copieuse du premier con- ducteur garni de pointes, s’élevoit vers le haut de la chambre: des fils de lin pendants de la muraille près de la voute, divergeoient après quelque tems que l’air avoit été bien électrisé, beaucoup plus que d’autres fils pen- dants de la même muraille vers le plancher, ou à la moitié de la hauteur de la chambre. C’est chez Mr. Marat à Paris, que je vis la premiere fois cette expérience, et j’en compris bientôt la cause, c’est-à-dire l’air rarefié par l’élec- tricité qui monte. Mais Mr. Marat, singulier en tout, me soutenoit, que c’étoit le fluide électrique lui-même qui surnageoit à l’air: quelle étrange supposition ! J’espère que vous ne trouverez pas étrange la mienne; et je vous invite à la vérifier en remplissant un grand vase d’air fortement électrisé à l’aide de votre grande machine, que vous peserez à une balance délicate: je ne doute guère que vous ne trouviez cet air plus leger qu’un volume égal d’air à la même température, mais non électrisé. Lorsque des nuages électriques re- pandent l’électricité dans l’air, et le rarefient par là, est-il étonnant que le baromètre baisse. Avez-vous, Monsieur, des thermomètres (lisez: électromè- tres)

Questa indicazione ha parentesi è data da Bosscha Corr. [Nota della Comm.].

comparables? Je suis parvenu à rendre tel celui de Henley. Vous pourriez essayer avec un électromètre de cette espece en quelle raison diminue par les espaces l’action des atmospheres électriques.

L’effusion copieuse du fluide électrique dans l’air soutenue un certain tems n’altereroit point sa qualité respirable? Il faut l’essayer avec un bon Eudiometre.

L’évaporation de l’eau n’augmenteroit-elle pas au milieu de l’air élec- trisé soit positivement, soit négativement? Un tel air n’en prendroit-il pas une plus forte dose pour sa saturation? L’hygromètre à cheveux de M. de Saussure peut éclaircir ce point.

Vous aurez vu dans un memoire de Mr. Cavendish

Vedasi Roz. Obs. T XXVII (1785), pg. 110. [Nota della Comm.].

que l’étincelle électrique change en acide nitreux un mélange d’air dephlogistiqué et d’air phlogistiqué dans la proportion si je me rappelle bien de 3. parties du premier et de 5. du dernier. Vous pouvez faire cette expérience en grand

Van Marum e Paets van Ttroostwijk ripeterono l'esperienza ma con risultato diverso. Vedasi: « Verhandelingen, uitgegeven door Teyler’s Tweede genootschap, Vierde Stuk », (1787), pg. 181. [Nota della Comm.].

.

Je voudrois aussi que vous imaginassiez un appareil pour frapper avec une tempête d’étincelles électriques la vapeur de l’eau, et recueillir le fluide élastique permanent ou espece d’air qui pourroit s’engendrer.

Il vous reste encore un vaste champ pour reduire à ses justes limites l’influence de l’électricité sur l’économie animale et vegetale. Premièrement celle des simples atmospheres électriques. En second lieu l’influence de l’air électrisé reellement. 3o. L’action des courants électriques qui traversent dou- cement les corps organiques, sans fracas, et sans commotion. 4o. Enfin l’action sur ces mêmes corps des étincelles plus ou moins foudroyantes ecc. Partout il faudra comparer les effets des deux électricités positive, et negative, d’une électricité passagere, d’une qui opere à intervalles, d’une autre soutenue constamment des heures et des jours entiers, les effets d’une alternative fre- quente d’une espece d’électricité à l’autre ec. Votre appareil, Monsieur est le meilleur qui existe pour toute ces expériences, vos connoissances, votre adresse et votre ardeur font reconnoitre en vous les meilleurs dispositions pour éclaircir une foule de questions, et perfectionner la theorie et la pra- tique de l’électricité. Tous les électriciens, que dis-je? tous les physiciens, les naturalistes, les medecins doivent vous exhorter à pousser loin vos recherches. Je le fais avec plus de complaisance, et de confiance que tous les autres, moi qui ai l’honneur de vous connoitre particuliérement, et d’étre avec un plus grand dévouement et une estime distinguée.

Monsieur

Votre très-humble très-obeissant serviteur A. Volta.

à Pavie ce 8.me Mars 1786.

P. S. J’ai été toûjours incrédule sur l’expérience de Mr. Achard, de faire éclore des poulets par la seule electricité sans chaleur

Vedasi Roz. Obs. T. XX (1782), pg. 56. [Nota della Comm.].

. Ferez-vous des essays la dessus?

Bosscha Corr. pg. 17.

à Pavia ce 26me juin 1786. .................................................................

Parmi les expériences que je voudrois que vous fîtes avec votre grande machine il y a celle de faire détonner le nitre fondu en y dirigeant l’aigrette électrique: cette expérience de Mr. Archard merite bien d’être verifiée

Van Marum ripetè l’esperienza senza successo. Vedasi « Verhandelingen uitgegeven door Teyler’s Tweede genootschap, Negende Stuk », 1795, pg. 132. [Nota della Comm.].

. En voila une autre: la chaleur d’une grande aigrette est sensible sur un thermo- mètre qu’on y plonge

Il Van Marum, con sua lettera in data « 31 Août 1788 », Cart. Volt. F 39, pubblicata in Bosscha Corr. pag. 36, informava il V. dei risultati delle sue sperienze in proposito: questi risul- tati si trovano riportati in Br. Bibl., T. V, pg. 159. [Nota della Comm.].

: je serois curieux de savoir jusqu’à quel dégré vous pouvez l’élever.
Encore une autre. Pour voir si le fluide électr. a quelque acidité par lui-même, faire briller longtemps l’aigrette dans un recipient d’air inflammable où l’on aura mis une liqueur alcaline ou de la teinture de tur.

Votre très-humble, très-obéissant serviteur A. Volta.

A Mousieur Monsieur le docteur Van Marum, directeur de Cabinet de Teyler à Harlem.

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Bosscha Corr. pg. 26.

Monsieur

J’ai reçu la première continuation des expériences faites avec votre grande Machine Electrique, et l’ai luë avec avidité. Ces expériences sur la fusion et la calcination des différents métaux sont très-curieuses, et très-interes- santes. Il y en a quelques autres, qui le sont encore davantage; et celles que vous nous faites esperer dans peu, comme vous étant suggérées par des Phy- siciens éclairés, l’emporteront sur toutes les autres. Je ne parle pas de celles que je vous ai proposées moi, qui se reduisent à peu de chose, et aux quelles vous avez deja repondu en partie par la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire dernierement, et que j’ai reçu il y a peu de jours; mais surement vous avez continué vos expériences sur l’Electricité médicale, et vous avez fini de détruire le Phanatisme qui regne là-dessus chez plusieurs Medecins et Physiciens. Après avoir reduit à sa juste valeur l’Electricité qui guerit (si tant est qu’elle guerisse aucune indisposition, dont je doute fort, excepté quelques cas fort rares) vous vous serez sans doute appliqué à étudier l’élec- tricité qui tuë, c’est-à-dire les effets que produit sur le corps des animaux la decharge foudroyante de votre terrible Batterie électrique.

Ce n’est plus en petit, que vous imitez par celle-ci les effets de la foudre; et il n’y a pas de gros animal, que vous ne puissiez terrasser. Or en plaçant l’animal à votre gré, et dirigeant la décharge à travers l’une ou l’autre partie de son corps, ou sur sa surface, en augmentant ou modérant cette décharge ecc. vous avez eu sans doute de résultats nouveaux et inattendus, qui repandront un nouveau jour sur l’action du fluide électrique, si non sur sa nature, et sur l’économie même et les fonctions animales. Mais je vous laisse ce sujet, et tant d’autres pour revenir aux expériences que je vous proposai l’année passée. J’ajouterai donc ici, puisque vous le demandez, Monsieur, les reflexions, que les résultats dont vous me faites part, m’ont fait naitre.

D’abord quant aux effets d’un conducteur beaucoup plus étendu que celui, que vous avez adapté à votre Machine; je ne prétens pas que les étin- celles doivent éclater à une plus grande distance, moins encore que l'Electro- mètre s’éleve à un plus haut dégré; au contraire comme la dispersion de l'électricité devient plus aisée je suis d’accord, que l’Electrometre s’éleve un peu moins. Mais je soutiens, que avec la même intensité d’électricité, même avec une intensité un peu moindre, l’étincelle qui part d’un conducteur beau- coup plus grand faira plus d’effet sur le corps qu’il frappe, et qu’il traverse, qu’il donnera une plus forte sécousse, qu’il fondra davantage une feuille mince d’or, qu’il allumera plus aisément les corps combustibles ecc. ce qu’on comprend très-bien en considerant que les effets produits par un torrent électrique doivent être non seulement en raison de la vitesse ou force avec laquelle le fluide est lancé, mais aussi en raison de la quantité de fluide, qui est lancé avec cette vitesse, quantité qui repond à la capacité du conducteur qu’on decharge. Et qu’est-ce qui fait produire aux bouteilles de Leyde, aux Batteries électriques de si grands effets, si ce n’est leur très-grande capacité? Car ce n’est pas seulement l’intensité, qui arrivée à un certain degré de l’Elec- trometre les fait éclater ou decharger spontanément, dégré de beaucoup in- férieur à celui qu’atteint l’électricité du premier conducteur. Or donc on peut à force d’augmenter la grandeur d’un conducteur, le reduire à une capa- cité égale à celle d’une bouteille de Leyde, comme j’ai demontré dans mon Mémoire sur la Capacité des Conducteurs

Vedasi N. XLVII (A). Vol. III. [Nota della Comm.].

; et alors ce conducteur produira par sa décharge des effets aussi grands que la bouteille de Leyde, et plus grands encore, pouvant s’électriser à un plus haut degré de l’Electromètre, que ne le peut celle-ci, vu qu’elle est sujette à éclater. Mais de quelle longueur faut-il faire un conducteur cilyndrique du diametre d’un pouce environ, pour qu’il ait une capacité égale à celle d’une bouteille d’un pied quarré de garniture? J’avois calculé dans le mémoire cité ci-dessus 800. piés, mais calculant d’après de nouvelles expériences que j’ai faites avec plus d’exacti- tude, je trouve qu’il faut la longueur de plus de 1000. pieds.

L’expérience des Ballons aërostatiques devenus plus legers lorsque vous les avez électrisés, est, on ne peut plus, jolie, et instructive en même tems; quoique je ne pense pas qu’elle demontre directement, que l’air électrisé se dilate. On a plus raison de dire, que c’est l’enveloppe même, cette pellicule si souple, qui par la repulsion électrique s’étend au dehors et se gonfle, comme se gonfle un faisceau de fils, un petit sac de toile, un bas de soye qu’on élec- trise: gonflement qui surement ne vient pas de l’air dilaté en dedans, puis- qu’il communique avec l’extérieur. Il est vrai, que sitôt que le ballon aérosta- tique se gonfle, l’air contenu doit s’y dilater pour occuper un plus grand espace, mais il s’agit de savoir si l’électricité dont il est imbu lui-même, indépen- damment de l’enveloppe ou de toute autre circonstance, est capable de le dilater, si ses particules acquierrent par l’électricité une plus grande force de répulsion, une grande expansibilité, comme elles l’acquierrent par une augmen- tation de chaleur; si non seulement les particules externes d’une masse d’air électrisée acquierrent cette tendance à s’écarter, selon les loix des mouvements électriques, mais aussi les particules internes: ce que je ne saurois pas bien concevoir, vu que les mouvements électriques n’ont pas lieu dans ce qu’on appelle le puits électrique, c’est-à-dire la cavité profonde d’un corps électrisé, mais seulement aux bords de cette cavité et à l’extérieur. Il est vrai que dans les conducteurs aussi bien que dans les non-conducteurs solides l’électricité reside dans les surfaces uniquement et l’action seule se fait sentir aux parties internes, sans que le fluide électrique s’y condense ou s’y rarefie reellement; tandis que l’électricité repandue dans l’air se partage à toutes ses parties. Ce pourroit donc être là la cause que l’air se dilatât, interessant à cette dila- tation toutes ses parties tant internes qu’externes. Mais si je puis concevoir une telle action du fluide électrique accumulé dans l’air, analogue à l’action du feu sur le même air, je ne puis de même me representer une semblable dilatation produite par l’électricité négative, savoir une diminution de la dose naturelle du fluide électrique. Il semble que par cette diminution, comme par celle du feu, l’air dût se condenser et alors l’analogie se soutiendroit, sans cela elle est en défaut dans un point principal. Je vous ai exposé, Mon- sieur, toutes ces difficultés qui combattent mon idée favorite de la dilatation de l’air par l’électricité, pour vous exciter à travailler à les détruire. L’expé- rience seule de Mr. Marat, que je vous ai communiquée, pourroit peut-être suffire, mais elle est trop vague; je voudrois quelque chose de plus déterminé; je voudrois peser à la balance et comparer le poids d’une masse d’air électrisé, une fois positivement, une autre fois négativement, avec une masse pareille d’air non électrisé.

N’avez-vous pas prouvé quelle est la plus grande distance à la quelle se fait sentir l’électricité de votre grande machine? faisant impression sur un de ces électroscopes si sensibles de Mr. Cavallo? Vous savez, qu’en élévant cet Electroscope armé d’un petit conducteur fait d’un fil de fer long de deux ou trois pieds, en l’élévant dis-je de la main sur sa tête en rase campagne, il ne manque presque jamais de donner des signes d’électricité, même quand l'air est serein. En repetant ces expériences de Mr. De Saussure il me vint dans l’idée d’ajouter à la pointe de ce petit conducteur une bougie allumée, ou une allumette, pour soutirer de plus loin l’électricité de l’athmosphère, et j’y reussis au de là de ce que j’avois esperé. Or je voudrois que vous détermi- nassiez la distance à la quelle ce même électroscope peut soutirer l’électricité de votre premier conducteur électrisé au plus haut point, en plaçant à ma manière l’allumette ou la bougie allumée sur cette Electroscope. Pour mieux representer les phenomènes d’un nuage électrique, et son action sur notre Electroscope atmosphérique, vous pourriez faire sortir de la plus haute fenêtre un bras portant un grand plateau sur une place ou une large cour; et au bas de cette cour ou de cette place élever contre ce plateau fortement électrisé l’électroscope surmonté du petit conducteur et de l’allumette brulante, jusqu’à la hauteur necessaire pour avoir des signes. En otant la piece allumée, et laissant à sa place une pointe très-fine, on verroit combien plus loin s’étend la force conductrice de la flamme. Mais il seroit bon de prouver cette force conductrice, et de la comparer avec celle des pointes pour soutirer l’électri- cité de l’air seul électrisé. Ces expériences que je fais depuis peu sur l’électri- cité de l’athmosphère l’air étant serein m’apprennent qu’elle est prodigieuse cette force conductrice de la flamme, puisque le plus souvent les petites balles de mon Electroscope divergent en pleine campagne de deux lignes; tandis que sans me servir de l’allumette ou d’une autre flamme je ne puis obtenir tout au plus qu’une demie ligne, et qu’en doublant ou triplant l’élevation du conducteur je n’obtiens pas encore à beaucoup près des signes si marqués qu’avec un petit conducteur aidé de la dite flamme. Ne pourriez-vous donc pas porter en plein air votre grande machine et l’ayant fait jouer de maniere à repandre l’électricité dans l’air (qui se dilatera et s’élevera à mesure, selon mon aperçu) élever l’électroscope surmonté de son conducteur pointu, tantôt avec l’addition du corps brulant et tantôt sans lui, pour marquer les diffé- rences dans les signes qu’il donnera?

Je vous ai communiqué comment je viens de perfectionner l’Electroscope athmosphérique portatif. Je vous fairai part dans un autre occasion de ce que j’ai fait pour perfectionner et rendre comparable l’Electrometre à cadran. Je me flatte d’y être parvenu.

Je suis, Monsieur, avec les sentiments les plus distingués.

Votre très humble, très-obéissant serviteur. Alexandre Volta.

à Pavie ce 15me juin 1787.

Hollande.

A Monsieur Monsieur Van Marum Directeur du Cabinet de Teyler membre de diverses Académies à Harlem.